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escadronsmort
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Informations sur les activités des escadrons de la mort actifs en Pays Basque de 1975 à 1987.
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Blog Politique
Date de création :
06.11.2012
Dernière mise à jour :
08.11.2012

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CEDRI liburua-2

CEDRI liburua-2

Publié le 08/11/2012 à 21:15 par escadronsmort Tags : vie monde homme chez france roman annonce mort divers cadre bande voiture éléments signature voyages solidarité

1977 : l’armée contre les élections libres,

le pacte de la Moncloa

 

Le 23 janvier 1977, les Guerrilleros du Christ roi tirent sur une manifestation de gauche en faveur de l’amnistie et tuent deux étudiants.

Le 24, avec une surprenante aisance, en plein Madrid quadrillé par les forces de l’ordre, le général Villescusa, président du Conseil suprême de la justice militaire, est enlevé par le GRAPO (Groupes révolutionnaires antifascistes du 1er octobre). La gauche soupçonne cette organisation d’être infiltrée par les ultras. Coïncidence fortuite, celui qui libèrera Villescusa, et que le ministre de l’Intérieur nommera plus tard à la tête  du commissariat général de l’information, n’est autre que Roberto Conesa, le coordinateur des trames de 1973-74 dont le nom sera associé à la gestation du GAL.

Le même jour à Madrid, la police, secondée par des « incontrôlés », charge une manifestation d’étudiants qui protestent contre les assassinats de la veille et laisse sur le pavé un mort et de nombreux blessés.

Le soir, deux hommes font irruption dans un cabinet d’avocats spécialisés dans la défense des syndicalistes des Commissions ouvrières et se livrent à un massacre : quatre avocats communistes tués, cinq blessés. Quelques minutes avant, une commission des CCOO venait de quitter l’étude. Le carnage de la rue Atocha est une provocation préméditée. Comme celle du mitraillage, quelques heures plus tard, des locaux (heureusement vides) des avocats de l’UGT (syndicat socialiste). Les attentats sont revendiqués par différents groupes dont la sinistre AAA (Alliance Apostolique Anticommuniste). La gauche, massivement unie, fait échouer la provocation.

Le 26 janvier, une impressionnante manifestation silencieuse traverse madrid. Ni la police ni l’armée n’osent intervenir. Alarmé ou simplement intimidé par cette démonstration populaire, le gouvernement se décide à intervenir. La police arrête le leader des Guerrilleros du Christ roi, Sanchez Covisa, des militants de l’extrême droite espagnole, une quinzaine de Sud-américains et une dizaine d’Italiens. Ils sont relâchés au bout de 24 heures de garde à vue.

Le 22 février, la police découvre une fabrique d’armes clandestine n plein centre de la capitale. L’appartement est loué par Covisa pour le compte d’activistes italiens. Parmi les armes sophistiquées de l’arsenal, des mitraillettes «Inghram» du type qui a servi à la boucherie de la rue Atocha. Ce type d’armes, fabriqué par l’armée américaine, est strictement réservé aux Services secrets spéciaux. Pour certains magistrats, la filière Etat-Services secrets-Groupes de l’internationale noire, est de plus en plus transparente. D’autant que l’arrestation de Concutelli à Rome en février 1977, dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de 1976 du juge Occorcio (magistrat italien chargé de plusieurs enquêtes du la «piste noire» et les attentats néo-fascistes en Italie), prouve qu’il a été tué par la même arme.

La police espagnole arrête le cerveau de l’armurerie madrilène, l’ingé »nieur atomiste Eliodo Pomar et une dizaine d’activistes italiens, Massagrande, Covisa, Francia, Campo, Pozzan, etc., tous recherchés par la justice transalpine pour l’attentat contre Occorcio. Ils seront libérés fin mai, sauf Pozzan qui sera extradé vers l’Italie, après avoir fait d’importantes déclarations sur les agissements de la trame italienne.

En février 1977, sous la pression populaire, s’amorce le processus de légalisation des partis politiques. En avril, le PCE, pièce indispensable sur l’échiquier électoral, négocie et obtient sa légalisation en échange de la reconnaissance de la monarchie. Le 15 juin, Adolfo Suarez remporte les élections. Une amnistie générale confond en une même mesure de clémence les activistes  d’extrême droite et les militants basques. En septembre, le retour d’exil de la Généralité catalane semble redonner espoir aux partisans de l’indépendantisme basque. Enfin, en octobre, la signature des Accords de la Moncloa (palais présidentiel) entre patronat, syndicats et gouvernement, scelle officiellement un compromis dont sont exclus, en apparence, les militaires. En fait, ces accords sont la résultante de concessions officieuses à l’armée et aux noyaux durs de l’appareil d’Etat. Certaines clauses secrètes expliqueraient les compromissions de la transition démocratique.

Cette période fr consensus problématique où des forces politiques s’affrontent presaque à visage découvert, dasn une certaine légalité constitutionnelle, coïncide avec un net ralentissement des opérations de l’ETA et des réseaux para-étatiques qui le combattent. En cette années 1977, où Adolfo Suarez remporte le 15 juin les premières élections législatives libres depuis 1936, les tentatives de réforme et les promesses électorales (notamment en matière d’autonomie des régions) obligent à une certaine expectative. Mais la routine des attentats « secondaires » au Pays Basque contre des établissements publics et privés (usines, stations touristiques, biens appartenant aux réfugiés) prouve que les Services et leur main d’œuvre n’acceptent qu’un demi-sommeil. Ils en sortent spectaculairement le 7 octobre en assassinant froidement à Hernani un chauffeur de taxi, David Salvador Jonio, paisible citoyen, sans aucun lien avec l’ETA militaire. Dans l’ombre, l’armée « putschiste » et les ultras n’ont pas renoncer à refaire main basse sur l’Espagne.

Les années 1977-78, années d’espérances et de promesses non tenues, sont un tournant dans l’histoire de l’Etat de droit espagnol. La préparation du référendum sur la nouvelle Constitution prévue pour la fin d e l’année, se déroule dans un contexte de conflits permanents.

 

Janvier : mitraillage d’un cabinet d’avocats, rue Atocha à Madrid. Bilan : cinq morts (quatre avocats communistes, un syndicaliste communiste) et cinq blessés. Attentat revendiqué par l’AAA.

Un commando des Guerrilleros du Christ roi ouvre le feu sur une manifestation à Madrid en faveur de l’amnistie. Deux étudiants dont tués, plusieurs blessés.

De janvier à octobre : série d’attentats contre des établissements publics industriels.

Attentat contre la station «jésuite» radio Loyola à Hernani (Espagne). Attentat revendiqué par l’AAA et le BVE.

Octobre : l’AAA revendique l’un des rares crimes de sang commis par des groupes parallèles. L’assassinat du chauffeur de taxi, David Salvador Jonio, n’a aucune signification politique. Plus tard, l’attentat sera également revendiqué par le BVE.

 

L’année 1977 se caractérise par un net ralentissement des activités des commandos para-policiers en France et une recrudescence des attentats meurtriers en Espagne. Sans doute faut-il interpréter cette accalmie par deux séries de circonstances concomittantes.

Au niveau de l’enquête policière et judiciaire, plusieurs évènements permettent de situer les responsabilités et les auteurs de crimes. En janvier, l’arrestation de Sanchez Covisa, chef des Guerrilleros du Christ roi, d’une quinzaine d’activistes sud-américains, d’une dizaines de néo-fascistes italiens, après l’attentat conte la cabinet d’avocats de la rue Atocha (22-24 janvier) se solde par une libération sans poursuites. La découverte d’une armurerie clandestine (appartement loué par Covisa et l’arrestation d’Elio Pomar et des néo-fascistes de son entourage, démontre que les mitraillettes Inghram que l’on y découvre sont des armes de provenance américaine et que leur vente par l’armée US est strictement réservée aux Services spéciaux, en l’occurrence en Espagne au SECED. C’est ce type de mitraillette qui a servi pour l’attentat de la rue Atocha. Dans le quotidien italien Corriere della Sera, le ministre de l’Intérieur espagnol Martin Villa, confirme que l’arme du meurtre de Occorsio a bien été perfectionnée dans l’armurerie clandestine.

L’arrestation en Italie de Concutelli prouve que l’assassinat du juge Occorsio (juillet 1976) a été commis avec une mitraillette Inghram et que c’est la même arme dont on s’est servi pour la tentative d’assassinat du dirigeant de l’ETA Tomas Perez Revilla, le 21 mars1976, à Saint-Jean-de-Luz.

Tous les activistes italiens impliqués dasn la fabrication d’armes sont libérés en mai, un mois avant la signification des mandats d’arrêt italiens lancés contre eux. Seul Pozzan sera extradé, après avoir fait des révélations sur la collaboration de ses compatriotes avec les services espagnols.

 

Conclusions

La collusion entre Services secrets et néo-fascistes italiens après l’abolition officielle du régime franquiste (référendum sur la suppression des Cortes) est de plus en plus évidente.

La police et la justice espagnoles enrayent le processus d’élucidation des responsabilités et s’abstiennent de toute sanction.

La justice espagnole ne tient aucun compte de cinq mandats d’arrêt lancés par le parquet de Florence contre Clemente Graziani, Salvatore Francia, Elio Massagrande, Eliodoro Pomar, Gaetano Orlando. Certains d’entre eux seront arrêtés et libérés quelques années plus tard.

 

 

1978: les coulisses secrètes de l’Etat

 

Dès janvier 1978, l’ETAm entreprend une offensive de grande envergure. L’extrême droite et les durs de l’armée prônent ouvertement une répression exemplaire. Certains officiers comme le futur putchiste de 1981, le lieutenant-colonel de la guardia civil Antonio Tejero, fustigent sans ambages le gouvernement et son projet de Constitution. Dans la police et la guardia civil le mécontentement attisé par la rogne des militaires est dramatique. Au Pays Basque, des commissariats et des casernes sont au bord de la mutinerie. Le gouvernement Suarez diffère son timide projet de démocratisation des forces de l’ordre (unification et démilitarisation de la police).

On procède à un remaniement des services de sécurité des ministères de l’Intérieur et de la Défense. L’ancien SECED (Service central de documentation) est rebaptisé CESID (Service supérieur d’information et de défense). Les militaires ont gagné la partie.

Le colonel Cassinello, un officier de la Guardia civil, spécialiste de la « guerre psychologique », formé à Fort-Bragg aux USA, prend la direction des services d’information de la Guardia civil, la cellule centrale de la lutte clandestine contre les indépendantistes de l’ETA. Roberto Conesa, ancien chef de la Brigade politico-sociale, monte en grade à la tête du Commissariat général d’information. Dans leur sillage, on retrouve Martinez Torres, Gonzalez, Pacheco, Ballesteros, etc. Les services de la « guerre sale » changent de nom, les hommes restent les mêmes. On verra plusieurs d’entre eux occuper des fonctions dans le régime socialiste de Felipe Gonzalez et dans la laborieuse instruction du procès contre le GAL.

Le 15 décembre 1978, la nouvelle Constitution est adoptée. Le Pays Basque boycotte massivement le référendum. Le BVE se déchaîne. Il signe une quarantaine d’attentats qui feront onze morts dans le sud de la France entre 1978 et 1980.

 

Mars : plusieurs attentats, sans victime, sont revendiqués par le BVE en Gipuzkoa et en Biscaye.

Avril: attentat à Alger contre Antonio Cubillo, dirigeant du MPAIAC (Mouvement indépendantiste des Canaries), Cubillo est grièvement blessé.

Mai: deux jours après un meeting fasciste de Blas Pinar, un deuxième chauffeur de taxi, Martin Merkelantz est abattu à Irun (Gipuzkoa), revendiqué par le BVE.

Mitraillage et incendie de la boulangerie Kale-Txiki à Andoain (Gipuzkoa).

Plasticage de la librairie Txaranbel à Saint Jean de Luz (Labourd).

Juillet : un commando blesse grièvement Juan José Etxabe, membre d’ETAm et tue son épouse, Agurtzane Arregi, devant leur restaurant à Saint Jean de Luz. Attentat revendiqué par l’AAA.

Août : les passagers d’une voiture ouvrent le feu à la mitraillette sur des réfugiés de Biarritz qui s’en sortent miraculeusement indemnes.

Décembre : José Migel Benaran Ordenana, Argala, l’un des principaux dirigeants d’ETAm, chef du commando qui a fait sauter la voiture de l’amiral Carrero Blanco, meurt dans sa voiture piégée par un engin télécommandé à Anglet.

 

La recrudescence des activités militaires d’ETA en Espagne accentue la mobilisation des forces de sécurité. Simultanément, au pays Basque français, le BVZ signe une douzaine d’attentats dont la plupart ne ciblent pas des personnes précises. En revanche, trois opérations minutieusement préparées visent à l’élimination physique de militants indépendantistes de premier plan :

Le 5 avril à Alger, deux mercenaires, Alfonso Gonzalez et Cortes Rodriguez, blessent grièvement Antonio Cubillo, leader du mouvement indépendantiste des Canaries (MPAIAC). L’opération est organisée par José Luis Espinosa Pardo que l’enquête logera comme agent spécial aux ordres de Conesa. Les trois hommes seront arrêtés en Algérie d’où Espinosa Pardo réussira à s’enfuir. Il sera arrêté à nouveau en 1988 en Espagne.

Le 2 juillet, un attentat revendiqué par AAA et BVE blesse grièvement Juan José Etxabe, membre connu d’ETA et tue son épouse Agurtzane Arregi à Saint-Jean-de-Luz.

Le 21 décembre, l’un des plus importants dirigeants d’ETAm, José Miguel Benaran Ordenana, Argala, meurt dans sa voiture piégée à Anglet. C’est l’issue d’une longue traque des services secrets qui avaient juré de venger la mort de Carrero Blanco en exécutant tous les membres du commando España, dont Argala était le chef. La justice française lance un mandat d’arrêt contre Carlos Gaston.

 

Conclusion

Aucune enquête n’a tenté d’identifier les membres des commandos ATA et BVE, responsables de ces crimes. A l’époque, un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur espagnol déclare que différentes réunions entre policiers français et espagnols, ont eu lieu au plus haut niveau et que deux de ces réunions étaient secrètes. Il ajoute que les responsables des ministères de l’Intérieur concernés ont été tenus à l’écart et que « les politiciens ne doivent pas savoir ces choses parce qu’ils sont indiscrets… qu’il y a des problèmes d’Etat qui doivent rester dans le secret… que dans la police, il doit y avoir des hommes capables d’entamer une négociation et d’autres qui peuvent faire le coup de feu ». Ce même fonctionnaire jugera d’ailleurs inopportune la mort d’Argala qui aurait pu être, selon lui un négociateur efficace, vu son éducation et sa position. Ni la police, ni la justice n’ont tenté d’en savoir plus long sur ces «réunions secrètes».

Le juge italien Vitaliano Calabria qui mène l’une des enquêtes sur le terrorisme néo-fasciste en Italie, déclare posséder des preuves et des révélations qui indiquent :

- que l’assassinat d’Argala a été organisé par les services secrets espagnols avec la participation d’activistes italiens.

- que ces activistes ont collaboré avec d’autres activistes français et espagnols dans bon nombre d’opérations anti-basques.

- Qu’à cette époque, les responsables de services mentionnés sont Roberto Conesa, chef de la brigade d’information de la police, Andrés Casinello, chef des Services d’information de la Guardia civil et José maria Bourdon, directeur du CESID (Centre supérieur d’information de la défense). Aucun d’entre eux n’a été officiellement interpellé.

 

 

1979 : les escadrons de la mort

 

En 1979, la «camarilla» des militaires s’impose dans l’organisation du ministère de l’Intérieur. L’une des concessions décisives du gouvernement Suarez est de nommer à sa tête le lieutenant-général de la Guardia civil, Ibanez Freire. Celui-ci s’empresse de nommer ses hommes —de vieux routiers de la répression— aux postes-clés des services conçus pour la lutte anti-terroriste. La démocratisation de la police est définitivement rangée dans les tiroirs de la Présidence. Tous les projets de syndicalisation policière se heurtent à une fin de non-recevoir. Profitant de l’effervescence pré-électorale, les militaires ont fait pression pour quadriller les sphères du pouvoir.

En mars, l’UCD (Union du centre démocratique), le parti de Suarez, remporte les élections législatives. Manuel Ballesteros remplace Conesa (mis à la retraite) à la tête du Commissariat général d’information, cheville ouvrière entre le pouvoir central de la «guerre sale».

En France, un communiqué du ministère des Affaires étrangères annonce le 30 janvier «la suppression du statut de réfugié pour les ressortissants espagnols». Les interdictions de séjour et les assignations à résidence se multiplient. Des réfugiés politiques basques sont remis directement à la police espagnole par le gouvernement Giscard. Certains seront torturés sauvagement. Le Canard Enchaîné titre : «La France livre». En Espagne et en France, les partis et la presse —timidement— et surtout les associations humanitaires protestent contre ces violations flagrantes des lois internes et internationales.

Au Pays Basque espagnol, la Guardia civil se charge de la répression massive (nombreuse victimes dans les manifestations de soutien, assassinats de deux membres de Herri Batasuna, formation politique proche d’ETA), laissant au BVE et à ses filiales le soin de traquer les militants présumés d’ETA en France.

Après l’assassinat du réfugié Periko Elizaran à Biarritz en septembre, bien que l’attentat soit revendiqué par l’ANE (Action nationale espagnole), la police oriente l’enquête vers le milieu. On arrête quatre truands (Ruiz, Berger, Szonek et Obadia). L’arme du crime est identifiée comme appartenant à l’armée espagnole. Szonek et Obadia, militants sionistes, auraient travaillé, entre autres, avec le Mossad. La justice française lance de mandats d’arrêt contre Khiar, Talbi, et les frères Perret, soupçonnés de plusieurs attentats antérieurs. Certains policiers lucides commencent à remonter une filière où reviennent les noms de Pedro Sanchez, étrangement libéré après l’affaire Segundo Marey quelques années plus tard) et <Jean-Pierre Chérid.

En Espagne comme en France, les murs et la presse clandestine désignenet les coupables : les services très spéciaux d’Adolfo Suarez.

Le 26 octobre, entre en vigueur le statut d’autonomie dit de Gernika, qui écarte la Navarre du reste d’Euskadi-sud. ETA et une grande partie de l’opinion rejettent ce marché de dupes qui refuse les revendications indépendantistes (gouvernement autonome, fin de l’occupation militaire, retour de la Navarre au sein d’un Etat basque, etc.).

 

Janvier: un commando blesse grièvement à Saint-Jean-de-Luz, l’un des dirigeants historiques d’ETAm, José Manuel Pagoaga «Peixoto». L’attentat est revendiqué par l’AAA, le GAE (Groupes armés espagnols) et le BVE.

Février: tentative d’enlèvement à Bayonne d’Arantxa Sasiain, compagne de Txomin Iturbe Abasolo, dirigeant d’ETAm ; deux mois plus tard, elle reconnaîtra l’un de ses agresseurs parmi les policiers français qui assistent à son procès à Aix-en-Provence.

Mai : tentative d’assassinat de Txomin Iturbe Abasolo qui échappe à ses tueurs avec deux balles dans le corps. Mort du réfugié Peru Larrañaga, tué par balles, dans des circonstances douteuses au cours d’un contrôle de police à la frontière. Incendie à Saint-Jean-de-Luz de la voiture de Telesforo de Monzon, leader historique de Herri Batasuna (formation politique basque proche d’ETA).

Juin : enlèvement et assassinat d’un jeune homme de 16 ans, José Ramon Ansa, à Andoain (Gipuzkoa). Assassinat revendiqué par l’AAA. Un commando exécute à Paris Javier Eizagirre et Aurelio Fernandez Cario, deux militants du PCE, membres su GRAPO (Grupos revolucionarios antifacistas primero de octubre). Attentat revendiqué par le BVE. Le militant d’ETAm, Enrique Alvarez Gomez «Korta», est abattu devant le bar Etxabe à Bayonne. Attentat revendiqué par le BVE. Plasticage de l’entreprise Zuhar à Ciboure. Un membre présumé d’ETA, Martin Eizagirre, est abattu à Paris. Attentat non revendiqué.

Juillet : deux réfugiés, Ocio et Iza, échappent de justesse à un attentat à Hendaye.

Août : un commando mitraille trois hommes d’ETA sur une plage d’Anglet, tuant Juan Lopetegi Carrasco «Pantu» et blessant Angel Iturbe Abasolo et Sasiain Etxabe. Attentat revendiqué par le BVE.

Septembre : un commando abat à la mitraillette en plein Biarritz le réfugié Justo Elizaran «Periko». L’enquête s’oriente vers le milieu français, bien que l’attentat soit revendiqué par l’ANE (Action nationale espagnole). Plasticage du restaurant de Juan José Etxabe à Bayonne. Assassinat à Saint Sébastien de Tomas Irazusta, conseiller municipal de la coalition Herri Batasuna. La presse espagnole impute le crime à des «incontrôlés» d’ETA. Attentat non revendiqué.

 

Le bilan des activités des commandos para-policiers se caractérise par une augmentation très nette des attentats ciblés (treize assassinats ou tentatives d’assassinats contre des membres d’ETA ou des réfugiés basques en France : neuf morts et quatre blessés graves, quatre mitraillages et plasticages sans victime. La plupart des assassinats sont revendiqués par le BVE et l’on considère que les autres sigles GAE, AAA, ATE utilisés cette année-là sont destinés à démultiplier spectaculairement les activités de l’organisation principale.

La police française arrête quatre truands (Ruiz, Berger, Szoenek et Obadia) et fait rechercher Jacques Debessa ; ils sont accusés de plusiuers attentats dont celui qui a coûté la vie à Justo Elizaran à Biarritz. Debessa échappe à toutes les recherches et se réfugie en Espagne. Il y sera condamné et incarcéré en 1981 pour un délit de droit commun. A la faveur d’une permission spéciale, il se met en cavale et disparaît totalement. La police française constate que les armes utilisées dans le meurtre d’Elizaran sont de fabrication militaire et que leurs numéros indiquent qu’elles sont réservées aux forces armées espagnoles.

 

Conclusion

Malgré les révélations de 1977 et notamment les communications des magistrats italiens à la justice espagnole et française, le BVE multiplie les opérations criminelles dans le sud de la France. A première vue, les commandos semblent assurés de leur impunité. Alors que le Pays Basque français est entièrement quadrillé et que les gendarmes et CRS multiplient les barrages, procédant à des centaines d’interpellations, les hommes du BVE vaquent en toute liberté à leurs occupations délictueuses. L’exploitation pour le moins laborieuse des informations déjà recueillies n’aboutit à aucune arrestation.

Dès le procès (hâtif et bâclé) de la bande de Szoenek, après l’attentat contre Elizaran, le commissaire Claude Bardon de la PJ de Bordeaux, chargé de l’enquête, a communiqué un rapport au procureur de Bayonne mettant en cause plusieurs truands (notamment Mohamed Khiar et les frères Perret) dans certains attentats antérieurs (contre «Txomin», Juan Lopetegi Carrasco, etc.). La justice temporise avec beaucoup de circonspection.

La fermeture des frontières, dès février, et le vaste mouvement de solidarité qui proteste contre la violation du droit d’asile par le gouvernement Giscard ne semblent pas gêner les tueurs qui circulent souvent dans des véhicules immatriculés en Espagne.

 

 

1980 : l’année du Bataillon basque espagnol

 

L’année 1980, inaugurée par l’assassinat de Karlos Zaldise, responsable des Gestoras pro amnistia (association d’aide et de défense des réfugiés et des prisonniers politiques) accélère l’engrenage de la violence. Le remaniement ministériel du 3 mai et la nomination de J. José Roson comme ministre de l’Intérieur ne changent rien à la répression qui cherche à contrecarrer la recrudescence des activités militaires d’ETA en Espagne. On retrouve autour de Manuel Ballesteros, l’homme de la situation, les anciens de la BPS (Brigade politico-sociale) et les militaires franquistes qui contrôlent de mieux en mieux la « transition démocratique ». Le tortionnaire de Saragosse, Manuel Martinez Torres, est promu chef supérieur de la police de la police à Bilbao : un poste stratégique dans la filière actuelle du BVE et plus tard du GAL.

En France, 250 prêtres écrivent au pape pour dénoncer les violations des droits de l’homme et notamment la torture dans les commissariats espagnols. Le bila des crimes commis cette année-là révèle l’implantation définitive dans le sud de la France du BVE qui signe la plupart des attentats. Cependant, plusieurs meurtres non politiques commis en Espagne orientent l’enquête vers Ignacio Iturbide et Ladislao Zabala, deux truands fascistes de Saint-Sébastien. Au mois d’octobre, la justice lance contre eux des mandats d’arrêt pour sept crimes commis entre 1979 et 1980 dan les provinces basques.

En novembre, après leur attentat contre le Bar Hendayais (deux morts, dix blessés), le commando de trois hommes (les frères Perret et J.-P. Chérid) passe le poste-frontière français en force et se réfugie chez les policiers espagnols. Ils téléphonent à Ballesteros qui ordonne leur transfert immédiat à Madrid où ils seront libérés. Interrogé plus tard, en 1982, puis au cours d’un procès en 1985 (à l’époque du GAL « officiel »), le chef du Commissariat général de l’information couvrira ses collaborateurs en les faisant passer pour des «informateurs de la police» en mission. La thèse de Ballesteros est que ces « informateurs » auraient tiré, en état de légitime défense, contre des membres d’ETA qui les menaçaient de leurs armes.

 

Janvier : assassinat de Karlos Saldise, militant de la gauche abertzale, membre des Gestoras pro amnistia (voir index) à Lezo (Espagne). Attentat revendiqué par le BVE . Explosion d’une bombe dans le bar Aldana d’Alonsotegui (Biscaye) : quatre morts et huit blessés graves. Attentat revendiqué par le BVE.

Février : des «policiers» non identifiés tirent sur un véhicule occupé par trois militants d’ETA, Txomin Iturbe Abasolo, Eugenio Etxebeste et Joquin Gorostidi (blessé). La vraie police fait incarcérer les militants agressés à Bayonne. Assassinat à Madrid de Yolanda Gonzalez, étudiante basque, militante du PST (Parti socialiste des travailleurs). Attentat revendiqué par le BVE.

Mars : une bombe blesse grièvement à Saint-Sébastien Jesus Mari Ijurko ( ???) membre des Gestoras pro amnistia, et son épouse Karmen Illiramendi. Attentat revendiqué par le BVE.

Avril : assassinat à Hernani (Espagne) d’un citoyen espagnol Felipe Zagarna, sans aucun lien connu avec ETA ; Attentat revendiqué par le BVE.

Juin : enlèvement à Saint-Jean-de-Luz du réfugié basque José Maria Etxebarria. L’enlèvement est revendiqué par le BVE.

Juillet : explosion d’une bombe dans la rue Amezola à Bilbao : trois morts, Maria et Antonio Contreras, Anastasio Leal, de nombreux blessés.

Septembre : attentat contre deux réfugiés d’Hernani, Joaquim Antimasveras, tué sur le coup, Andrés Echeverria, blessé. Attentat revendiqué par le BVE.

Novembre : un commando assassine à Caracas (Venezuela) l’ingénieur basque Joaquim Alonso Etxeverria, président du comité de soutien des prisonniers et des réfugiés, ainsi que son épouse Esperanza Arana. Un commando mitraille le Bar Hendayais à Hendaye. Bilan deux mort (Joseph Camio, Jean-Pierre Haramendi) et dix blessés graves. Attentat revendiqué par le BVE.

Décembre : mort de José Maria Sagardua Zaldua, militant d’ETA, dans l’explosion de sa voiture piégée à Biarritz. Attentat non revendiqué.

 

C’est l’année du BVE qui signe la totalité des attentats commis au Pays Basque, en France comme en Espagne. La tactique des commandos s’est simplifiée : ils alternent les opérations de terreur aveugle (bombes dans les lieux publics) et les exécutions minutieuses de militants et de dirigeants d’ETA. Bilan des attentats : dix neuf morts (dix en Espagne, neuf en France) et une trentaine de blessés graves. Vérifier les comptes ???? A noter que la répression policière côté Pays Basque espagnol, a fait plus d’une vingtaine de morts.

D’avril à octobre, quatre attentats mortels ont été commis sur des citoyens sans lien connu avec ETA. En octobre, sur information du chef de la police de Saint Sébastien, Martinez Torres, le juge de Tolosa (Espagne) lance un mandat d’arrêt contre Ignacio Iturbide et Ladislao Zabala. Ces deux fascistes de la région de Saint-Sébastien sont recherchés pour cinq meurtres (Ansa, Irazusta, Sagarna, Arbelaitz, Elizondo, Antimasveras) et soupçonnés de plusieurs autres.

Après l’attentat du 23 novembre contre la Bar Hendayais, Ballesteros reconnaîtra qu’il s’agissait d’informateurs de son service, mais refusera de donner leurs noms. Il précisera même à la presse que ces « agents » étaient poursuivis par un commando d’ETA. Cette attitude lui vaudra une condamnation à trois mois de suspension administrative et à une amende de 100.000 pesetas. Quelques heures après, il recevra le soutien public de Juan-José Roson, ex-ministre de l’Intérieur de 1980, de José Barrionuevo, ministre de l’Intérieur à l’époque du jugement, et de Rafael del Rio, directeur général de la police, en exercice.

Conséquence de cette affaire : Gonzalez Pacheco sera mis en disponibilité. Les auteurs de la tuerie n’ont jamais été clairement identifiés. La justice française pense que le crime est imputable aux frères Perret. D’autres sources l’attribuent également à Jean-Pierre Chérid et à Mohamed Khiar. Seule certitude, le laboratoire de balistique de Toulouse a établi que les mêmes munitions ont servi dans les attentats contre Elizaran (septembre) et le Bar Hendayais (novembre) et qu’elles sont d’origine espagnole.

 

Conclusion

La transition démocratique s’enlise définitivement dans la « guerre sale ». Le choix d’attentats aveugles et particulièrement meurtriers (Bar Aldana, Bar Hendayais, rue Amezola), indique que les commanditaires des commandos para-policiers ne lésinent pas sur les moyens. L’assassinat à Caracas de l’ingénieur basque Alonso Etxeverria président du comité de soutien aux réfugiés, est sans doute destiné à démontrer l’omniprésence de l’organisation clandestine et la détermination des Services spéciaux.

A Paris, les déclarations contradictoires de Giscard d’Estaing reflètent autant l’embarras du gouvernement français engagé dans une politique de répression intensive que la perversion de l’Etat de droit espagnol : «En ce qui concerne le statut de réfugié politique, il n’a plus de raison d’être, étant donnée la démocratisation de l’Etat espagnol… Après le référendum sur l’autonomie, nous y verrons peut-être plus clair ; mais je doute de la capacité de l’Etat espagnol à résoudre le problème basque: il accumule les maladresses».

L’escamotage du commando du Bar Hendayais compromet formellement le Commissariat général d’Information et l’un des plus hauts responsables de la lutte anti-terroriste, le commissaire Ballesteros. En couvrant grossièrement les auteurs de l’attentat, il accentue les soupçons qui s’accumulent sur les services étatiques affectés à la répression.

 

1981: putsch virtuel, scandales réels

 

Plusieurs évènements concomitants peuvent expliquer le ralentissement en 1981 des opérations des groupes para-policiers au nord des Pyrénées :

- la préparation des élections en France, puis la victoire des socialistes et l’arrivée de François Mitterrand à la présidence de la république.

- les procès de réfugiés et de militants d’ETA qui se soldent par de nombreuses assignations à résidence (Ile d’Yeu, etc.), compensant la rareté des extraditions (sentences non appliquées).

- la mobilisation populaire à la suite de l’attentat contre le Bar Hendayais.

- les remous provoqués en Espagne par l’affaire Ballesteros, accusé publiquement de forfaiture, et dont le passé phalangiste et les liens avec la police politique de la dictature sont stigmatisés par des policiers démocrates (cf. l’interview de Modesto Garcia dans le Spiegel  du 26 septembre).

- la mort sous la torture du militant d’ETA Joseba Arregui en février à la prison de Carabanchel de Madrid, qui soulève un vaste mouvement de protestation dans toute l’Espagne : démission (refusée) de l’équipe de Ballesteros, campagne de presse, pression du PSOE, grève générale en Euskadi-sud, enquête d’Amnesty international, manifestations, etc.

Attaqué sur sa gauche et sur sa droite, incapable de résoudre la crise politique et institutionnelle qui le submerge, Adolfo Suarez démissionne.

Le 23 février, le jour même de l’approbation par le parlement de la nomination de Calvo Sotelo à la présidence, une poignée de putschistes font irruption, armes à la main, à la chambre des députés. L’assaut est mené par le lieutenant-colonel de la Guardia civil Antonio Tejero. Les télévisions du monde entier diffusent en direct le numéro de kamikaze de l’énergumène.

Une seule apparition à la télévision du roi Juan Carlos suffit à balayer ce coup d’Etat d’opérette : les conjurés sont mis aux arrêts, les rares unités insurgées (blindés de Valence) neutralisées. Cette mascarade aura permis au moins de distraire l’opinion de l’affaire Ballesteros et du scandale de la prison de Carabanchel. Ballesteros, soudain saisi par u excès de zèle, arrête Iturbide et Zabala, auteurs de deux attentats mortels en février et mars contre de simples citoyens. Le coup de flet se termine par l’arrestation du jeune fasciste Gonzalez Medrano, un second couteau qui donnera à la police de précieuses informations sur certains maillons de la trame du BVE (Arteaga Eizaguirre, Arrondo Martin Marcel Vidal, Romeo Yonte). Son témoignage, le document Medrano, sera fort utile pour l’analyse du GAL.

Le 21 mars, le BVE clôt son maigre tableu de chasse par un échec : le numéro deux d’ETAm, Eugenio Etxebeste «Antxon» (négociateur à Alger en Avril 1989) échappe à un attentat à Saint-Jean-de-Luz.

La police retrouve dans la voiture des tueurs deux pistolets Smith & Wesson achetés aux Etats-Unis par deux policiers du commissariat de Bilbao. André Pervins, alias Vladimir Vit, ex-traducteur de la DGS est arrêté. Il mourra quelque temps après en prison. Le commissaire Martinez  Torres  annonce publiquement la fin du BVE. Mais les noms des frères Perret, de Mario Ricci et de Jean-Pierre Cherid commencent à circuler officieusement dans les milieux policiers. On n’est pas sans remarquer aussi la fusion possible de divers clans du BVE dans les opérations de cette année-là. Le BVE ne serait plus ce qu’il était ?

Fin avril, à l’issue d’une querelle entre «bataillonnaires», Cherid est arrêté à Madrid pour avoir plastiquer l’agence de voyages Transalpino (base du BVE) et le domicile du directeur, Andrea Meville, coupable d’avoir rompu avec ses compagnons compromettants. Cherid fait valoir qu’il détient des documents embarrassants pour la police espagnole et obtient sa libération. Ces documents, en partie censurés par les ayant-droits, seront diffusés dans la presse espagnole, après la mort de Cherid, en 1984.

 

Février : deux hommes blessent grièvement Victor Fernandez Ochoa, un habitant d’Hernani sans lien connu avec ETA. Attentat non revendiqué.

Mars : un commando de trois hommes abat à Andoain Francisco Javier Ansa, un jeune militant de Herri Batasuna. Un commando ouvre le feu sur un groupe de réfugiés à Saint-Jean-de-Luz. Parmi eux, se trouve le numéro deux d’ETAm, Eugenio Etxebeste «Antxon». Arrestation de l’un des membres, André Parvins, alias Vladimir Vit, ancien traducteur de la DGS espagnole (Direction générale de la sécurité).

Avril : un commando tente d’assassiner à son domicile à Paris Xavier Aguirre, réfugié basque, membre présumé d’ETAm. Attentat revendiqué par l’AAA et le BVE.

 

L’ambiance trouble qui environne le coup d’Etat du 23 février ne se prête pas à la coordination des commandos para-policiers. C’est ce qui explique sans doute l’interruption de leurs activités criminelles. Hormis deux attentats qui ne visent pas les membre de l’appareil militaire d’ETA (Fernandez Ochoa et Francisco Javier), le BVE ne se manifeste pas.

Ce sont d’ailleurs ces deux actions sans importance qui vont préluder à l’arrestation d’Iturbe et Zavala, ainsi que de Gonzalez Medrano. Le commissaire Martinez Torres, promu pour la circonstance «liquidateur officiel du BVE», annonce ostensiblement à la presse l’extinction de cet escadron de la mort. Quelques jours après, un commando non identifié tente d’attenter à la vie d’Eugenio Etxebeste «Antxon», le numéro deux d’ETAm. Cet attentat manqué (peut-être incontrôlé) conduit à l’arrestation d’André Pervins, alias Vladimir Vit, un ancien traducteur de la DGS espagnole. Il mourra en prison un an plus tard et sa famille obtiendra une pension du ministère de l’Intérieur espagnol. La police française trouve dans la voiture des agresseurs deux pistolets Smith & Wesson achetés aux Etats-Unis par des policiers de Bilbao. Martinez Torres n’en déclare pas moins que «les armes n’ont pas été localisées avec certitude».

Mariano Torres est un policier qui a fait carrière dans la Brigade politico-sociale, célèbre pour ses méthodes de répression des opposants au régime franquiste. Entre 1971 et 1975, il a été accusé d’au moins sept cas de torture grave, notamment dans le milieu universitaire de Saragosse (cf.. annexe tortures). Successivement chef de la police de Saint Sébastien et Bilbao, dans le gouvernement de Suarez, directeur du Commissariat général d’information du ministère de l’Intérieur, nommé par les socialises malgré les polémiques soulevées par son passé de tortionnaire, il devient l’un des principaux responsables de la lutte antiterroriste en 1985. Décoré par Barrionuevo en février 1988 de la médaille d’or du mérite policier, il est toujours en service à l’heure actuelle.

 

Conclusion

L’arrestation d’Iturbide et de Zabala par Martinez Torres répond à plusieurs considérations tactiques. Elle focalise sur des tueurs marginaux, assimilés à de simples criminels de droit commun, l’attention publique et la détourne des connexions politiques du BVE.Elle permet de calmer l’opposition qui réclame depuis quelque temps des éclaircissements sur les meurtres du «triangle de la mort» (Andoain, Hernani, Saint-Sébastien). Elle blanchit la police des accusations de complicité ou de passivité en montrant que force reste à la loi. Elle désamorce momentanément les pressions qui s’exercent sur Martinez Torres et ses collaborateurs, en particulier celles de la Commission populaire d’enquête qui dénonçait publiquement depuis quelques mois Iturbide comme responsable des crimes du «triangle».

En revanche, avec le recul, ces arrestations ouvrent une brèche décisive dans la clandestinité du système para-policier: depuis plusieurs mois, la police, les partis politiques et la presse disposaient d’une confession écrite de Gonzalez Medrano, petit fasciste casseur de vitrines de la région de Saint-Sébastien. Ce document « Medrano » faisait état d’une liste d’une douzaine d’activistes d’extrême droite et des actions auxquelles ils avaient participé. Dans ce témoignage, figure entre autre le nom d’Iturbide, déjà dénoncé quelques mois auparavant par la Commission populaire d’enquête. Il révèle qu’Iturbide travaillait pour les services secrets espagnols.

Arrêté en 1978 pour plusieurs plasticages et agressions, Iturbide qui avait été libéré, circulait librement entre un attentat et un autre dans la région d’Irun, et ce malgré de nombreuses dénonciations publiques.

Même après le mandat d’arrêt lancé contre lui par le juge de Tolosa en octobre 1980 pour cinq meurtres, martinez Torres attendra six mois avant de procéder à son arrestation. Au cours de ces six mois, il aura ajouté deux attentats mortels à son palmarès. Il semble que le document «Medrano» ait permis à l’opposition (surtout au PSOE) de faire chanter martinez Torres, plus tard nommé par le gouvernement socialiste  à la tête de la Direction générale de la sécurité. Certains éléments du document «Medrano» éclairent les filiations du BVE et du GAL, dont on peut se demander s’il n’est pas simplement le produit d’une restructuration des effectifs en activité depuis les années 1980.