Nom du blog :
escadronsmort
Description du blog :
Informations sur les activités des escadrons de la mort actifs en Pays Basque de 1975 à 1987.
Catégorie :
Blog Politique
Date de création :
06.11.2012
Dernière mise à jour :
08.11.2012
Accueil
Gérer mon blog
Créer un blog
Livre d'or escadronsmort
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
· Chronologie des activités du GAL
· CEDRI liburua-5
· Aveux de José Amedo
· CEDRI liburua-4
· CEDRI liburua-6
· CEDRI liburua-10
· Chronologie enquêtes et procédures judiciaires
· CEDRI liburua-7
· Caplane et Ismael Miquel
· sar hitza
· CEDRI liburua-2
· CEDRI liburua-1
· Amedo: aveux détaillés
· Pierre, policier français vendait
· +Sud Ouest présente le film de Fay sur Canal+
travail vie monde photo article création france roman société annonce femmes mort travail divers cadre bande douceur voiture écran cadeaux maroc solidarité soi
Derniers commentaires Recherche1984 : l’européanisation de la question basque
Le plan ZEN et son application
L’assassinat le 23 février d’Enrique Casas, sénateur socialiste et candidat aux élections en Gipuzkoa, par les Commandos autonomes anticapitalistes, relancent la détermination du gouvernement central et provoque une vague de représailles. Certains journalistes spécialisés dans les investigations sur le GAL avancent même que l’élimination de cet ami personnel de Felipe Gonzalez aurait définitivement convaincu le chef du gouvernement espagnol de la nécessité de lancer de nouveaux commandos antiterroristes conte l’appareil militaire de l’ETA.
En principe, le plan ZEN devait procéder au quadrillage total du territoire basque et faciliter par tous les moyens le contrôle «en douceur » de la population. Mais l’occupation militaire et l’état d’esprit des corps de sécurité engagés dans la guerre totale contre l’ETA impliquent une violence latente qui ne manque pas de se déchaîner dans le feu de la répression. Le 6 juin, dans le village d’Albena, un capitaine et un lieutenant des Unités spéciales interprètent à leur manière les consignes de la «guerre psychologique». Devant la population du village conviée de force, ils s’adonnent à un simulacre d’exécution (à blanc) du maire et de l’un de ses adjoints. Les deux officiers ont été condamnés à quelques mois d’arrêt, avant de reprendre du service à quelques kilomètres de là. Une station de radio qui informe sur cet événement est fortement endommagée par l’explosion d’une bombe, attentat qui n’a jamais été revendiqué ni éclairci.
L’année 1984 commence tout de même par une vaste campagne de presse qui fait circuler dans l’opinion les thèses et les méthodes de la guerre totale préconisées par le gouvernement espagnol. En m^me temps que se développe cette offensive de charmes, la diplomatie espagnole s’emploie à multiplier les contacts internationaux. La coordination européenne de la lutte antiterroriste, le droit d’asile et la candidature de l’Espagne à la CEE reviennent dans toutes les discussions. Inaugurée par la visite de Henry Kissinger à Felipe Gonzalez (officiellement pour un échange de points de vue sur la situation en Amérique Laine) cette politique de concertation va surtout multiplier les rencontres au sommet et les consultations entre ministres de l’Intérieur français et espagnol. Lors de la troisième rencontre de Rambouillet (février 1984) le ministre espagnol des Affaires étrangères, Fernando Moran, déclare : «Il faut améliorer nos relatons. Si nous allons à l’échec, l’Espagne sera vouée à une plus grande dépendance vis à vis des USA».
Successivement, des confrontations ont lieu à Bruxelles en mars (présentation du dossier agricole espagnol à la CEE), à Madrid en avril où Gonzalez, Kreisky et Brandt réfléchissent ensemble à une politique autonome pour l’Europe; à Madrid encore où tour à tour, Papandréou, le chancelier Kohl, Bettino Craxi et le premier ministre Lubbers viennent apporter le soutien de la Grèce, de la RFA, de l’Italie et de la Hollande à l’adhésion de l’Espagne à la Communauté des Dix. L’effervescence de la diplomatie espagnole se prolonge avec la visite de Gonzalez au Danemark, l’appui du nouveau président irlandais et les premières négociations en juin et septembre sur l’entrée de l’Espagne dans la CEE, à Bruxelles. En septembre, la visite de Gonzalez en Irlande, en octobre la quatrième rencontre au sommet franco-espagnol à Pedralbes (Catalogne), des ministres de l’Economie, de l’Industrie, de l’Agriculture et des Affaires européennes, et la publication des conditions de Gonzalez à la participation à l’OTAN, clôturent les grandes manœuvres de l’Espagne pour s’intégrer à l’Europe économique.
Simultanément, depuis le début de l’année, l’offensive diplomatique tend à lier l’entrée de l’Espagne dans la CEE aux problèmes de la lutte antiterroriste contre l’ETA et à la résolution de celui que posent les réfugiés et les demandeurs d’asile basques en Europe. En janvier, Felipe Gonzalez demande à l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe une plus grande coopération antiterroriste. En juin, le quotidien El Pais publie un article qui résume bien l’ambiance dans laquelle se prépare le sommet de Defferre-Barrionuevo : «Les contacts entre personnalités de la police se multiplient pour harmoniser l’offensive sur les réfugiés, selon l’axe déportation-repentir-légalisation comme étrangers. La première phase a consisté à élever le niveau professionnel de la police. La deuxième à accumuler les informations relatives aux infrastructures et mouvements des militants, la troisième à prendre l’initiative et à prévenir les actions de l’ETA. Les relations avec les homologues français sont positives; arrestations de 30 réfugiés en France, facilités données aux policiers espagnols pour réaliser les travaux d’information…».
La rencontre des ministres de l’Intérieur se solde par les Accords de Castellana qui officialisent la collaboration des deux pays. Un communiqué stipule : «Pour faciliter le retour des réfugiés en Espagne avec des garanties, le gouvernement français contribuera à permettre la réalisation des décisions».
Gaston Defferre laconiquement de ces accords : «Nous avons parlé de tout , drogue, terrorisme international et affaires basques». Le ministre de l’Intérieur espagnol justifie le caractère confidentiel des décisions prises : «Pour mener cela à bien, certaines choses ne peuvent pas être révélées…». En juillet, malgré le désaccord de tous les partis politiques basques, la justice belge se prononce en faveur de l’extradition de deux réfugiés. En France, le remaniement ministériel qui remplace Mauroy par Fabius à la tête du gouvernement, ne déplaît pas au gouvernement espagnol : «Le changement de Mauroy par Fabius ne peut qu’améliorer nos relations».
En août, peu de choses transpirent de la rencontre entre Joxe et Barrionuevo à Madrid, mais les contacts «officieux» de policiers français et espagnols, en marge de e sommet, n’échappent pas à la presse. En France comme en Espagne, on pressent un renforcement de la coopération des deux pays en matière de lutte antiterroriste. A la 24e session de la CEE, en septembre, le ministre des Affaires étrangères Moran sollicite ouvertement l’aide des pays membres de la Communauté. En octobre, à la Conférence internationale contre le terrorisme, le directeur de la Sécurité de l’Etat espagnol propose que le terroriste soit assimilé juridiquement à un délinquant de droit commun.
Le syndicat policier progressiste USP révèle à la presse que le vice-président allemande du bureau fédéral de la Recherche criminelle au chaudement félicité Felipe Gonzalez pour avoir proposé une conférence européenne sur le terrorisme. Quelques jours plus tard à Madrid, cent trente deux experts délégués de trente sept pays se réunissent pour la septième édition du séminaire de Haute spécialisation des forces de police. Le thème de ces travaux est la coordination des méthodes antisubversives.
Fin octobre, sur proposition du groupe libéral du parlement européen, une résolution demandant la coopération permanente des Dix avec l’Espagne et le Portugal pour combattre le terrorisme international, est adoptée par 112 voix contre 77 et 7 abstentions au parlement de Strasbourg.
Après la rencontre de Pedralbes, Roson, ex-ministre de l’Intérieur de l’UCD, déclare à la revue Tiempo: «Les deux gouvernements garderont le silence sur les contreparties espagnoles à la France qui a accordé les extraditions». La fin de l’année sera marquée par deux évènements qui passeront inaperçus : l’entrevue éclair Gonzalez-Khadafi, arbitrée par Bruno Kreisky (ex-chancelier autrichien) à Palma de Majorque et une réunion secrète à Madrid des chefs opérationnels de la lutte antiterroriste de treize pays, dont les USA.
A l’analyse, toutes ces négociations et ces transactions secrètes tendent à lier l’intégration de l’Espagne à la CEE et sa participation à l’OTAN à la lutte contre l’ETA et à l’aide que les Etats membres de la CEE peuvent lui fournir, notamment celle de la France. En ce qui concerne les réfugiés et la collaboration de l’Etat français, le gouvernement de Felipe Gonzalez multiplie cette année-là, les sollicitations et le pressions. Dès janvier, Barrionuevo fait des invites pressantes : «Les responsabilités du ministère s’arrêtent à la frontière, nous sommes disposés à collaborer avec la police française».
Jusqu’à l’arrivée de Laurent Fabius, le Premier ministre Pierre Mauroy et son ministre de l’Intérieur Gaston Defferre ont tenu bon contre les demandes d’extraditions réitérées par l’Espagne. En mars, Pierre Mauroy annonce à Madrid que la France ne délivrera pas de nouveaux statuts de réfugiés, mais se contera de mesures d’assignation à résidence, d’interdiction de séjour, d’arrestations et d’expulsions (au Venezuela, à Panama et à Cuba).
A partir de juillet , la politique française du droit d’asile est remise en question, la doctrine en la matière (cf. la lettre de Claude Cheysson à Robert Badinter, publiée dans LE Monde e août) est claire : l’extradition dépend du régime politique de l’Etat demandeur. Jospin au nom du PS a beau se prononcer en faveur des expulsions contre les extraditions, dès septembre le gouvernement de Fabius en accorde trois et les réfugiés seront remis aux autorités espagnoles. Malgré les protestations des partis, des associations humanitaires et de la presse basque et nationale (cf. Le Canard Enchaîné : «La France livre». «Les Espagnols subventionnent l’exportation des Basques, paquets-cadeaux aux pays qui les reçoivent»), la pratique de restrictions du droit d’asile reste l’un des points forts de l’entente cordiale franco-espagnole. Mitterrand sort de sa réserve pour la justifier en octobre : «Le gouvernement respecte le droit d’asile… les extraditions ont été l’ultime instance d’une procédure juridique… L’Espagne est à nouveau un Etat démocratique…». Il ajoute : «Le GAL sera réprimé par la police et la justice avec sévérité». Cette déclaration a au moins le mérite de souligner l’existence du Groupe Antiterroriste de Libération, jusqu’ici minimisé ou simplement nié par divers porte-paroles de l’Etat espagnol.
En dépit des attentats très professionnels qui éliminent cinq dirigeants de l’ETA entre février et avril (Vicente Perurena, Angel Gurmindo, Eugenio Guttierrez, Javier Perez Arenaza et Rafael Goikoetxea), Felipe Gonzalez affirme à la Dépêche du Midi qu’il ignore tout du GAL. Après l’assassinat du citoyen français Jean-Pierre Leiba, alors que les deux tueurs arrêtés, Munoz et Acena, reconnaissent leur participation au GAL, le vice-président du gouvernement espagnol Alfonso Guerra, déclare nonchalamment : «J’ai l’impression qu’il s’agit d’individus pour entrer dan le GAL, mais qui n’appartiennent pas à cette organisation». La version médiatique de Barrionuevo est expéditive : «Le GAL est un problème exclusivement français».
Pourtant les militants basques et la presse française parlent de plus en plus de la collaboration des policiers espagnols et français derrière le sigle-écran du GAL. Il est vrai que l’efficacité et la précision des attentats du GAL (neuf morts, dont huit membres ou sympathisants de l’ETA, onze blessés, deux enlèvements avec tortures, plusieurs incendies, plasticages et mitraillages d’établissements publics) donnent à penser que le GAL bénéficie d’une grande liberté de manœuvre, pour ne pas dire d’un soutien logistique et de complicités de ce côté-ci de la frontière.
En fait, l’analyse du contexte général où le GAL développe ses activités criminelles explique son rendement et même ses première erreurs graves. Les divers marchandages autour de l’adhésion de l’Espagne à la CEE et à l’OTA permettent au gouvernement espagnol de faire pression sur la Communauté, en particulier sur la France et la Belgique, pour restreindre le droit d’asile et neutraliser les bases arrières que l’ETA est censé constituer au nord des Pyrénées.
Dans la première moitié de l’année (gouvernement Mauroy), la France subordonne son aide à la cessation des activités du GAL ; elle ne l’accordera qu’en contrepartie de clauses confidentielles (liquidation du GAL, intérêts français) et en ménageant l’opinion française et espagnole (trois cas d’extradition et quatre expulsions vers le Togo). Le terrorisme du GAL ne fait donc pas seulement partie de la stratégie de guerre totale du plan ZEN, il est la monnaie d’échange qui permet de négocier l’aide française dans la lutte contre l’ETA. I faut remarquer que dans la période qui précède les extraditions (juin-novembre), le GAL ne procède qu’à des attentats d’intimidation, même les bavures qu’il revendique cyniquement contribuent à entretenir un climat de terreur et d’insécurité et à faire pression sur le gouvernement français.
Une fois obtenues, le 23 septembre, les trois extraditions, et pour appuyer les nouvelles exigences du gouvernement espagnol (José Barrionuevo réclame de nombreuses extraditions supplémentaires), le GAL assassine coup sur coup un citoyen français et Santi Brouard, un dirigeant politique de la mouvance Herrri Batasuna, considéré comme un négociateur potentiel du problème basque, il venait de rencontrer Pierre Guidoni, l’ambassadeur de France en Espagne. Les « durs » des services secrets ne pouvaient pas mieux faire pour rompre les contacts amorcés depuis quelques semaines entre le gouvernement espagnol, les forces politiques abertzale, l’ETA, sous l’arbitrage du gouvernement français.
Le brouillage médiatique entretenu autour du GAL (milieu français, mercenariat cosmopolite) tend à dissoudre la responsabilité du gouvernement espagnol. On peut même se demander si le choix des commandos recrutés surtout parmi les truands et les activistes français, n’est pas délibérément fait pour banaliser la liquidation physique de membre de l’ETAm sur le territoire français. Cette hypothèse cadre ben avec a volonté d’internationaliser le conflit avec l’ETA (pour mieux éliminer la solution politique du problème basque). La multiplication des rencontres entre policiers européens, l’appel constant à la solidarité européenne et l’idée d’un front policier face au terrorisme international débordent visiblement le cadre du Pays Basque. La conférence internationale sur le Terrorisme (novembre) et la réunion secrète des Services spécialisés dans l’antiterrorisme de treize pays, à Madrid en décembre, semblent faire prévaloir la thèse américaine du complot terroriste international. L’idée d’une euro-police face à l’euro-terrorisme s’élabore dans le contexte trouble d problème basque.
Situation du problème basque en 1984
Quelques données de base permettent de situer le conflit au moment où l’Etat espagnol durcit et internationalise la répression, différant ainsi la négociation politique du problème basque.
A. Aspects politiques
En novembre 1978 ; l’électorat d’Euskadi Sud suit à 60% les consignes d’abstention ou de vote négatif et rejette ainsi la nouvelle Constitution (cf. art. 2 : « La souveraineté nationale réside dans le peuple espagnol duquel émanent les pouvoirs de l’Etat ». Il existe donc une majorité populaire qui revendique de fait une souveraineté pour le peuple basque incompatible avec les termes de cette Constitution. En 1979, le statut d’autonomie avalisé par le PNV et les nationalistes de droite, scinde l’opinion publique. De larges secteurs de la population, et surtout la coalition Herri Batasuna et l’ETA, rejettent les réformes de ce statut d’autonomie. Ce statut concerne trois provinces basques : Biscaye, Gipuzkoa et Araba. Le parlement et le gouvernement siègent à Gasteiz en Araba. La Navarre, quatrième province considérée par les basques comme le berceau historique d’Euskadi, est réglée par un statut de Communauté forale que les indépendantistes jugent comme une version à peine améliorés du statut provincial en vigueur sous Franco.
Les attributions et les compétences de l’exécutif et du parlement autonome sont soumises au contrôle du gouvernement espagnol. Leur marge de manœuvre est insignifiante en matière de planification économique, de sécurité, de maintien de l’ordre, de contrôle du système judiciaire. Les autorités locales ne constituent qu’un faible contre-pouvoir face au gouverneur civil nommé par Madrid art aux responsables des forces armées qui, sous couvert d’assurer l’intégrité nationale, font pression sur la politique du pouvoir central. En fait, le gouverneur civil détient tous les pouvoirs sur les forces de police nationale et la guardia civil dans chacune des trois provinces, et il exerce pleinement son autorité sur les moyens et les libertés d’expression.
En 1984 ; les forces politiques en présence en Pays Basque espagnol se répartissent entre les formations suivantes : PSOE, PNV (démocrates chrétiens), EE (Euskadiko Ezkerra, gauche basque), Herri Batasuna (coalition indépendantistes dont la légalisation est contestée par Madrid, le PCE et la LCR (ligue trotskyste), l’AP (Alianza popular, droite espagnole). Dès 1979, Herri Batasuna refuse les institutions issues de la Constitution et du Statut d’autonomie. Elle ne siège ni au parlement autonome, ni aux Cortes espagnols, malgré le nombre d’élus que cette coalition obtient à toutes les élections, notamment municipales.
Une plate-forme commune, l’alternative KAS, est la base de toute négociation préalable au cessez-le-feu pour le mouvement indépendantiste basque. Ce mouvement regroupe la coalition Herri Batasuna, le bloc ETA, les organisations syndicales et populaires telles que LAB (syndicat ouvrier), Jarrai (organisation de jeunes), ASK (coordination de mouvements populaires), HASI (parti marxiste), Egizan (mouvement de femmes).
L’alternative KAS comporte cinq points, la version que nous publions in extenso est la réponse envoyée par l’ETA à l’ambassadeur Pierre Guidoni qui propose une médiation au gouvernement français dans une première phase de négociations et, en fait, lance un ultimatum avant les extraditions de septembre.
1- Amnistie, soit la libération de tous les prisonniers politiques basques.
2- Libertés démocratiques, c’est-à-dire la légalisation de tous les partis politiques indépendantistes, sans leur imposer de modifier leurs statuts.
3- Retrait d’Euskadi de la guardia civil, de la police nationale et du Corps général de police.
4- Amélioration des conditions de vie et de travail pour les classes populaires et en particulier pour la classe ouvrière.
5- Statut dautonomie avec conditions minimales requises : qu’il englobe les quatre régions historiques d’Euskadi sud ; qu’il reconnaisse la souveraineté nationale d’Euskadi, son droit à l’autodétermination incluant le droit à la création d’un Etat propre indépendant ; qu’il reconnaisse le liens nationaux existant ente Euskadi nord et Euskadi sud ; que les unités de défense civiles qui remplaceront les actuelles forces répressives soient créées par le gouvernement basque et dépendent uniquement de lui ; que les forces armées en place en Euskadi soient sous contrôle du gouvernement basque ; que le peuple basque dispose de pouvoirs suffisants pouvant lui permettre de se doter à tout moment des structures économiques qu’il estimera, du point de vue social et politique, les mieux adaptées pour le progrès et son bien-être ; que l’euskara soit la langue officielle et prioritaire d’Euskadi (in «Au peuple basque», annexe 5, réponse de l’ETA à M. Guidoni, novemnre 1984).
B. Aspects économique
L’économie du Pays Basque a subi le contre-coup du développement de la Communauté économique européenne. La métallurgie et la sidérurgie (hauts-fourneaux, aciéries, chantiers navals, etc. de Bizkaia et de Gipuzkoa) qui constituent l’essentiel de sa production industrielle sont particulièrement touchées par la restructuration. La volonté politique du PSOE de s’aligner sur les normes de la CEE, en prévision de l’entrée de L’Espagne dans la Communauté des Dix, s’exerce au détriment d’autres secteurs de l’économie : pêche, agriculture, etc.
Le taux de chômage au pays Basque a considérablement augmenté depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir (25 % de la population active). Les investissements étrangers qui accompagnent la modernisation de certains secteurs de l’industrie et du commerce favorisent la spéculation bancaire. Les banques privée, déjà avantagées par les intérêts que doivent payer les entreprises en difficulté, accumulent des bénéfices qui ne sont pas réinvestis dans l’économie locale. L’administration contrôle mal la gestion des subventions.
La région basque st l’une de celles où sévit le plus l’économie souterraine (travail noir, spéculation, etc. 40 %).,Malgré sa capacité de production industrielle, le pouvoir d’achat par habitant est tombé au dessous de la moyenne nationale. Dans la classification des régions, les indices économiques (taux de développement, valeur ajoutée brute) le rangent souvent dans le peloton des zones à faible croissance du sud.
C. Etat de la répression
Le Pays Basque est soumis à un système permanent d’exception, notamment en matière de législation répressive. La loi d’Habeas Corpus du 14 mai 1984 augmente les possibilités de la détention illégale et restreint considérablement les droits de la défense. L’application de la loi antiterroriste (26 décembre 1984), particulièrement efficace dans le cadre de la répression au Pays Basque, pénalise de plus en plus les populations civiles.
Le renforcement du système carcéral alterne le forcing psychologique et les méthodes «dures» (isolement, ségrégation des « irréductibles », les «expériences pilotes» de réinsertion et les mauvais traitements, la surpopulation des prisons et les mauvaises conditions sanitaires.
De 1978 à 1984, le nombre de prisonniers politiques condamnés à des peines de prison ferme est passé de 102 à 420 ; celui des détentions prolongées, de 261 à 1879. La pratique quotidienne de la torture dans les commissariats, les casernes et les prisons (dénoncée par les associations caritatives, les organismes de défense des droits de l’homme, Amnesty international et la presse) est intégrée dans les méthodes de la « guerre psychologique ». Il est difficile d’en dresser le bila exact : le contrôle par des médecins et des psychologues, la pratique des « tortures psychiques », la difficulté de faire valoir les preuves, la réticence à porter plainte (20% des cas), l’obstruction judiciaire faussent l’évaluation des délits.
Selon les documents du Parlement européen (26651/84, 5 octobre 1984), «…du 1er janvier 1981 au 30 juin 1984, plus de 3500 cas de tortures et de mauvis traitements dans les commissariats de police, ont été enregistrés».
L’application du plan ZEN (budget annuel de 15.000 millions de pesetas) mobilise au Pays Basque 25.000 hommes (effectifs de la Police nationale, du Corps spécial de sécurité et de la Guardia civil) auxquels il faut ajouter plus de 25.000 hommes de Compagnies de réserve et 2500 policiers de l’Erzaintza (police autonome). La moyenne de un policier pour 125 habitants est nettement supérieure à la moyenne européenne. Ce plan permet des opérations de ratissage de grande envergure et de violentes expédiions punitives (Pasajes, Hernani, Oyarzun, etc.). Il généralise l’intoxication, la manipulation et la désinformation de l’opinion par le conditionnement et la subvention clandestine des médias. Il autorise le harcèlement des familles de prisonniers et de réfugiés, favorise la collaboration et la délation (une enveloppe de 800 millions de pesetas est attribuée au chef du MULC pour financer un réseau d’informateurs). Il transfère les compétences des tribunaux à l’Audiencia nacional, véritable tribunal d’exception. Il verrouille militairement le pays basque grâce au dispositif des COE (Corps opérations spéciales) de la Surveillance maritime et aérienne (avions de reconnaissance, hélicoptères Maya, etc.). La Ve zone militaire de Burgos qui englobe le Pays Basque se prépare à devenir une base d’entraînement des forces aériennes de l’OTAN (polygone de tir réel de Las Bardenas).
Février : un commando de deux ou trois hommes abat à la mitraillette, à Hendaye, deux membres de l’état-major de l’ETAm, Vicente Perurena Tellechea «Peru» et Angel Gurmindo Lizarraga «Stein». Les tueurs s’enfuient dans une Seat immatriculée en Espagne. Attentat revendiqué par le GAL.
Un tireur posté à une centaine de mètres abat au fusil à lunette, à Idaux-Mendy en Soule, l’un des dirigeants d’ETAm, Eugenio Gutierrez Salazar «Tigre» et s’enfuie avec ses complices dans une Citroën CX immatriculée en Espagne. Attentat revendiqué par le GAL.
Mars: un commando de quatre hommes assassine à Hendaye un Français, Jean-Pierre Leiba, sans aucun lien avec ETA. Attentat revendiqué par le GAL qui s’excuse de son erreur.
Assassinat dans une station service de Biarritz de Javier Perez de Arenaza, beau-frère de «Txomin», membre présumé de la direction d’ETAm. Attentat revendiqué par le GAL.
Des inconnus blessent à Bayonne, Ramon Basañez Jauregui, membre présumé d’ETA. Attentat revendiqué par le GAL.
Explosion de plusieurs voitures piègées à Biarritz et Bayonne. Attentats revendiqués par le GAL.
Avril : un commando abat à Baigorri (France) Rafael Goikoetxea, militant d’ETA, et blesse grièvement Jesus Zugarramurdi «Kixkur», membre historique d’ETAm. Attentat revendiqué par le GAL
Mai : des inconnus enlèvent un jeune réfugié de Renteria, Xabier Lorenzo, et le torturent au cours d’un interrogatoire. Attentat revendiqué par le GAL.
Quelques jours après à Algorta, un commando enlève le réfugié Endika Lorenzo et le soumet au même traitement. Erreur revendiquée par le GAL.
Juin: une moto piégèe blesse mortellement Tomas Perez Revilla «historique» de l’ETAm et blesse grièvement le réfugié Ramon Orbe. Attentat revendiqué par le GAL.
Juillet: explosion d’une bombe au bar La Consolation à Saint-Jean-de-Luz. Trois réfugiés politiques sont blessés : José Oliva Gallastegui, Bonifacio Garcia Munoz et Jun Jauregui Aurria. Attentat revendiqué par le GAL.
Mitraillage du bar Etxabe à Bayonne, 4 blessés légers. Attentat revendiqué par le GAL.
Mitraillage du bar Le Penalty à Irun. Attentat revendiqué par le GAL.
Août: attentat contre le siège de Herri Batasuna à Hernani. Attentat revendiqué par le GAL.
Séquestration et torture d’un membre de Herri Batasuna à Bilbao.
Incendie de plusieurs voitures de réfugiés dans plusieurs villages du Pays Basque français.
Incendie du siège de Herri Batasuna à Renteria. Attentat revendiqué par le BVE ( ?).
Tentative d’incendie du siège de Herri Batasuna à Zumaia.
Echange de coups de feu entre des policiers municipaux d’Irun et une voiture dont les occupants en civil prennent la fuite. La voiture appartient à la guardia civil de Saint Sébastien.
Incendie des coopératives Denek, Aurki et Alki dans la région d’Arrosa. Attentats revendiqués par le GAL.
Mitraillage du bar Etxabe à Bayonne.
Novembre : un commando assassine à Biriatou un citoyen français, Christian Olascoaga, probablement confondu avec un membre de l’ETA. «Erreur» revendiquée par le GAL.
Assassinat à Bilbao du médecin Santiago Brouard, alors qu’il était en consultation, dirigeant du parti HASI et membre de la direction de Herri Batasuna. Attentat revendiqué par le GAL.
Explosion de la voiture de l’épouse de Joaquin Olano, un détenu torturé en 1983 par la guardia civil, et plasticage de son magasin. Attentat non revendiqué.
Décembre : un réfugié basque, Juan José Iradi, est blessé par balle dans une rue d’Hendaye.
Explosion d’un engin placé sous la voiture de Ramon Lopez de Abetxuko, considéré par les services espagnols comme l’un des responsables de l’appareil de sécurité de l’ETAm. Il n’y a pas de victimes. Attentat revendiqué par le GAL.
Le bilan est lourd : neuf membres ou sympathisants de l’ETA assassinés, onze blessés, deux enlèvements de réfugiés avec tortures, plus d’une dizaine d’incendies, plasticages et mitraillages d’établissements publics. Dès le mois de février, le GAL élimine trois dirigeants de l’ETAm, Peru, Stein et Tigre (cf. chronologie). Les auteurs s’enfuient dans des voitures immatriculées en Espagne.
Le 1er mars, un commando assassine un jeune employé de la SNCF, Jean-Pierre Leiba, en pleine gare d’Hendaye. Deux des quatre tueurs, pris en chasse par des témoins, sont arrêtés à Irun : Mariano Moradela Munoz, un repris de justice, et Daniel Fernandez Acena qui a travaillé en 1982, dans la même coopérative ferroviaire que la victime. Les deux autres complices seront arrêtés un peu plus tard : Juan José Garcia Anuarbe et Vicente Fernandez Fernandez. Munoz et Acena insistent sur leur appartenance au GAL. En décembre 1985, ils seront condamnés à Madrid par l’Audiencia nacional à 30 ans de prison pour meurtre. Ils dénoncent comme commanditaire un industriel d’Irun, Navascues, qui réussira à échapper aux poursuites judiciaires.
Le 19 mars Jean-Pierre Cherid, l’insaisissable et omniprésent activiste «Juan», si souvent impliqué et blanchi dans les péripéties de la «guerre sale» depuis 1976, meurt dans l’explosion de la voiture qu’il est en train de piéger, au centre de Biarritz. Le GAL annonce crânement à la presse qu’il vient de perdre l’un de ses héroïques collaborateurs. La police perquisitionne la planque de Cherid à Toulouse et saisit une importante documentation : adresse de policiers espagnols, faux papiers d’identité appartenant à des membres du GAL, est.
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
Jean-Pierre Cherid et les frères Perret ont été à la charnière de la mutation du BVE, devenu officiellement le GAL en 1983.
Cherid, lié à Delle Chiaie et aux néo-fascistes italiens, a été le recruteur et l’organisateur de nombreux commandos entre 1980 et 1984. Associé à Mario Ricci (alias Vannoli) jusqu’à l’arrestation de ce dernier en Italie en 1983, il a dirigé le groupe des anciens de l’AAA argentine (Boccardo, Aleman) et travaillé, selon les missions, avec celui des frères Perret, liés eux-mêmes au milieu français (Zurita, Gaston, Bonjon, etc.). Il a participé aux missions confiées à la bande Szonek-Obadia-Le Rhun-Ruiz arrêtés après l’assassinat de Justo Elizaran en 1979. Le rapport du commissaire Bordon de la PJ de Bordeaux au procureur de Bayonne l’implique formellement dans cet attentat.
Pour la première fois, l’itinéraire de Jean-Pierre Cherid et ses liens avec les services espagnols apparaissent tangibles. Les révélations de Gonzalez Medrano, arrêté avec Iturbide et Zabala en 1981 («avec la guardia civil, des ex-membres de l’OAS et d’Ordine Nuovo travaillaient pour les services de la présidence du gouvernement que dirigeait alors Andrés Cacinello… on peut citer les noms de Concutelli, Calzona, Boccardo, Jean-Pierre Cherid… »), peuvent être recoupées avec le cours ultérieur des évènements.
Les incidents de Montejurra (1976) prouvent son intégration effective dans la trame internationale mise sur pied par les services de Carrero Blanco et Delle Chiaie. L’intervention de Ballesteros qui fait libérer Cherid et les frères Perret après l’attentat contre le Bar Hendayais (deux morts, dix blessés) en 1981, désigne les véritables commanditaires du BVE : les services d’information du ministère de l’Intérieur espagnol. Jean-Pierre Cherid est identifié comme l’un des principaux recruteurs des commandos qui ont opéré entre 1982 et 1984 dans le sud de la France.
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
Cette documentation permet l’arrestation de huit membres suspects d’appartenir au GAL : Bernard Roger, Mohamed Mekouafi, Jasmina Mekouafi, Kader Boudjellal, Yves Peignier, Daniel Shoeder, obert Maldonado et surtout Mohamesd Khiar, soupçonné depuis l’arrestation de Sanchez (Affaire Marey) d’être l’auteur de plusieurs attentats du BVE et du GAL. Khiar sera expulsé en Algérie où il est condamné à la prison à perpétuité. Ses relations avec les services secrets lui vaudront de passer au Maroc.
Cinq des membres de cette bande, tous liés au milieu bordelais et aux frères Perret, sont libérés quelques jours après leur arrestation, pour différents vices de procédure. Fin juin, le juge Svahn aura réussi à les faire tous libérer.
Quatre membres du CESID sont arrêtés à Madrid à leur retour de Bordeaux : la police espagnole qui les a interceptés à l’aéroport pour détention de faux papiers, s’empresse de les libérer.
Le 15 juin, une moto piégée explose dans une station service de Biarritz, blessant Perez Revilla qui décèdera des suites de ses blessures, et Roman Orbe. Le commissaire Boslé qui file les agresseurs, les arrête en flagrant délit. Il s’agit de Patrick de Carvalho, un petit truand portugais, et de Roland Sampiedro, un ancien parachutiste de l’armée française, deux relations assidues d’un agent immobilier récemment installé à Biarritz, Jean-Philippe Labade.
L’arrestation des deux mercenaires est l’aboutissement d’une surveillance qui dure depuis plusieurs mois. Après l’attentat contre le dirigeant de l’ETAm, Perez de Arenaza, le commissaire Boslé de la PJ, qui a exploité les révélations des truands du «fichier Cherid», met Jean-Philippe Labade sous écoute téléphonique. Il est localisé dans une voiture de la brigade antiterroriste de Bilbao, au col d’Ibardin, à la frontière espagnole, et échappe de peu à une souricière. Les policiers de Boslé ont réussi à prendre des clichés qui le montrent en rendez-vous avec un «civil» qui sera identifié plus tard comme étant José Amedo Fouce. Ses contacts téléphoniques servent à localiser de Carvalho et Sampietro. Le 7 juin, ils sont repérés parmi les membres du service d’ordre de Simone Veil, invitée au pays Basque par le RPR. De Carvalho passe aux aveux et couvre son ami Sampietro : le truand portugais affirme avoir agi par conviction («les gens de l’ETA sont des assassins») et avoir été recruté par un certain «Hans».
Le 16 juin, la police arrête au saut du lit Jean-Philippe Labade et Jean-Pierre Bonin, un employé d’une société vidéo, lié aux deux mercenaires. Ils seront libérés cinq mis plus tard par le juge Svahn, le premier pour vice de procédure, le second sur pur et simple non-lieu. Labade, en liberté provisoire, se réfugie en Espagne. Les multiples convocations qu’envoie le juge d’instruction de Bayonne, Gilbert Cousteaux, resteront sas réponse.
Arrestation de Jean Brouchard auteur de l’incendie de la coopérative Denek. L’individu déclare que cet attentat, revendiqué par le GAL, est en réalité une initiative de notables locaux exaspérés par l’offensive anti-touristique déclenchée par l’ETA.
Arrestation à Biarritz de deux membres présumés du GAL : l’Espagnol Andres Vicente Garcia et l’ex-légionnaire français Jean-Pierre Dauri. Ils reconnaissent devant le juge qu’ils sont passés en France avec diverses armes pour commettre des attentats contre des réfugiés basques. Ils sont condamnés à cinq ans de prison. C’est une des rares fois où la police française a pu prévenir un attentat.
Le 20 novembre 1984, Santi Brouard leader très respecté du mouvement indépendantiste basque, est assassiné dans son cabinet médical à Bilbao. Les deux tueurs l’ont criblé de dix balles, sous les yeux de son assistante et s’enfuient en abandonnant sur place un pistolet «Lathy» de marque suédoise et une carabine italienne semi-automatique «Army Jaeger». La mort de Brouard provoque une grève générale dans tout le Pays Basque. Le gouvernement nomme Antonio Rosino, chef de la Brigade d’information de Bilbao pour mener l’enquête. Rosino est le supérieur d’Amedo Fouce et travaille dans le service dirigé par Alvarez Sanchez. Rosino reçoit un appel téléphonique d’un informateur qui affirme que l’assassinat de Brouard a été décidé dans une réunion et propose contre une somme d’argent les noms des participants ainsi que ceux des membres du commando. D’après es déclarations de Rosino au juge d’instruction en décembre 1987, l aurait demandé à ses supérieurs s’il pouvait paye rla somme en question. Ses supérieurs, dont il tait les noms, lui auraient répondu par l’affirmative, à condition que cette somme serve à acheter le silence de l’informateur.
Peu de temps après, Emilio Valerio Martinez, un procureur connu pour être versatile et excessif, déclarera à la presse que l’attentat aurait pu être évité car un service secret espagnol était au courant du projet. On retire le dossier de l’affaire à Rosino et au procureur. Pendant des années, l’enquête va s’enliser dans le maquis des procédures. Elle passera par les mains de quatre commissaires, cinq juges et trois procureurs successifs.
Martinez Torres, directeur du commissariat général d’information du ministère de l’Intérieur, en profitera pour imposer l’hypothèse que le meurtre aurait pu être commis par des incontrôlés de l’ETA. Il se fait implicitement le défenseur du GAL en rappelant que ce dernier n’agit que sur le territoire français. Il exclut même comme simple «hypothèse de travail» que les services espagnols aient pu être impliqués dans cet assassinat. En revanche, la police française a constaté que les munitions utilisées par le commando sont les mêmes qu’elle a identifiées dans plusieurs attentats du GAL en France. Même le procureur général de l’Etat espagnol considère que l’assassinat de Santiago Brouard doit être assassiné au GAL.
En décembre 1987, Antonio Rosino déclare devant un juge que toutes les preuves étaient déjà réunies avant noël 1984 pour arrêter les auteurs de l’attentat. D’après les déclarations du procureur, on aurait empêché cette arrestation. En janvier 1986, Miguel Angel Ocana, un fabricant de drogue madrilène, indicateur de la Brigade des stupéfiants, fait des révélations au juge qui l’interroge sur le meurtre de son beau-frère Alberto Granado Cespedes, en 1985. Pour obtenir la libération de son épouse incarcérée pour être sa complice dans ce meurtre, Miguel Angel Lopez Ocana, déclare que Granado Cespedes est l’un des meurtriers de Brouard. Selon lui, les armes avaient été achetées par son beau-frère à un certain Juan Rodriguez Diaz, trafiquant notoirement connu dans le milieu de la drogue sous le pseudonyme de «El Francès», en prison depuis mai 1985 pour avoir fourni les armes du hold-up de la banque Banesto.
EN mars 1989, Rafael Lopez Ocana, frère de Miguel Angel, indicateur et trafiquant de drogue, est arrêté par la police espagnole pour un délit de droit commun. La police française a pu établir que la moto qui a servi à l’attentat contre le bar La Consolation de Saint-Jean-de-Luz le 11 juin 1984 lui appartient. L’infirmière de Santiago Brouard croit le reconnaître comme l’un des tueurs de son patron. Malgré cela, il est remis en liberté après avoir accompli sa peine pour trafic de drogue.
La police espagnole qui a identifié la carabine «Army Jaeger» comme l’une des armes cédées par Diaz à Granado Cespedes, a maintenant quatre responsables possibles de la mort du dirigeant de Herri Batasuna : Granado Cespedes, assassiné dans une obscure querelle par son beau-frère ; M. Angel Lopez Ocana ; Rodriguez Diaz, simple fournisseur des armes du crime, mais qui déclare avoir été au courant dès leur livraison de l’usage qu’on allait en faire ; Rafael Lopez Ocana, identifié par l’assistante de Brouard ; et Mohamed Khiar, que cette dernière n’est pas tout à fait sûre de reconnaître sur la photo que les policiers français, convaincus de la culpabilité de l’Algérien, lui ont fait parvenir.
Une certitude : les quatre Espagnols ont travaillé comme indicateurs de la police espagnole et ont fait partie de la « mafia » policière compromise dans un certain nombre d’attaques de banques et de trafics extérieurs aux missions du GAL. Cette mafia a maintes fois bénéficié de la protection d’Alvarez Sanchez, de Martin Torres et même du ministre de l’Intérieur Barrionuevo en personne.
Conclusions
Incontestablement, l’intense activité du GAL, en 1984 coïncide avec l’offensive diplomatique du gouvernement espagnol qui fait le forcing pour obtenir l’extradition des réfugiés basques vivant en France. Ce qui frappe dans les attentats des premiers mois de l’année, c’est la précision minutieuse et le professionnalisme avec lequel ont été exécutés quatre des principaux dirigeants de l’état-major militaire de l’ETA : Perurena Tellechea, Gurmindo Lizarraga, Gutierrez Salazar (février) et Perez de Arenaza. Les auteurs de ces meurtres parfaits n’ont jamais été identifiés. Seul Jean-Philippe Labade sera condamné à perpétuité, par contumace, pour l’assassinat présumé de Perez de Arenaza.
L’une des hypothèses avancées par certains enquêteurs est que ces exécutions ont été l’œuvre d’anciens SAS britanniques qui auraient agi sous couvert d’une agence madrilène de prestations technologiques. Effrayés par la maladresse des pistoleros recrutés dans le milieu et mécontents de leurs contrats mal honorés par les commanditaires (Amedo Fouce se révèlera plus tard comme un mauvais payeur), is auraient quitté le circuit para-policier à la fin de l’année. Fernandez Acena confirmera cette version exotique en y ajoutant la participation de tueurs belges, spécialistes du meurtre en moto, et précisera que le tireur motorisé de l’attentat contre Perez de Arenaza était un dénommé « Ludo ». Son identité réelle n’a jamais été élucidée.
On remarquera également que le milieu français fournit le gros des mercenaires des commandos opérant dans le sud de la France. Ces tueurs à gages, essentiellement motivés par l’ampleur des contrats (les primes allouées peuvent aller jusqu’à 200.000 francs.), sont souvent pris en flagrant délit et systématiquement relâchés par le juge Svahn qui interrompt toute investigation en profondeur.
On constate une coïncidence entre la libération par ce juge des trois commandos du meurtre de Perez Revilla (De Carvalho, Sampietro, Labade) cinq mois après leur arrestation, et l’enquête du commissaire Boslé qui semble avoir accumulé les preuves de leurs liens organiques avec les policiers espagnols dans le seul but de livrer les exécutants à ce juge dont il connaît la singulière indulgence. Labade, en liberté provisoire, n’a aucune peine à se réfugier en Espagne, bien qu’il soit placé sous contrôle judiciaire. Tout compte fait, on constate donc que la justice française s’est empressé d’élargir, après quelques mois de prison symbolique, la plupart des hommes de main issus du milieu. Tout se passe comme si des pressions avaient été exercées pour que l’on se débarrasse de ces témoins encombrants, au demeurant trop peu motivés «idéologiquement» pour résister à des interrogatoires de longue haleine. Ces arrestations semblent servir aux deux gouvernements, dans la mesure où l’Espagne peut accréditer l’idée que le GAL est une organisation à 100% tricolore, et la France montrer à l’opinion publique qu’elle ne reste pas sans intervenir contre le GAL.
Le ralentissement soudain des attentats meurtriers du GAL coïncide avec l’élaboration, en France, des procédures judiciaires qui vont aboutir à l’extradition, le 23 septembre, des trois premiers Basques livrés directement aux autorités espagnoles. Ces attentats reprendront dès la fin 1984, au moment où le gouvernement français, sensible au vaste mouvement de protestations que soulèvent ces violations du droit d’asile, refuse d’accorder de nouvelles extraditions au ministère espagnol de l’Intérieur.
L’assassinat de Santiago Brouard a été très mal pris par le gouvernement français de Laurent Fabius qui voyait dans ce dirigeant de Herri Batasuna un interlocuteur valable pour d’éventuelles négociations autour du problème basque. Ce meurtre politique marque la reprise en min par les «faucons » des services secrets espagnols d’une situation compromise, à leurs yeux, par les «colombes» de la «guerre psychologique». L’état des investigations sur les responsabilités ultimes de ce partisan d’une solution politique de la question basque ne permet pas et ne permettra sans doute jamais, de savoir à quel niveau de la hiérarchie étatique a été prise cette décision. D’autant que les présumés coupables ont été mis, volontairement ou indirectement, dans l’impossibilité de témoigner. Granados Cespedes, le principal auteur incriminé, est mort. Diaz purge une lourde peine de réclusion pour l’attaque de la banque Banesto. Angel Lopez Ocana a été condamné à 40 ans de prison pour le meurtre de son beau-frère. Mohamed Khiar aurait été abattu en France la 20 novembre 1987, alors qu’il tentait de s’enfuir d’un fourgon de police. Rafael Ocana, héroïnomane, s’est éclipsé dans les bas-fonds du milieu espagnol.