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escadronsmort
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Informations sur les activités des escadrons de la mort actifs en Pays Basque de 1975 à 1987.
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Blog Politique
Date de création :
06.11.2012
Dernière mise à jour :
08.11.2012

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CEDRI liburua-3

CEDRI liburua-3

Publié le 08/11/2012 à 21:15 par escadronsmort Tags : monde bonne homme fond chez article création france roman photos fille mort travail divers voiture extra

1982 : l’espoir

 

L’année 1982 se caractérise par un arrêt total des activités para-policières et par un intense débat politique où le PSOE s’emploie à mobiliser autour de son programme les forces démocratiques. Pêle-mêle, les socialistes promettent la réforme des structures de la sécurité de l’Etat et des corps de police, la subordination de l’intérêt de ces corps à l’intérêt général, la création de 800.000 emplois, le rejet de l’OTA et les solutions rapides au problème du terrorisme. Au Pays Basque, le MULC et la Guardia civil maintiennent leur routine répressive contre ETAm. En quelques mois, le projet du PSOE emporte l’adhésion populaire. Le 28 octobre, les socialistes gagnent largement les élections. Felipe Gonzalez, secrétaire général du PSOE, est nommé à la tête du gouvernement. L’espoir renaît en Espagne. En fait, derrière ces promesses euphorisantes, l’avenir du pays se joue par dessus la tête des électeurs.

Parallèlement au débat sur les grandes orientations économiques liées à l’intégration de l’Espagne dans l’Europe, la diplomatie porte aussi sur la lutte anti-terroriste. En témoigne la conférence à Rome des partis socialistes français, espagnols, allemands et italiens où l’on aborde la question de la coordination des méthodes. Lors de la visite officielle de François Mitterrand à Madrid, ce thème est au centre des entretiens avec Felipe Gonzalez et Juan Carlos.

La conjoncture particulière de 1982 explique la cessation totale des groupes et des activités para-policières. L’opposition à présent au pouvoir risque d’exploiter à fond l’information recueillie à partir des diverses arrestations opérées les année précédentes. Les Services spéciaux de l’appareil d’Etat se préparent à une importante redistribution des rôles et des tâches. L’armée, en partie disqualifiée par le simulacre de putsch de février, tranquillisée par les concessions matérielles qui lui sont faites, rentre dans l’ordre et accepte un pacte national. La diplomatie espagnole s’oriente vers les transactions préliminaires à la candidature de l’Espagne à la CEE.

Les rencontres au sommet et les concertations entre les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères que l’on prépare pour l’année suivante, indiquent que l’on est en train d’internationaliser ou du moins, d’européaniser le problème de la lutte anti-terroriste. L’un des thèmes du programme électoral était la réforme des structures de sécurité de l’Etat et des corps de police. Avant la distribution des portefeuilles, tout le monde s’attendait à la nomination de Carlos San Juan, député du PSOE, à la tête du ministère de l’Intérieur. Son projet de réforme était clair : l’objectif principal en était l’unification du Corps supérieur de police et de la Police nationale, englobant également la guardia civil. Cette réforme impliquait la démilitarisation partielle de ces corps de sécurité. Ce projet se heurtait aux réticences virulentes des responsables des corps en question, particulièrement de la Guardia civil.

Le «réformateur» San Juan cède alors la place au «conservateur» Barrionuevo, un ancien syndicaliste de la Phalange, converti au PSOE dans les années de la transition où il s’était illustré par sa dureté dans la police municipale de Madrid. Dans le choix de ses collaborateurs, Barrionuevo opte pour un «équilibre entre l’efficacité et la continuité». Pour ce faire, il dose habilement fonctionnaires progressistes et spécialistes chevronnés des anciens services hérités

Des régimes précédents. L’une des premières mesures du nouveau ministère de l’Intérieur est la suppression du MULC (Commandement unifié de la lutte anti-terroriste). Cette mesure enlève l’initiative de la lutte anti-terroriste aux forces armées. En revanche, le ministre s’appuiera de plus en plus sur la Guardia civil.

Ballesteros, trop compromis depuis l’affaire du Bar Hendayais et les déclarations polémiques qu’elle lui a inspiré, est poliment congédié par la présidence, malgré le soutien de Barrionuevo. Les compétences du MULC sont transférées au Commissariat général de l’information. Martinez Torres et Alvarez Sanchez, vieux routiers de la répression policière, sont respectivement placés à la tête du CGI et de la Préfecture de police de Bilbao.

L’enquête sur la « guerre sale » est au point mort.

Carlo Cicuttini, détenu un moment à la suite d’une demande d’extradition de la justice italienne, est libéré après avoir révélé qu’il travaillait pour l’Etat espagnol et qu’il avait participé à plusieurs attentats contre des militants de gauche et d’ETA. Marié avec la fille d’un général espagnol, il vit actuellement à madrid. Avec lui s’éclipse l’un des principaux témoins de la trame néo-fasciste italienne de 1975 à 1981.

 

1983 : fin du BVE… naissance du GAL

 

La refonte des services de Sécurité ne se fait pas sans remous au sein de la police et du ministère de l’Intérieur. L’USP (Union syndicale des policiers) qui compte nombre de fonctionnaires progressistes, critique ouvertement les orientations du ministre Barrionuevo. Dans une tribune libre du journal El Pais de mars 1983, le secrétaire général de ce syndicat, Modesto Garcia, dénonce les «erreurs de Barrionuevo». Selon lui, « la politique policière de Barrionuevo ne développe pas en matière de criminalité une politique globale en harmonie avec la Constitution ; il est clair que Barrionuevo a opté pour la continuité de ‘l’ordre public’ et il n’a pas su ouvrir sur une conception de la sécurité intégrale du citoyen. La conséquence évidente en est  la paralysie du programme électoral du PSOE concernant la police, le recours à la Guardia civil à laquelle on attribue de plus en plus de fonctions, comme le prouve la création des brigades de police judiciaire de la Guardia civil, dotée d’insignes semblables à ceux du Corps supérieur de police… Si bien que les villes que les villes ont l’air d’être investies ou occupées par des fourgonnettes d’agents de la police nationale, la plupart du temps, mitraillette au poing, ce qui nous éloigne considérablement de la conception d’une police de quartier, d’une police préventive et de l’assistance directe aux citoyens… ».

En Euskadi sud, la Guardia civil reprend en effet l’initiative de la répression, grâce à la création du GAIOE (Cabinet d’informations et d’opérations spéciales), à la tête duquel on place l’un de ses officiers supérieurs, le commandant Guillermo Ostos. En réalité, pour liquider le problème basque et l’ETA, le gouvernement de Felipe Gonzalez a mis plusieurs fers au feu :

- une offensive diplomatique lui assure le soutien de pays comme la France, non seulement au niveau de sa candidature à la CEE, mais aussi dans son entreprise de neutralisation des réfugiés suspects de militantisme.

- De nombreuses démarches extérieures donnent à penser que le nouveau gouvernement est à la recherche d’une stratégie extra-nationale de répression. Plusieurs rencontres au sommet entre responsables français et espagnols (celles de Saint-Cloud, Ségovie, contacts de policiers à Cannes) indiquent que la France négocie les modalités de sa coopération. Pour l’instant, le gouvernement Mauroy fait encore la sourde oreille aux demandes d’extraditions, se contentant de mesures administratives  et d’arrestations ; quelques procès en assignation augurent mal des intentions futures de l’Etat français.

- Les intentions de l’Etat espagnol sont encore moins rassurantes. Un article d’El Pais révèle que le gouvernement espagnol fait rechercher par Interpol quelques cent «terroristes» basques espagnols réfugiés en France et en Belgique.

- Les idéologues de l’entourage de Felipe Gonzalez mettent au point une nouvelle stratégie d’intervention pour en finir avec l’indépendantisme basque : le plan ZEN (Zone spéciale nord)

 

Le plan ZEN (Zone spéciale nord)

Connu sous l’appellation de «doctrine Damborenea» (du nom d’un dirigeant du PSOE basque, anti-abertzale et hispanisant), ce plan et l’œuvre de fonctionnaires de l’entourage de Suarez ? Ses inspirateurs, l’ancien ministre de l’Intérieur Juan José Roson, et son directeur de la Sécurité de l’Etat, Francisco Lena, n’ont jamais eu la réputation d’être des hommes de gauche. Leurs références sont les manuels de contre-guerilla élaborés par l’Intelligence service et la CIA après la seconde guerre mondiale. Dans leur esprit, ce corpus tactique était destiné à résoudre la question basque en éradiquant l’influence d’ETA sur la population d’Euskadi, en isolant et en détruisant l’appareil militaire de la résistance.

L’équipe de Gonzalez le propose aux services de sécurité qui l’adoptent en février 1983 sans consultation parlementaire. Il ne sera publié que plusieurs mos après ses premières applications sur le terrain. A quelques retouches près, de 1983 à nos jours, ce programme d «guerre totale» est resté celui du gouvernement socialiste espagnol en matière de lutte anti-terroriste à l’échelle de toute une population. Il ne manque pas d’admirateurs parmi les stratèges de la forteresse européenne de demain.

La version publique de cet évangile de la « guerre totale » montre que ses utilisateurs décident dès 1983 de combattre l’ennemi de l’Etat (intérieur et extérieur) à tous le niveaux : politique, économique, social, juridique et policier.

Au niveau politique, le plan ZEN s’efforce de nouer des liens avec les représentants et les organisations politiques de masse (partis, syndicats, dirigeants) sur le plan local (Pays Basque), national et international (contacts, rencontres, sommets, échanges d’informations, pressions diplomatiques). Ses objectifs sont de créer un consensus autour de l’action répressive de l’Etat espagnol, d’isoler et de disqualifier politiquement l’organisation ETA.

Au niveau économique, le but est d’intervenir systématiquement pour analyser et empêcher les réseaux de financement d’ETA (impôt révolutionnaire, mouvements de capitaux, etc.). A cet effet est mis en place un réseau d’informateurs et de spécialistes des problèmes financiers qui sont chargés d’espionner toutes les catégories socio-professionnelles de la population. Des primes et des rétributions sont prévues pour les collaborateurs de ce réseau. Des procédures pénales sont engagées contre les bailleurs de fonds d’ETA.

Au niveau social, les mesures prises visent à disqualifier les activités et les membres d’ETA, à réhabiliter les corps de police affectés à la répression. Des consignes précises indiquent que les services d’information et de contre-information de l’ETA lancent une grande offensive en direction des médias locaux, nationaux et internationaux, dont on oriente et finance même les campagnes. Axes de cette opération médiatique : l’incompatibilité de actions d’ETA avec les valeurs traditionnelles et la culture basques, la criminalisation de la résistance, les préjudices portés par ETA aux biens et aux personnes, l’incidence du terrorisme sur l’économie basque, les aspects positifs de la répression.

Au niveau juridique, le plan ZEN tente de justifier et de renforcer les lois et les procédures légales (lois anti-terroristes de 1980 à 1983), de donner une couverture juridique aux pratiques exceptionnelles de la répression (garde à vue, interrogatoire prolongé, torture, délation, etc.). Il s’efforce de dépolitiser les activités d’ETA et d’assimiler les responsables de délits à des criminels de droit commun. Il préconise la promulgation d’une «loi de réinsertion sociale» des militants d’ETA sur le modèle italien de la «loi du terroriste repenti». Son objectif est de normaliser la guerre en la légalisant.

Au niveau policier, les dispositions du plan modifient l’organigramme opérationnel des corps et des forces de sécurité en décentralisant les organes d’information et de commandement vers les provinces basque.

La structure à l’échelon national comprend le ministère de l’Intérieur, la direction de la sécurité de l’Etat, la direction de la guardia civil, la direction générale de la police. Un cabinet de coordination centrale des services d’information est chargé de stocker les informations, d’analyser et d’évaluer les renseignements, d’exploiter ces informations, de diriger les activités de renseignement et d’établir des ordres de priorité dans les tâches d’information.

A l’échelon régional, la structure comprend le représentant du gouvernement du Pays Basque, la direction de la 5e zone de la guardia civil, la direction supérieure de la police de Bilbao, la direction supérieure de la police de Navarre, un Comité régional d’information (composé des représentants de toutes les institutions impliquées dans la lutte anti-terroriste et chargé d’appliquer les instructions de la direction de la Sûreté de l’Etat). Un cabinet de coordination régionale d’information (composé des représentants des corps et des forces de sécurité) coordonne les missions à l’échelle de l’ensemble du pays Basque.

A l’échelon provincial, la structure comprend le gouverneur civil de la province, le comité provincial de l’information (composé de divers spécialistes et agents d’information), le lieutenant-colonel en chef de la guardia civil, le commissaire en chef de la province.

 

Mars : un policier espagnol, José Luis Graco, titulaire de faux papiers, est arrêté au col d’Ibardin et incarcéré à la prison de Bayonne. La police française le libère avec des excuses.

Octobre : trois membres du GEO (Groupes spéciaux opérationnels), le capitaine Javier Lopez Mallen, les deux sergents Sebastian Sotos Garcia, José Maria Rubio Garcia, et l’inspecteur du corps supérieur de police, Jesus Alfreso Gutierrez Argüelles, tentent de séquestrer le militant de l’ETA José Mari Larretxea Goñi. L’irruption «providentielle» d’une estafette de la gendarmerie française fait échouer fait échouer l’enlèvement. Arrêtés puis incarcérés les quatre policiers espagnols sont remis le 8 décembre aux autorités espagnoles.

Depuis la mi-octobre, de nombreuses interpellations sur la présence d’une vingtaines de policiers espagnols en civil, dans les quartiers où résident les réfugiés basques, se heurtent à l’indifférence de la PJ française.

Novembre : un militant chargé de l’accueil des réfugiés politiques échappe de justesse à une tentative d’enlèvement à Saint-Jean-de-Luz.

Quatre individus circulant dans une voiture immatriculée en Espagne interceptent un réfugié qui revient de son travail en moto. S’avisant de sa bévue, le commando le relâche.

Décembre : une voiture tente d’écraser deux réfugiés basques à la sortie d’un bar à Saint-Jean-de-Luz.

Deux réfugiés basques, José Lasa Arostegui «Joxan» et José Ignacio Zabala «Joxi», sont enlevés par des inconnus à Bayonne. Toutes les recherches pour retrouver ces deux membres présumés de l’ETAm sont restées vaines.

Un commando enlève à Hendaye un réfugié, le représentant de commerce Segundo Marey, apparemment étranger aux activités de l’ETA. Après dix jours de séquestration dans la banlieue de Bilbao, on le libère, avec dans sa poche une missive expliquant qu’il s’agit d’une erreur. La missive est signée par un mystérieux Groupe antiterroriste de libération. C’est la naissance officielle du GAL.

Un commando abat à Bayonne le barman du café Kaiet, un réfugié politique nommé Ramon Oñaederra «Kattu», membre présumé de l’ETAZ. L’établissement fréquenté par des abertzale (nationalistes) d’Euskadi nord et des réfugiés espagnols, appartient à Peio Labéguerie, fils d’un pionnier de la cause basque. L’attentat est revendiqué par le GAL.

Le jour de la fête basque des Innocents (28 décembre), u commando abat Mikel Goikoetxea «Txapela» à Saint-Jean-de-Luz. Le GAL revendique cet assassinat très symbolique : «Txapela» est un activiste de l’ETAm, il a été défendu par le socialiste Badinter dans un procès d’extradition en 1979, et il est le frère de Jon Goikoetxea, une figure «historique», exécuté en 1972 par la guardia civil.

 

Au début de l’année 1983, on s’attend à ce que le nouveau gouvernement démocratique démantèle les trames d’extrême droite qui ont participé aux attentats d’ATZ, BVE et consorts.

Barrionuevo a effectivement fait quelques concessions aux policiers démocratiques. C’est ainsi qu’il nomme le sous-commissaire Mariano Baniandrès, militant du PSOE et homme de confiance de Carlos San Juan, à la tête de la brigade de l’Intérieur. A ce poste, Baniandrès est appelé à coordonner deux services connexes : la Brigade anti-subversion (anti-golpe) et le Service d’Information et de Relations avec le CESID (ministère de la Défense). Il a sous ses ordres un homme qui partage ses convictions, l’inspecteur Juan José Medina, à qui il confie la mission d’enquêter sur les agissements de l’extrême droite en Espagne.

Baniandrès et Medina découvrent que plus de 2000 dossiers d’enquête ont disparu des archives de la brigade, dont une partie a été brûlée après la victoire électorale des socialistes. Neuf cent de ces enquêtes concernaient des membres du PCE, six cent ceux du PSOE. Medina dénonce pour ce vol de documents, Sébastien Fernandez Dopico, le frère de l’ancien directeur général de la police. Le service de Baniandrès découvre également des documents sur les activités illégales du trust Rumasa, en particulier des preuves du soutien financier que ce trust avait apporté au milieu putschiste Medina est chargé d’enquêter sur les filières néo-fascistes et de démontrer leurs liens opérationnels avec les services de l’ancien régime. Il s’agit d’obtenir le maximum d’informations des activistes requis en extradition par la justice italienne et de ceux qu’elle détient déjà en Italie.

Le 6 septembre 1983, la police met fin au travail des deux policiers. La veille de son départ pour Rome, elle perquisitionne l’appartement de Medina où elle trouve 36 photocopies de documents policiers particulièrement compromettants. Parmi eux se trouvent des photocopies de demandes de faux papiers pour les hommes de main engagés par Conesa, un jeu de photos des membres du Service d’information de Carrero Blanco. Les photocopies des dossiers que la police avait constitués sur les membres du PCE compromettent directement le chef du commissariat général d’information, Martinez Torres.

Baniandrés est remplacé par une vieille gloire de la dictature, Alberto Elias, ancien directeur de la brigade des Etrangers et ancien fonctionnaire de la célèbre Brigade politico-sociale sous Franco. Juste après la destitution de Baniandrès et l’arrestation de Medina, les attentats reprennent dans le sud de la France. D’octobre à décembre, trois tentatives d’enlèvements ont lieu à Hendaye et Bayonne. Celle de Larretxea échoue de justesse, les deux autres (Lasa, Zabala et Marey) se solderont par la disparition totale des deux premiers et la libération, dix jours après le rapt, de la première victime officielle du GAL, le citoyen français Segundo Marey.

A la libération de ce dernier, le GAL manifeste publiquement par un communiqué la mission dont il s’investit : « A cause de l’augmentation des assassinats, extorsions et enlèvements commis par l’organisation terroriste ETA sur le sol espagnol, programmés et dirigés depuis le territoire français, nous avons décidé d’en finir avec cette situation… » Le GAL précise ses intentons en trois points.

1- Chaque assassinat commis par les terroristes de l’ETA sera suivi d’une riposte immédiate, pas une seule des victimes ne restera sans représailles.

2- Le GAL décide d’attaquer les intérêts français en Europe parce que le gouvernement français permet aux terroristes d’agir impunément sur son territoire.

3- En gage de sa bonne volonté et pour remercier le gouvernement français du geste qu’il vient de faire (ndlr: en échange de la libération des policiers espagnols qu’il vient de faire, il libère Segundo Marey «arrêté par notre organisation en raison de sa collaboration avec les terroristes de l’ETA».

Fin décembre, le GAL revendique coup pour coup deux assassinats de militants de l’ETA. En fait, bien avant cette déclaration de guerre ambiguë du GAL (elle empêche de localiser avec précision les auteurs de l’enlèvement: Basques, Espagnols, Français, etc. ?), la police française est déjà en possession d’éléments significatifs. En mars, elle arrête un policier espagnol, José Luis Greco, pour usage de faux papiers, mais elle le relâche très vite sur intervention de la sous-préfecture de Bayonne.

Le 18 octobre, les quatre policiers espagnols qui tentent d’enlever Lrretxea sont arrêtés en flagrant délit et incarcérés à la prison de Bayonne. L’un des ravisseurs est l’inpecteur Gutierrez Argüelles et il fait partie de la brigade anti-gang (Antiatracos) de Barcelone ; les trois autres sont des membres d’une unité d’opérations spéciales de la guardia civil (GEO). Les autorités françaises restent muettes sur le rôle et les commanditaires des quatre policiers.

A cette époque, le chef de la police de Bilbao est Francisco Alvarez Sanchez. Il vient d’être nommé à ce poste par le ministère de l’Intérieur Barrionuevo ; auparavant, il était chef de la brigade anti-gang de Barcelone et le supérieur direct de Gutierrez Argüelles. En janvier 1989, Alvarez Sanchez déclarera devant le juge Baltazar Garzon qu’il a personnellement organisé cette tentative d’enlèvement pour des «raisons humanitaires». Apparemment, en 1983, les enquêteurs français n’avaient pas poussé leurs recherches jusque là.

Le 4 décembre, les mêmes enquêteurs sont confrontés à l’enlèvement de Segundo Marey et à l’opinion publique qui se perd en conjectures sur la signification de cette opération : Marey est naturalisé français et n’a rien à voir avec l’ETA. Le 8 décembre, les quatre policiers espagnols quittent la prison de Pau. Le chef de la police de Bilbao s’est porté garant pour eux : ils se présenteront à la justice française à la date fixée pour le procès. A l’ouverture de celui-ci, en juin 1986, aucun d’entre eux ne répondra à la comparution.

Après l’enlèvement de Marey, la police française arrête Pedro Sanchez juste avant la frontière. C’est un ancien légionnaire espagnol naturalisé français et résidant à Biarritz. La police française trouve chez lui plusieurs armes, le numéro de téléphone d’Alvarez Sanchez et quarante trois fiches de renseignement sur des réfugiés basques. Plusieurs de ces documents proviennent des RG français et de la sous-préfecture de Bayonne. D’autres, des archives de la police espagnole. Pedro Sanchez est  considéré comme membre du commando qui a enlevé Segundo Marey, mais rien ne transpire de l’enquête menée par l’instruction, Sanchez sera relâché par le juge Svahn en juin 1984. Arrêté une seconde fois peu après, il mourra en 1986 à la prison de Bordeaux dans des circonstances douteuses. A priori, l’enquête ne semble pas avoir tiré grand parti de ce témoin des premières activités du GAL. Ce n’est qu’après l’arrestation d’un autre ancien légionnaire, Mohamed Talbi en 1987, qu’on en saura plus long sur les circonstances de l’enlèvement de Segundo Marey.

Mohamed Talbi décalarera qu’il a été recruté par Pedro Sanchez. Il reconnaît avoir participé à l’enlèvement en compagnie de Sanchez et de Jean-Pierre Echalier. Au juge de Tarbes, il révèlera qu’il a livré Marey à un policier espagnol du nom de José Amedo Fouce, de l’autre côté de la frontière, en présence de plusieurs membres de la guardia civil. Amedo était à ce moment-là sous-commissaire de police à Bilba, placé sous les ordres d’Alvarez Sanchez. Entre autres confidences, Mohamed Talbi révèlera qu’Amedo Fouce lui aurait expliqué que les gardes du poste-frontière de Behobia auraient été spécialement affectés là par le général de la guardia civil pour faciliter au commando le passage entre l’Espagne et la France et qu’on pouvait avoir entièrement confiance en lui. Talbi sera condamné une première fois à douze ans de prison par le tribunal de Pau en 1987. Sa peine sera réduite à neuf ans par le tribunal de Paris en mars 1989.

Jean-Pierre Echalier qui s’est rendu à la police française peu après l’enlèvement, collaborera avec elle comme indicateur, après avoir purgé une peine d’un an de prison.

 

Conclusions

Dans un premier temps, les policiers espagnols semblent bien avoir participé directement aux opérations dans le sud de la France, jusqu’au moment où leurs incursions illégales ont commencé à inquiéter l’opinion publique. De nombreux indices laissent à penser que ces opérations étaient commanditées et coordonnées par le chef de la police de Bilbao, Alvarez Sanchez : immatriculation de voitures, affectations des policiers interpellés sur le territoire français, etc. Il est probable qu’Alvarez Sanchez ait organisé l’enlèvement de Segundo Marey sur l’ordre de ses supérieurs, pour obtenir des autorités française la libération de quatre responsables de l’enlèvement de Larretxea. Après leur libération, l’arrestation de Pedro Sanchez a permis au GAL de détourner l’attention qui s’orientait vers la police espagnole. Il est clair qu’à ce moment-là la police française avait suffisamment d’éléments en main pour démanteler une grande partie du réseau du GAL et désigner certains responsables de la police espagnole, notamment Alvarez Sanchez et Jose Amedo Fouce.

On est bien obligé de constater que dès 1983, il existe une complicité, au moins par omission et passivité, entre certains magistrats (Svahn) et policiers du département des Pyrénées-Atlantiques et les autorités espagnoles. On remarquera qu’au cours de cette année où le GAL entre en activité, Alvarez Sanchez est promu par Barrionuevo à la direction du Cabinet d’information et d’opérations spéciales (GAIOE), créé par le ministère de l’Intérieur espagnol pour coordonner la lutte anti-terroriste. En 1988, quand les activités du GAL auront complètement cessé, après sa déposition devant le juge Garzon, Alvarez Sanchez, exempt de toutes poursuites judiciaires, se recyclera dans l’une des nombreuses entreprises privées de sécurité gérées par d’anciens policiers ou militaires à la retraite.