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Informations sur les activités des escadrons de la mort actifs en Pays Basque de 1975 à 1987.
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Date de création :
06.11.2012
Dernière mise à jour :
08.11.2012

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CEDRI liburua-5

CEDRI liburua-5

Publié le 08/11/2012 à 21:15 par escadronsmort Tags : vie bonne article création amis femme france photos annonce mort voyage voiture signature bretagne

1985 : entrée de l’Espagne à la CEE

Marchandages et concessions

 

L’actualité de 1985 est marquée par les derniers préparatifs l’ l’entrée de l’Espagne dans la Communauté des Dix, une intense activité de la diplomatie espagnole au plan économique et à celui de la lutte antiterroriste, la collaboration franco-espagnole au niveau du contrôle et de la répression des réfugiés, le renforcement de la répression en Euskadi-sud (violences policières, arrestations, tortures, etc.)  et la recrudescence des activités du GAL dans le sud de la France.

Du pont de vue économique, le dossier de l’Espagne, à quelques discordances près, fait l’unanimité des pays membres de la CEE. Les dernières réticences sont formulées à Bruxelles lors de la session de janvier présidée par l’Italie. L’Espagne apure son contentieux gaz avec l’Algérie. Fin janvier, la CEE décide d’un traité d’adhésion unique pour l’Espagne et le Portugal. La reconversion industrielle du pays est en bonne voie, et la restructuration (malgré la perte de 55.000 emplois) est promise dans les trois ans à venir. Avec un taux de croissance de 2,5%, une augmentation de ml production agricole de 7,8%, une nette diminution du déficit de la balance commerciale, l’Espagne a trouvé grâce aux yeux de ses partenaires européens.

Mais les ombres ne manquent pas au tableau : la dette extérieure reste élevée (31 milliards de dollars), le dégraissage des effectifs qui touche des secteurs importants (textile, chimie, mines) porte le nombre des chômeurs à 2,6 millions (20% de la population active, record européen), des grèves très dures, violemment réprimés par les Unités spéciales de la guardia civil, éclatent en Galice, dans les Asturies, en Andalousie et au Pays Basque (mines, chantiers navals). On est loin des 800.000 emplois promis par Felipe Gonzalez an cours de la campagne électorale.

Le gouvernement entretient l’optimisme en annonçant un total de 1600 millions de dollars d’investissements étrangers au début de l’exercice 1985. Le scandale Flick (acheminement de fonds par le SPD allemand dans les caisses du PSOE) et la gigantesque affaire d’évasion de capitaux  (2000 milliers de pesetas) qui compromet des membres de la famille royale et l’un des principaux conseillers juridiques de Felipe Gonzalez, Garcia de Enterria, ne viennent troubler qu’un temps l’euphorie générale.

En mars ; après d’ultimes concessions à l’Espagne, la CEE décide son adhésion définitive. Chirac proteste. «Si l’alternance joue en France, nous demanderons une re-négociation». Moran déclare : «Cet accord met fin à la frustration historique et aux complexes d’infériorité  de l’Espagne dans la vie internationale. Il démontre la volonté d’aider les jeunes démocraties du Sud ».

La diplomatie espagnole ne se limite pas aux transactions économiques. Toute l’année, les réunions et les sommets policiers vont se succéder sur les thèmes du terrorisme international et de la sécurité. En janvier, trente neuf personnalités internationales (ministres, dirigeants de partis, de multinationales) se réunissent à Barcelone pour «L’international action policy board». La délégation espagnole représentée par Suarez axe sont intervention sur l’Europe sécuritaire. Quelques jours après, un communiqué de Département d’Etat américain alerte les médias : «Action Directe, RAF, CCC, ETA et TAN coordonnent leurs actions contre les installations de l’OTA». Certains services secrets occidentaux démentent le lien entre l’ETA et ces organisations terroristes.

Un voyage «incognito» de Rafael Vera, directeur de la Sécurité de l’Etat et Saenz de Santamaria, chef de la guardia civil, à Paris est démenti par le ministère de l’Intérieur espagnol. Mais le gouvernement espagnol fait pression sur son homologue français pour que ce dernier presse des mesures draconiennes contre les réfugiés. Fabius annonce à Bonn, en présence d’experts espagnols, la constitution d’un Front européen antiterroriste. Le secrétaire d’Etat américain George P. Schultz insiste pour que cette collaboration soit élargie aux entreprises privées. Sous l’impulsion des Etats-Unis, l’idée du complot international et de l’euro-terrorisme fait de plus en plus d’adeptes parmi les stratèges de la sécurité.

Echanges de politesses : l’Espagne s’engage à investir mille millions de dollars sur dix ans dans le secteur de l’armement et le Département d’Etat américain reconnaît que l’Espagne respecte les droits de l’homme et que la diminution du terrorisme est due à l’amélioration du niveau d ses forces de sécurité et à la coopération d e la France. George P. Schultz demande au Congrès une aide militaire de 415 millions de dollars pour l’Espagne, «afin de soutenir la démocratie, moderniser l’économie et renforcer l’Alliance atlantique, en assurant pour les USA l’accès continuel aux installations vitales maritimes ou terrestres de l’Espagne».

Quelques dissonances dans le concert des experts sécuritaires ; en février, le chef d’Etat libyen le colonel Khadafi fait la sourde oreille à une invitation du premier ministre espagnol Felipe Gonzalez ; Fidel Castro déclare dans une interview à l’agence EFE : «Ne voulant apparaître ni come complices, ni comme geôliers des membres de l’ETA (NDLR : expulsés à Cuba), l’entrée de l’Espagne dans l’OTAN et la CEE est une erreur colossale». Le ministre français Robert Badinter, au Conseil de l’Europe (21 pays membres), se prononce contre une convention antiterroriste et pour la Convention européenne de 1957 sur l’extradition et la création d’Un tribunal européen.

En règle générale, l’axiome du complot international reste l’idée directrice du dossier que l’Espagne plaide devant l’opinion mondiale. Le Plan ZEN produit ses effets : en mars, le gouvernement basque accepte un pacte anti-ETA avec le pouvoir central. La presse commence à suivre les consignes qu’on lui suggère dans le sens de l’internationalisation du conflit. Selon l’hebdomadaire L’Evènement du jeudi, (renseigné par la DS>T), l’ETA ferait partie du réseau euro-terroriste de Carlos, en relation avec le FPLP de Georges Habache. Un «super-flic» anonyme déclare au Nouvel Observateur : «Madrid est la base économique et logistique du terrorisme international, alimenté par les banques arabes et le trafic de drogue. L’Eta, comme les autres euro-terrorismes, est manipulé par les pays forts du Proche-Orient… Les polices européennes ont maintenant un solide front commun. La semaine passée, s’est déroulée en Espagne une réunion de techniciens avec la participation d’Israël et la présence d’un observateur des USA ».

A Paris, la rencontre de Felipe Gonzalez avec François Mitterrand et le premier ministre Laurent Fabius permet de faire le point sur la coopération dans la lutte antiterroriste. Le ministre de l’Intérieur Pierre Joxe se rend à Madrid et à Bayonne pour constater son efficacité. Le chef de la guardia civil, Saenz de Santamaria, est l’hôte officiel de la gendarmerie française. Le ministre de la Défense espagnol en profite pour demander au parlement une augmentation de 1500 millions de pesetas pour que le CESID puisse améliorer son réseau d’information et d’informateurs. Le gouvernement basque fait appel à une commission d’experts internationaux pour un rapport sur la violence et le terrorisme en Euskadi ; un ex-PDG allemand de multinationale, un Anglais, chef du département de contrôle de la Lloyds, un Italien, professeur de psychiatrie, partisans du repentir psychique, un Français, professeur de criminologie à la Sorbonne, et un Américain dont la spécialité n’est pas dévoilée.

En avril à Madrid, juges espagnols et italiens étudient les modalités d’une législation anti-terroriste commune (loi du repentir ou de la réinsertion). En ami, en marge des entretiens Gonzalez-Reagan sur le maintien des forces armées américaines et la médiation possible de l’Espagne entre la Nicaragua et les Contras, les spécialistes de la CIA rencontrent ceux du CESID. Quelques jours après a lieu le sommet des défenseurs du peuple. En juin, à la réunion des ministres de la Justice du Conseil de l’Europe, le représentant espagnol, Fernando Ledesma, défend la création d’une instance politique européenne pour l’étude et le traitement du terrorisme. Le représentant de Droits de l’homme fait remarquer que la «lutte  antiterroriste ne justifie pas l’emploi de la torture». A Edimbourg, au sommet des ministres européens de la Justice, l’Espagne insiste sur le fait qu’en Europe démocratique, il ne peut pas y avoir de réfugiés politiques provenant de pays membres.

En juin, après la signature solennelle du traité d’adhésion, à Madrid, l’Espagne assiste pour la première fois à la réunion «Sécurité pour l’Europe» du Groupe Trevi, à Rome. Thèmes : la lutte contre la criminalité, la drogue et le terrorisme. Le ministre de l’Intérieur espagnol José Barrionuevo y fait l’éloge de la collaboration française à propos du problème basque. Le Groupe préconise une structure policière supranationale ; le projet est appuyé par les observateurs US, mais jugé prématuré par les Français.

En Hollande, lors d’une visite préparatoire   u sommet de Milan, Felipe Gonzalez invite le gouvernement néerlandais à se pencher sérieusement sur le problème du terrorisme. Osé Barrionuevo déclare officiellement que «l’Espagne est disposée à recevoir les réfugiés qui lui demandent asile». En juillet, un remaniement ministériel remplace à la tête des Affaires étrangères Fernando Moran par Francisco Fernandez Ordonez, secrétaire d’Etat sous Franco, ancien ministre d’Adolfo Suarez et jusqu’ici, président de la Banque Extérieure. C’est lui li qui négocie la nouvelle coopération en matière de lutte anti-terroriste, lors de la visite officielle du roi Juan Carlos en France ? François Mitterrand offre au roi une Turbo 5 et celui-ci remet au Président de la république française une Déclaration des droits de l’homme illustrée par cent artistes espagnols.

L’Espagne, intéressée par les retombées technico-policières du projet de transmissions spatiales de données (Apollo) décide une participation de 20 millions de dollars. Au sommet de Milan, l’Espagne, ouvertement parrainée par la France, entre définitivement dans le club des grandes nations démocratiques de l’Europe.

En France, les contrôles policiers, les assignations à résidence au nord de la Loire, et surtout les procès et les arrestations de réfugiés compensent l’arrêt des extraditions, trop décriées par l’opinion publique et les organismes humanitaires. Le gouvernement Fabius continue d’appliquer la circulaire d’octobre 1984 interdisant aux réfugiés de s ‘établir dans seize départements français (Grand Sud-Ouest, Bretagne et Basse-Normandie). Un nouveau décret ministériel permet au ministère de l’Intérieur d’expulser du territoire français tous les ressortissants auxquels la Commission des Recours aura refusé la qualité de réfugié. L’accélération des procédures et la jurisprudence très restrictive de l’OFPRA est de la Commission des Recours font peser une menace sur environ 300 demandeurs d’asile. Cinq procédures d’expulsion sont menées à terme trois vers le Cap-Vert (février et septembre) et deux vers l’Equateur juillet et décembre). Ce qui porte à trente six le nombre de réfugiés expulsés depuis le mois de janvier 1984. Les défenseurs des réfugiés et les organismes de soutien attaquent l’Etat français pour violation de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 (article 32) qui stipule que les mesures de police ne peuvent être exécutoires tant qu’un réfugié n’a pas fourni les preuves susceptibles de le disculper.

E mars, Mikel Urriz, assigné à Limoges, dénonce une offre de collaboration faite par les Renseignements généraux en échange de l’extradition dont on le menace. Au pays Basque espagnol, les forces de sécurité alternent les méthodes de la guerre psychologique et les opérations coup de poing, destinées à démanteler l’appareil militaire de l’ETA et à neutraliser sa base politique et sociale. Les ratissages des UAR Unités spéciales de la Police nationale, appuyées par des hélicoptères set des half-tracks) mettent la population civile en état de contrôle permanent. A Eibar, Goizueta, Etxarri-Aranaz, Orereta, etc., on a pu constater que les opérations prenaient l’ampleur d’une véritable guerre coloniale. Le résultat de cette opération militaire est que les arrestations, les gardes à vue et les incarcérations se multiplient par milliers. Les Gestoras (Comités de soutien pour l’amnistie), établissent une statistique éloquente : un habitant d’Euskadi sur 450 a été détenu pour motif politique, un sur 750 a été maltraité ou torturé, un sur 550 a été l’objet de violence ou d’agression de la part de la police, un sur 664 a été condamné à une moyenne d’un an de prison.

A u moment où l’on libère les membres présumés du GAL des deux côtés des Pyrénées, la justice espagnole requiert 234 ans de prison contre les trois extradés de septembre 1984, José Manuel Martinez Bestegui, Francisco Javier Lujambio et Juan Carlos Garcia Ramirez. Les premiers procés pour «apologie de terrorisme» ou «collaboration avec les bandes armées» sont intentés contre a presse qui dénonce les tortures et les procédures d’urgence absolue (Herria 2000, Egin). En ce qui concerne la torture, les pratiques de la guerre totale recommandées dans le Plan ZEN en font une usage courant dans les commissariats, les casernes et les prisons (cf. chapitre Tortures). En cette année 1985, il y a fort à craindre que le chiffre de 3563 cas recensés entre janvier et juillet 1984 soit largement dépassé. Certains tortionnaires des Corps de Sécurité sont décorés quelques mois après leurs exactions.

L’année 1985 est également celle qui voit s’aggraver le régime pénitentiaire en Espagne. D’une part, les spécialistes de la guerre psychologique introduisent dans les prisons des méthodes modernes de « rééducation et de réinsertion » (le directeur de la prison d’Alcala est un psychologue, membre du syndicat UGT et du PSOE) ; d’autre part, les cellules d’isolement et les quartiers  de haute sécurité entrent dan les moeurs carcérales. Dans ce contexte, la routine meurtrière du GAL (douze morts, dix blessés graves, quatre tentatives d’assassinats), apparaît presque comme une manœuvre de diversion. D’autant que dans ses rangs, les arrestations de l’année ne touchent que les tueurs à gages de second plan. Le commissaire Manuel Ballesteros, condamné à trois ans de mise à pied administrative, disparaît dans les coulisses du pouvoir. L’enquête sur les responsables politiques du GAL reste à faire.

 

Février : des inconnus blessent grièvement Xavier Manterola, dirigeant de Herri Taldeak, une organisation du Pays Basque français, proche de l’ETA. Attentat revendiqué par le GAL.

Explosion d’une voiture piégée blessant grièvement un jeune ressortissant français, Christian Casteigts, à Bayonne. Attentat non revendiqué. La presse espagnole m’attribue à une erreur du GAL.

Un commando ouvre le feu dans le Lagunekin à Bayonne et blesse grièvement deux réfugiés, José Amantes et Angel Zabaleta. Attentat revendiqué par le GAL.

Mars : mitraillage et jets de grenades dans le restaurant Briketenia de Guéthary (France). Les propriétaires Michel, martin et Jean-Philippe Ibarboure, ressortissants français, sont légèrement blessés. Attentat revendiqué par le GAL.

Attentat au fusil de chasse et  la grenade dans le bar Bittor à Ciboure. Ramon Basañez Jauregui, est gravement blessé.

Un commando ouvre le feu dans le bar des Pyrénées à Bayonne. Un Français, Benoît Pécastaing, est tué ; Jean-Marc Mutio et Pedro José Pikabea, membres de l’ETA, sont grièvement blessés. Arrestation de l’un des tueurs, Pierre Baldés, un truand de Tarbes. Attentat revendiqué par le GAL.

Assassinat devant son domicile de Saint-Jean-de-Luz, de Xavier Galdeano Arana, correspondant de Egin, quotidien basque. Il s’apprêtait à consigner dan son journal un article sur l’attentat au bar des Pyrénées. Attentat revendiqué par le GAL.

Juin : assassinat à Bayonne du réfugié Santos Blanco Gonzalez membre présumé d’ETA. Attentat revendiqué par le GAL.

Un  commando mitraille le bar Trinkete à Ciboure, et tue deux gitans de nationalité française, Emile Weiss et Claude Doerr, clients occasionnels de l’établissement. Attentat revendiqué par le GAL.

Juillet : deux individus, dont une femme (la «Dama negra» ou «la blonde») mitraillent le bar Bittor à Ciboure (deuxième attentat) et blessent le réfugié Jua Karlos Lezertura. Attentat revendiqué par le GAL.

Tentative d’assassinat du réfugié Fernando Egileor Ituarte à Anglet, qui décrouvre in extremis, l’engin explosif dissimulé sous sa voiture.

Août : le membre de l’ETAm, Juan Manuel Otegui Elizegui «Txato», meurt dans une embuscade à Saint-Jean-Pied-de-Port. Attentat revendiqué par le GAL. La guardia civil interrompt brutalement ses obsèques à Isasondo.

La «Dama negra» tente d’assassiner à Saint-Jean-de-Luz un citoyen français, Dominique Labeyrie, que l’on a vraisemblablement confondu avec un membre de l’ETA. «Erreur» revendiquée par le GAL.

Septembre: un commando piège à Saint-Jean-Pied-de-Port, la voiture d’un ami d’Otegui, le Français José Arraztoa, memebre présumé d’ETA. Attentat revendiqué pa rle GAL.

Un commando de quatre hommes mitraille le café Mon Bar, à Bayonne, tuant José mari Ettxaniz, « Potro», Iñaki Asteazu Izarra «Beltza», Agustin Irazustabarrena «Legra», et Sabin Etxaide Ibarguren «Eskomotz », tous memebres d’ETAm. Arrestation dans les rues de Bayonne de deux tueurs, Pierre Frugoli et Lucien Mattei, des truands marseillais. Attentat revendiqué par le GAL.

Décembre : tentative d’assassinat à Anglet du réfugié Fernando Biurrun. Attentat non revendiqué.

Le cadavre d’un jeune Navarrais, Mikel Zabaltza Garate, arrêté quelques jours auparavant par la guardia civil à Donostia (Espagne), est retrouvé dans la Bidassoa.

Un commando ouvre le feu sur un ressortissant français, Robert Capalanne et le tue, devant le bar Le Royal à Biarritz. «Erreur» revendiquée par le GAL.

 

Le bilan des attentats du GAL en 1985 est lourd : seize attentats et mitraillages de bars et de restaurants dans les Pyrénées-Atlantiques, ont fait douze morts et dix blessés graves. Parmi les victimes, six étaient des citoyens français.

La police française réalise cette année-là de nombreuses arrestations. Le 29 mars, après l’attentat au Bar des Pyrénées à Bayonne, qui a fait un mort et deux blessés graves, Pierre Baldès est arrêté au moment où il tente de prendre la fuite. Le 29 mai 1986, il sera condamné par le tribunal de Pau à la réclusion criminelle à perpétuité. Ce sera le premier tueur du GAL condamné à cette peine. Le procès laissera ans l’ombre les véritables commanditaire de la tuerie. Ce n’est qu’en 1989 qu’un autre mercenaire du GAL, Christian Hittier, confessera au juge Baltazar Garzon avoir assisté le 27 mars 1985, deux jours avant l’attentat, à une réunion secrète à laquelle participaient le sous-commissaire Amedo Fouce, l’inspecteur Michel Dominguez et la police de Bilbao et Pierre Baldés.

Deux semaines après l’assassinat le 30 mars à Saint-Jean-de-Luz, du correspondant d’Egin, Xabier Galdeano, la police française arrête à Paris Guy Cantanavera, Alain Parmentier, Jacky Pinard et Bernard Foucher. Parmentier, Pinard et Foucher seront condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité par le tribunal de Pau en 1987. Cantanavera est laissé en liberté provisoire. Le procès escamote les commanditaires. Des amis de Parmentier maintiennent devant le tribunal, malgré les menaces de mort dont ils font l’objet (les juges en ont les preuves matérielles), que Cantanavera n’a pas participé à l’attentat et qu’il avait recruté les trois autres  conte la promesse d’un contrat de 100.000 francs français. La police établit que Cantanavera a séjourné peu après l’assassinat, ente le 5 et le 13 avril, dans un hôtel de Malaga. Il y a rencontré un pied-noir naturalisé espagnol, Eduardo Mari Chica, ainsi que Carlos Gaston, beau-frère du précédent, qui a réglé une partie de la facture de Cantanavera.

La justice française avait lancé un mandat d’arrêt contre Gaston pour l’attentat qui avait blessé grièvement Juan José Etxabe et coûté la vie à Agurtzane Arregui, son épouse. L’assassinat avait été revendiqué par la Triple A. La justice espagnole n’a jamais donné suite à la demande d’extradition des magistrats français. Le parquet de Pau a fait une nouvelle démarche pour l’arrestation de Carlos Gaston et de Mari Chica, afin de vérifier si le rôle de Cantanavera, s’était bien limité au recrutement des tueurs. La demande est restée sans réponse jusqu’à ce jour.

Le 25 septembre, la police française arrête, grâce  des passants qui se sont lancés à leur poursuite après le mitraillage du «Mon Bar», les deux truands marseillais Pierre Frugoli et Lucien Mattei. Ils seront condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité par le tribunal de Pau, le 1er décembre 1987. Au cours du procès, Pierre Frugoli déclare qu’i a été contacté par le sous-commissaire de Bilbao, José Amedo Fouce, qui lui aurait promis un contrat de 200.000 francs par attentat et une prime de 100.000 francs par assassinat dûment vérifié. Le tribunal enverra une commission rogatoire en Espagne pour recueillir les déclarations d’Amedo Fouce. Le 1er décembre 1987, le juge Christophe Seys en poste à Bayonne, lance un mandat de recherche contre lui.

Le 20 novembre 1985, la police française arrête quatre truands marseillais :Michel Morganti, Roger Roussey, Alain Lambert et Alain Domange. Ils sont recherchés pour deux tentatives d’attentat à l’explosif contre des réfugiés basques (Egileor Ituarte et José Arraztoa). Trois d’entre eux déclarent au juge d’instruction qu’ils ont été recrutés par un petit caïd du milieu marseillais résidant en Espagne, Georges Mendaille, et qu’ils travaillent pour les services secrets espagnols. On trouve sur eux des photos de Lezerua, Egileor, Otegui et Angel Iturbe Abasolo; celle d’Otegui est vieilles de quinze ans et provient des archives de la police espagnole. En 1986, la justice française lancera un mandat d’arrêt contre Mendaille qui restera officiellement en Espagne à San Antonio de Calonge, depuis 1978. la justice espagnole répondra à la justice française que la police n’a pas réussi à le localiser, jusqu’au moment où les journalistes publieront un reportage le montrant dans sa paisible résidence de la Costa Brava. Mendaille sera finalement arrêté en 1989. Entre temps, Odette Roussey, sœur de Roger  Roussey, a déclaré en décembre 1988 devant le juge Baltazar Garzon, quelle était allée voir Mendaille en juin 1987 pour lui demander d’intervenir en faveur de la libération de son frère. Mendaille lui aurait alors proposé un nouveau rendez-vous à Bagur, avec les «chefs» du GAL. Grâce à cette entrevue, elle identifiera devant le magistrat espagnol les deux policiers José Amedo Fouce et Michel Dominguez, que Mendaille lui a présentés comme les organisateurs et les bailleurs de fonds des commandos. Ces deux policiers lui auraient demandé de travailler pour le GAL contre la promesse d’arranger la situation de son frère.

Le 24 décembre 1985 à Biarritz, un commando tire sur Robert Caplanne, citoyen français, qui décèdera dix jours après des suites de ses blessures. Avec une étonnante rapidité, la police espagnole arrête à Barcelone, cinq étudiants qui font partie du CEDADE (Círculo Español de Amigos de Europa, organisation d’étudiants d’extrême droite à Barcelone) : José Luis Farinas, Javier Rovira, Jorge Porta, Carlos Pedemonte et Carlos Laborda. Dans le procès où il comparaîtront en 1987, ils désigneront formellement Miguel Gutierrez indicateur et trafiquant de drogue, comme l’organisateur de l’attentat. Gutierrez les avait payés personnellement avec ce qu’il appelait «l’argent des fonds officiels», leur proposant un mission d’observation pour les forces de sécurité de l’Etat. Gutierrez a quitté l’Espagne peu de temps avant l’arrestation des cinq étudiants. Il est actuellement incarcéré en Thaïlande pour trafic de drogue. La justice espagnole a faut un e demande d’extradition.

 

Conclusions

Les auteurs de six des seize attentats de 1985 ont été mis sous les verrous. Il s’agit pour la plupart de petits truands recrutés dans les milieux français et espagnols et engagés sur contrat. Une première estimation des enquêteurs a établi que les sommes engagées pour l’année 1985 s »élèvent à quelques quatre millions de francs. La plus grande partie de ses contrats sont restés impayés après l’arrestation de leurs bénéficiaires.

L’embauche systématique de petits truands, la plupart du temps retournés par la police et travaillant comme indicateurs, semble fragiliser l’organisation clandestine. Dans quelle mesure le nombre relativement élevé d’arrestations ne fait-il pas partie d’une tactique délibérée des mandataires du GAL? En tout état de cause, il semble que le commando recruté par Miguel Gutierrez pour l’assassinat de Caplanne ait été délibérément téléguidé pour sacrifier les cinq étudiants d’extrême droite à l’opinion publique. Après rétractation (les étudiants ont affirmé que leurs premières déclarations avaient été fabriquées par la police), les tueurs expiatoires ont été condamnés en octobre 1987 à des peines de 20 à 34 ans de prison. Certains magistrats ont vu dans cette accumulation de bavures une habile manœuvre pour réhabiliter la vigilance de la police espagnole

Les enquêteurs espagnols et français ont à présent connaissance des sommes importantes engagées dan les activités criminelles du GAL. Or la provenance de ces sommes et les responsables de leur distribution, autrement dit les commanditaires véritables, ne semblent pas les intriguer outre mesure. Les déclarations des étudiants du CEDADE sur les « fonds officiels » qui ont permis à Miguel Gutierrez de les embaucher, ont été archivées suite à le détention à perpétuité du trafiquent de drogue en Thaïlande.

La déposition de Pierre Frugoli mettant en cause le sous-commissaire de Bilbao Amedo Fouce, na pas été suivie par une procédure adéquate. Il faudra attendre près de deux ans pour que la commission rogatoire chargée d’interroger Amedo Fouce, aboutisse à la constitution de charges accablantes pour le policier espagnol.

A la fin de l’année, le directeur du Commissariat général de l’information du ministère de l’Intérieur, Martinez Torres, efface d’un coup d’éponge l’ardoise pourtant chargée du GAL et de ses connexions officielles. Selon lui, l’organisation clandestine n’a aucun contact avec des individus ou des groupes espagnols. La justice espagnole parachève ce blanchissage en opposant une fin de non recevoir à toutes les demandes d’extradition.