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escadronsmort
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Informations sur les activités des escadrons de la mort actifs en Pays Basque de 1975 à 1987.
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Blog Politique
Date de création :
06.11.2012
Dernière mise à jour :
08.11.2012

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Publié le 07/11/2012 à 21:15 par escadronsmort

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Publié le 07/11/2012 à 21:14 par escadronsmort

sar hitza

 

Comité d’enquête sur les violations des droits de l’homme en Europe

Comite de encuesta sobre las violaciones de los derechos humanos en Europa

Committee of enquiry into violations of human rights in Europe

Komitee zur untersuchung von verletzungen der menschenrechte in Europa

Le GAL

ou

Le terrorisme d’Etat

dans l’Europe

des démocraties

Rapport d’enquête

Février-juin 1989

Enquête et publication

CEDRI, case postale, CH-4002 Bâle

 

Avertissement

 

Le 2 février 1989 à Bruxelles, le Comité d’enquêtes sur les violations des droits de l’homme en Europe, présentait à la presse internationale son premier thème de travail : le GAL. Une quarantaine de journalistes étaient présents. L’écho fut important en Espagne, appréciable en Belgique, à peu près nul dans les autres pays.

Des enquêteurs se sont alors rendus en Espagne et au Pays Basque français, recueillant une masse d’informations et de témoignages. Un questionnaire a été élaboré, puis soumis aux autorités concernées et aux candidats espagnols aux élections européennes. A ce jour, aucune réponse n’est parvenue au Comité.

Année après année, les pratiques des institutions espagnoles, police, justice, armée, ont été étudiées dans le cadre socio-politique de l’époque. On pourra constater, à la lecture du rapport d’enquête, que pas plus qu’anti-espagnol, le Comité ne se veut pro-Basque.

Le Comité a délibérément choisi de ne décrire en détail que les activités criminelles des « antiterroristes », aussi ne trouvera-t-on pas ici l’étude des activités de l’ETA. Encore une fois, il ne s’agit pas de reconnaître une quelconque légitimité à des adeptes de la violence armée, fussent-ils basques et contrariés dans leur nationalisme. Car on peut imaginer ce qui arriverait si d’autres populations, autrement plus nombreuses ou de régions autrement plus déshéritées d’Espagne, comme les Andalous par exemple, choisissaient le même type de lutte armée pour obtenir la satisfaction de leurs revendications sociales.

Mais lorsque l’Etat espagnol dérape dans la criminalité, ce sont non seulement tous les citoyens espagnols qui sont concernés, mais aussi leurs voisins européens. Vivons-nous dans des Etats de droit ? Que nous prépare l’intégration européenne ? Ce sont ces simples questions qu motivent la création et les actions du Comité d’enquête sur les violations de droits de l’homme en Europe.

 

Sommaire

 

Avertissement

1973 : opération Ogro

1975 : fin d’une dictature ?

1976 : Le complot contre la transition démocratique

1977 : l’armée contre les élections libres, le pacte de la Moncloa

1978 : les coulisses secrètes de l’Etat

1979 : les escadrons de la mort

1980 : l’année du Bataillon basque espagnol (BVE)

1981 : putsch virtuel, scandales réels

1982 : l’espoir

1983 : fin du BVE… naissance du GAL

1984 : l’européanisation de la question basque

1985 : entrée de l’Espagne dans la CEE, marchandages et concessions, le loi sur les étrangers.

1986 : le coût social de l’intégration, chômage, répression, violations des droits de l’homme

1987 : En France, la droite est revenue, disparition du GAL. Bilan de la rafle du 3 octobre 1987 contre les réfugiés basques vivant en France.

1988 : le procès des « seconds couteaux » El Nani. Dons réservés.

1989 : Fonds réservés et raison d’Etat.

Conclusion

Questions adressées au gouvernement espagnol par le Comité d’enquête en mai 1989

Annexes

1- Les tribunaux en Espagne

2- Extraits du plan ZEN

3- Tortures par Eva Forest. Liste des tortionnaires impliqués

4- Témoignages du garde civil Luis Cervero Carillo

5- Présentation du Comité d’enquête, liste des membres fondateurs

6- Sources

 

 

 

Le 4 décembre 1983, quatre hommes armés enlèvent Segundo Marey, un agent commercial basque réfugié à Hendaye depuis 1936. Dans la même localité, au mois d’octobre des policiers espagnols du GEO de Saint Sébastien (Groupes spéciaux opérationnels) et un inspecteur du Corps supérieur de police, Jesus Gutierez Argüelles, avaient échoué dans une tentative similaire sur le militant d’ETA, José Mari Larretxea.

La police française, singulièrement amnésique, oriente l’enquête vers le milieu des activistes basques et même vers le milieu tout court. Marey, inconnu sur les tablettes, pourrait être victime d’une séquestration crapuleuse. On s’attend à une demande de rançon imminente ; peut-être l’a t-on confondu avec un industriel réticent à l’impôt révolutionnaire levé par ETA.

Désinformée, prompte à tirer partie d’une littérature sensationnelle ou simplement aux ordres, la presse qui semble avoir aussi la mémoire courte, avalise la confusion.

Dix jours après, le feuilleton est brutalement interrompu par la réapparition de la victime. Marey a été séquestré dans la banlieue de Bilbao par des inconnus qui l’ont ramené en France, après s’être avisés de leur erreur. On découvre dans sa poche un communiqué signé par le Groupe antiterroriste de libération qui reconnaît la bavure et menace de poursuivre d’autres actions. C’est la naissance officielle du GAL.

D’emblée, les responsables de l’ordre public, et à leur suite les médias, s’entendent à brouiller les pistes, des deux côtés de la frontière. En cette fin de l’an de grâce socialiste 1983, à Paris comme à Madrid, la raison d’Etat s’accommoderait fort bien d’une fumeuse énigme policière. Certains éléments de l’enquête préliminaire s’y prêtent. Marey n’a pratiquement aucun lien avec le milieu des réfugiés politiques. Il est d’une génération de fils de républicains depuis longtemps naturalisés et intégrés dans la société française. La modestie de sa condition écarte l’hypothèse d’une opération financière de l’ETA ou du milieu. Détail troublant : Marey, par ailleurs très discret sur ce qui lui est arrivé, affirma que ses ravisseurs parlaient français, alors que ses gardiens échangeaient entre eux de rares propose en espagnol. De quel côté des Pyrénées loger les responsables de l’initiative maladroite du GAL ? Quels en sont les véritables commanditaires ? A qui peut donc profiter cette mystérieuse bavure ?

Il faudra attendre l’arrestation à la frontière, quelques jours plus tard, d’un individu pilotant la voiture du rapt, pour y voir plus clair dans l’intrigue. L’homme —Pedro Sanchez, espagnol naturalisé français, ancien légionnaire— est connu pour ses activités dans l’extrême droite et le SAC. La police découvre dans sa voiture des armes, une matraque, des bombes paralysantes et une quarantaine de documents (photocopies de cartes d’identité, de séjour…) appartenant à des réfugiés et provenant d’archives de la police française. Arrêté et incarcéré, il sera remis en liberté en juin 1984 par le juge de Pau, Michel Swahn, qui n’a retenu «aucune charge importante contre lui».

Dés cette arrestation, le juge d’instruction et certains politiques ont obtenu de précieuses informations sur le GAL. On sait aujourd’hui que Sanchez a donné des noms, éclairé certaines filières. Peut-être même ses confidences lui ont-elles valu l’indulgence que l’on sait. Pedro Sanchez, arrêté une seconde fois, mourra à la prison de Bordeaux dans des circonstances obscures.

Quinze jours après l’affaire Marey, le GAL tient ses promesses et revient à la charge. Cette fois, la cible est précise. Un commando abat de cinq balles dans la tête le barman du café Kaiet à Bayonne ? L’établissement est fréquenté par des réfugiés et des nationalistes (abertzale) militant pour l’indépendance d’Euskadi. Il appartient u fils de Michel Labéguerie, un pionnier de la cause indépendantiste. La victime, Ramon Oñaederra «Kattu», est membre présumé de l’ETA. L’attentat est signé par le GAL qui lance un avertissement à tous ceux qui «protègent les terroristes, collaborent avec eux et leur donnent du travail». De surcroît, l’organisation antiterroriste annonce qu’elle va s’en prendre aux intérêts français, en représailles contre le laxisme du gouvernement socialiste en matière de droit d’asile. La mégalomanie du GAL est bel et bien politique.*Le 28 décembre de la même année 1983, le jour de la fête basque des Innocents, un commando exécute Mikel Goikoetxea, «Txapela», à Saint-Jean-de Luz. Le GAL revendique immédiatement cet assassinat très symbolique. A quelques jours près, c’est le dixième anniversaire de la mort de Carrero Blanco (amiral franquiste, dauphin de Franco, assassiné par un commando «etarra» le 20 décemre 1973. «Txapela» est un membre important de l’ETA militaire ; il a été défendu par l’avocat socialiste Robert Badinter dans un procès d’extradition, en 1979 à Aix en Provence ; il est le frère de Jon Goikoetxea, un membre historique de l’ETA, exécuté en 1972 par la guardia civil.

Officiellement, police, justice et presse, à quelques exceptions près, s’abstiennent de relier ce meurtre aux autres événements des mois précédents : tentatives de meurtres et d’enlèvements, activités clandestines de policiers espagnols en pays Basque français. Plus tares encore sont les observateurs qui tentent de dissiper le mystère du GAL, en rappelant sa filiation historique.

Pour ceux-là, ce dernier né des labels sur le marché de la terreur présente une flagrante similitude avec les sigles qui ont couvert les basses œuvres de la dictature franquiste et de ses héritiers. Depuis la fondation d’Euskadi Ta Askatasuna (Euskadi et liberté) en 1959, l’histoire de la répression en Espagne et au Pays Basque en particulier, est jalonnée par les crimes d’organisations secrètes qui ont agi dans une quasi-impunité, en francs-tireurs du pouvoir central.

ATA (Anti-terrorisme espagnol), CCAA (Commando anti-marxistes), GAE (Groupes armés espagnols), BVE (Bataillon basque espagnol), sans compter la nébuleuse des initiatives d’extrême droite codées sous les appellations multiples d’ANE, OVAA, OAMAS, DELTA SUR, etc., ont été autant de prête-noms de la criminalité de l’Etat. C’est dans la rétrospective de cette tradition qu’il convient de retrouver les racines du GAL.

 

1973 : l’opération «Ogro»

 

Le 9 juin 1973, Franco nomme l’amiral Carrero Blanco à la présidence du gouvernement et le charge d’assurer la succession du régime. Usant des pleins pouvoirs qui lui sont conférés, l’éminence grise du franquisme décide de réorganiser les onze services de renseignement du régime et de les placer sous le contrôle d’une seule direction.

Désormais, la Segunda bis de l’armée de l’air et de terre, la section d’intelligence de la marine, le service d’information de l’armée SIE), le service d’information de la guardia civil (SIGC) et les différents services de sécurité sont subordonnés au Service de documentation de la présidence du gouvernement (SPDG° ; Le nouveau chef de l’Etat place à sa têt un homme e confiance, le colonel SAN martin. En réalité, il s’agit d’organiser une structure para-militaire et para-policière qui se chargerait des besognes spéciales de la répression, jusqu’ici assumées par les fonctionnaires et les membres de forces de l’ordre.

Paradoxalement, l’ultra-nationaliste Carrero Blanco va coopter, autour de la trentaine d’officiers du SDPG, des hommes de main, pour la plupart de nationalité étrangère : néo-fascistes italiens, ex-membres de l’OAS, mercenaires «africains», activistes d’Amérique latine, du Portugal, etc. et les associer à leurs homologues de l’extrême droite espagnole (Phalange, Guerrilleros del Christo Rey, Parti espagnol national-socialiste, Fuerza Nueva, Garde de Franco…).

Dès 1971, après le putsch avorté de Valerio Borghese, les néo-fascistes italiens s’étaient réfugiés en Espagne. Stefano Delle Chiaie, «Il Caccola», installé depuis 1970,  avait organisé un réseau d’accueil pour les terroristes qui fuyaient la justice de leur pays. Son passé d’activiste international, ses liens avec les extrémistes espagnols, e font l’homme de la situation.

En septembre 1973, Carrero Blanco réunit à Madrid Valerio Borghese et Della Chiaie et leur promet aide et protection du Service d’information de la Marine, en échange de leur collaboration avec le Service de documentation de la Présidence et ses différentes annexes de sécurité.

Delle Chiaie est chargé de sélectionner des « informateurs » parmi les «immigrés» d’«Avanguardia Nazionale» et d’ «Ordine Nuovo», et de les mettre en contact avec d’autres fascistes de l’Internationale Noire. Certains d’entre eux, comme Delle Chiaie lui-même et Guérin-Sérac, animateur de l’agence Aginter, travaillent avec plusieurs services secrets européens et nord-américains. Ce dernier établira des liens avec les militaires espagnols et les putchistes portugais, après la Révolution des œillets. Le colonel San Martin assure la liaison permanente avec le SPDG et les virtuoses de cet orchestre noir qui va mener le bal dans la stratégie de la tension en Espagne.

A première vue, on pourrait s’étonner de la création de cet appareil para-étatique au moment où l’Etat espagnol déploie toutes ses forces militaires et policières dans une répression féroce de tout ce qui fait opposition à son autorité N’a-t-il pas tous les moyens de sa politique?

En fait, à cette époque-là, l’Espagne franquiste, isolée de puis des décennies du reste de l’Europe, se trouve dans un état de délabrement économique et politique qui hypothèque son avenir. De larges secteurs de l’économie réclament une ouverture libérale vers l’Europe.

Même dans l’armée, figée pas son corporatisme et ses habitudes archaïques, un certain nombre d’officiers supérieurs commencent à revendiquer à haute voix la modernisation de ses structures et l’amélioration de son niveau matériel et organisationnel. La pression des USA (présents dans la péninsule avec leurs bases aériennes) qui se méfient de l’efficacité du dispositif de défense de leur allié méridional, sera déterminante. L’acceptation de l’Espagne dans l’OTAN est subordonnée à sa démocratisation relative. Dans la perspective de l’intégration future de l’Espagne dans l’aire de l’économie européenne et le système de défense de l’OTAN, les forces de l’ordre ont tout intérêt à redorer leur blason.

Le rôle du Service d e documentation de la Présidence de Carrero Blanco est de centraliser les activités des différents services secrets, en harmonie avec ceux du protecteur nord-américain.

En échange d’une aide technologique considérable, l’armée espagnole normalise son rôle opérationnel ; elle réhabilite son image de marque en se déchargeant des basses besognes sur des réseaux parallèles et conserve le contrôle de la situation, avec la bénédiction des stratèges de l’OTA et des USA, qui combattent simultanément le péril démocrate en Italie, au Portugal et en Espagne, dans les années 70. En ce sens, la stratégie de la tension qui déstabilise ses deux voisins à la même époque (coup d’Etat manqué de Valerio Borghese en 1971 en Italie et coup d’arrêt réussi de la Révolution des œillets au Portugal) explique la mise en service de l’internationale noire en Espagne. Dés 1975 cette stratégie sera utilisée pour perturber et dévoyer la transition démocratique.

La réactivation d’ETA militaire, qui opère à partir de bases situées en partie dans le sud de la France, offre à cette double organisation de l’appareil répressif (armée-police et services parallèles) le champ expérimental du Pays Basque. Le 20 décembre 1973 ; l’amiral Carrero Blanco meurt dans un attentat revendiqué par le « commando España » de l’ETA militaire. En principe, l’opération «Ogro», en supprimant le plus haut dignitaire du régime, aurait dû décapiter cette double organisation. Il n’en est rien. Dans la répression sauvage qui suit l’attentat, les mercenaires passent à l’action, en liaison plus ou moins étroite avec les services secrets de l’Etat. Plusieurs des crimes politiques commis à cette époque de tension latente, sont l’œuvre de justiciers anonymes et d’incontrôlés.

Après la mort de Carrero Blanco, l’obsession de la vengeance s’installe dans l’esprit de non nombre de militaires.

En 1974, les services secrets sont restructurés. Les fonctions du SPDG sont transférées au SECED (Service central de documentation). Roberto Conesa, un fonctionnaire de police détaché de la sinistre Brigade politico-sociale, rompu aux missions spéciales, est chargé du recrutement set de la coordination des mercenaires.

Dans les services policiers, on trouve déjà certains noms liés à la trame criminelle qui opérera en Espagne et en France pendant une quinzaine d’années : Manuel Ballesteros, José Antonio Gonzalez, Pacheco, «Billy en niño», célèbre tortionnaire de la dictature et collaborateur de Conesa, Jesus Martinez Torres, «le bourreau de Saragosse», etc.

A ce moment-là, grâce à ses recruteurs (Delle Chiaie, l’ex-OAS Jean-Pierre Cherid, etc.), Conesa et ses hommes disposent d’un effectif d’activistes répartis en plusieurs réseaux :

- Le réseau de l’extrême droite espagnole regroupé autour du PENS (Parti espagnol national-socialiste) et des Guerrilleros de Christo Rey, et qui mène une guerre relativement brouillonne contre le FRAP (Frente revolucionario antifascista patriotica) et l’ETA.

- Le réseau des anciens de l’OAS qui se sont mis, en Espagne, à l’abri de la vindicte des barbouzes gaullistes (SAC) : Jean-Pierre Cherid, collaborateur depuis 1970 du Service d’information de la guardia civil, son frère Noël Cherid, Marcel Cardona, etc.

- Le réseau portugais rassemblant les anciens de la PIDE (services secrets), des putschistes de l’ELP (Armée de libération du Portugal) et des soldats perdus de la décolonisation.

- Le réseau latino-américain composé d’activistes et de tueurs des escadrons de la mort, notamment ceux de la redoutable AAA argentine.

- Le réseau italien de la stratégie de la tension, où l’on recense la fine fleur du néo-fascisme, et souvent du néo-nazisme des années 70 : Delle Chiae, Concutelli, Tuti, Cauchi, Calzona, Sicutini  Pomar, Pozzan, etc. pour ne nommer que les principaux.

Ce sont les principaux réseaux que l’on retrouve derrière la stratégie de la tension et le terrorisme tous azimuts des années 1975-76 ; notamment en Pays Basque français où ils signent leurs opérations criminelles sous l’égide du Bataillon basque espagnol (BVE) et de ses multiples satellites.

 

 

1975 : fin d’une dictature ?

 

Le 20 novembre 1975, date anniversaire de l’exécution par les Républicains de José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange, la mort interrompt l’interminable coma de Francisco Franco y Bahamonde. Le successeur de Carrero Blanco à la présidence, Arias Navarro, rétablit la monarchie dans la plénitude de ses attributions ; Juan Carlos assume le commandement suprême des armées. Il prête serment d’allégeance aux lois fondamentales du franquisme. La guerre contre l’ETA et la répression préventive ne désarment pas.

 

Avril : plasticage de la librairie Mugalde à Hendaye. Trois policiers suspects sont arrêtés dans les parages et reconduits à la frontière, sans autre forme de procès.

Mai : deuxième plasticage de la librairie Mugalde. Un faux policier «Pallego» dont on a retrouvé la voiture contenant des armes, des munitions espagnoles et des papiers d’identité de réfugiés (photocopies), est reconduit à la frontière, après intervention personnelle du consul d’Espagne à Bayonne.

Arrestation d’un policier espagnol, Theodoro Las Heras, que la police des frontières laisse fuir en Espagne.

Juin : Explosion d’une voiture piégée devant le domicile du réfugié basque J. Antonio Urrutikoetxea à Biarritz. L’engin déchiquette l’un des auteurs de l’attentat et blesse son complice. Au procès du commando blessé, le procureur de la république s’étonne des « lacunes de la police française ».

Le domicile de réfugié Sagardia est plastiqué à Biarritz.

Troisième attentat contre la librairie Mugalde.

Plasticages du collège d’Hasparren et du siège d’Anai Artea, association de soutien aux réfugiés à Saint-Jean-de-Luz.

Découverte d’un engin explosif dans la librairie Nafarroa à Biarritz.

Découverte à Bayonne d’un véhicule contenant des explosifs, une liste de réfugiés (adresses et photos), ainsi que les papiers d’un certain Pelagatti.

Bombe au restaurant Etxabe appartenant à un réfugié à Bayonne.

Attentat à l’explosif dans le Ve arrondissement à Paris contre la librairie du Comité d’information est de solidarité pour l’Espagne. Attentat revendiqué par le Groupe d’intervention nationaliste.

Juillet : plasticage de l’entreprise Elkar à Hendaye.

Arrestation de Chabessier, auteur de l’attentat contre le restaurant Etxabe. Au procès, il déclare : «Le gouvernement était embêté par les réfugiés, nous avons fait une œuvre écologique…» Un communiqué de l’ATE revendique les attentats commis depuis plusieurs mois.

Bombe au Centre culturel franco-espagnol à Bayonne.

Deuxième plasticage de la librairie Nafarroa.

Août : plasticage de l’imprimerie Axular à Saint-Jean-de-Luz. Arrestation par la police française de deux barbouzes espagnoles, Iraregui et Arrondo «Cocoliso» au domicile desquels la police trouve des explosifs, des armes et des photos de réfugiés. Remis en liberté.

Mitraillage d’une camionnette de réfugiés à Bardos.

La guardia civil poursuit deux réfugiés et les blesse en territoire français, à Sare. Le sous-préfet de Bayonne téléphone à la presse pour infirmer le rapport de la gendarmerie nationale et affirmer que cet incident s’est passé sur le territoire espagnol.

Plasticage de la librairie Axular à Saint-Jean-de-Luz.

Plasticage de la librairie M.Marie à Saint-Jean-de-Luz.

Incendie de la voiture d’Iñaki Etxabe à Bayonne.

Octobre : un commando d’hommes en cagoules assassine Iñaki Etxabe dans un hôtel de Portugalete (Kampazar) en Espagne. Attentat non revendiqué.

Novembre : explosion d’un engin dans la voiture de Txomin Iturbe Abasolo, dirigeant de l’ETAm. L’un de ses enfants est blessé.

Décembre : les douaniers interceptent une voiture-arsenal à Anglet. La police escamote les passagers.*Bombe contre un conseiller municipal de Saint-Jean-de-Luz.

Deuxième attentat contre le Centre culturel franco-espagnol de Bayonne.

Plasticage des voitures d’une Hendayaise qui travaille en Gipuzkoa (Espagne) et du réfugié Eusebio Iriarte, gérant de la librairie Nafarroa à Biarritz.

 

L’activité des commandos para-policiers reste diffuse: nombreux plasticages et mitraillages (17) contre les librairies, bars, établissements industriels, et habitations de réfugiés en Pays Basque français ; peu d’atentats revendiqués avant juillet. Ce n’est qu’après l’arrestation de Chabessier à Bayonne que l’ATE (l’un des homonymes du BVE) revendique en vrac toutes les opérations de mois précédents.

Peu de crimes de sang : trois réfugiés blessés (dont un enfant) et un membre présumé d’ETA, Iñaki Etxabe, assassiné à Portugalete (Espagne).

Quelques renseignements (interrogatoires, aveux, indiscrétions) permettent les premiers recoupements sur les filières para-policières et leurs commanditaires espagnols :

- en avril, trois policiers sont arrêtés dans les parages de la librairie hendayaise Mugalde et reconduites par la police française à la frontière. Ils ont déclaré être en mission.

- En mai, même scénario avec l’arrestation du policier espagnol Theodoro las Heras et un certain «Pallego» (muni de faux papiers de la police de Bilbao) : ils sont reconduits à la frontière, bien que la PJ de Bayonne ait trouvé dans la voiture de ce dernier des documents concernant les réfugiés, des armes et des munitions de provenance espagnole.

- Ces incidents obligent le ministre de l’Intérieur français Michel Poniatowski à intervenir le 4 juin à l’Assemblée nationale : «Un certain nombre d faits regrettables se sont effectivement produits ces derniers temps. Dans quelques cas, il s’agissait de policiers qui ont pénétré en territoire français sans décliner leur qualité… J’ai demandé qu’une démarche diplomatique soit effectuée auprès des autorités espagnoles pour qu’elles interdisent à leurs agents de venir sur le territoire français». Ce qui ne l’empêche pas de redoubler les mesures préventives contre les réfugiés (arrestations et assignations à résidence).

- En juillet, l’arrestation de Chabessier (attentat contre le restaurant Etxabe à Bayonne) oblige le ministère de l’Intérieur français à fournir quelques éclaircissements. Chabessier aurait préparé et exécuté cet attentat avec trois autres personnes actuellement recherchées. Il aurait été contacté par un certain Yvan, un ancien légionnaire vivant à Madrid, chargé de recruter des mercenaires, pour former des commandos d’intimidation des réfugiés politiques en France. Yvan lui aurait remis des explosifs, de l’argent et une liste de cibles à atteindre. Chabessier sera acquitté en juin 1977. Il reconnaît avoir été en possession d’un code qui lui permettait de se réfugier, en cas de besoin, dans n’importe quel poste militaire espagnol.

- Noël Cherid, le frère de Jean-Pierre Cherid (tous deux ex-membres de l’OAS vivant en Espagne), est arrêté en Algérie et condamné à mort pour un attentat contre le journal El Moujahid et un complot contre Houari Boumediene. Au cours de son procès, il avoue avoir participé à plusieurs opérations anti-basques en France, sous la direction de Guérin-Sérac (Aginter) et pour le compte des services secrets espagnols et des Guerrilleros du Christ Roi.

- Marcel Cardon, ex-OAS, saute sur l’engin explosif qu’l s’apprête à déposer dans un bar de réfugiés à Bayonne. Ses parents révèlent à la presse française qu’il émargeait auprès des services secrets espagnols.

 

Conclusions

Le ministère de l’Intérieur français est sa police savent que des policiers espagnols s’introduisent et opèrent illégalement en France ; que des ressortissants français sont cooptés pour commettre des attentas en France, commandités par des services espagnols ; que des organisations comme ATE prouvent l’inspiration espagnole dans ces attentats.

Le comportement de la police française, pour le moins laxiste, et celui de la justice, dans le cas de Chabessier, dénotent une volonté de masquer les responsabilités de l’Etat espagnol.

Ces arrestations de ressortissants français prouvent que le gouvernement espagnol ne respecte pas l’accord passé en 1971 entre le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin et son homologue espagnol, selon lequel les Français s’engageaient à contrôler les militants de l’ETA, en échange d’un contrôle systématique des membres de l’OAS.

 

1976 : le complot contre la transition démocratique

 

Au début de l’année 1976, l’intérim d’Arias Navarro n’arrange pas les choses. Le harcèlement des commandos para-policiers et la routine des attentats singuliers se poursuivent de l’autre côté de la frontière. En juillet, Arias Navarro démissionne et le roi appelle Adolfo Suarez à la présidence. De rapides remaniements ministériels mettent en place une équipe de libéraux, parmi lesquels subsistent de hauts fonctionnaires de l’ancien régime.

Pour couper court aux velléités réformistes du nouveau gouvernement et empêcher le référendum sur l’abolition des Cortes franquistes, les ultras du «bunker» (la garde de Franco, la Fraternité nationale des anciens combattants, la Phalange) mettent hâtivement sur pied un complot. Nom de code : Otoño azul (Automne bleu, couleur de la Phalange). Il s’agit de rassembler des centaines de milliers d’Espagnols pour commémorer le 20 novembre (date de la mort officielle de Franco), de les entraîner vers le palais du gouvernement et de confier aux mercenaires des services secrets le soin de perturber l’ordre public par toute une série de provocations meurtrières. Objectif : démontrer la faiblesse du pouvoir libéral et faire légalement appel à l’armée.

Le 2à novembre, 60.000 personnes seulement répondent à l’appel des ultras. C’est un échec politique. Mais la tension est entretenue par les rumeurs de plus en plus alarmantes de coup d’Etat. Un plan anti-subversion, baptisé «Cucana» (selon des informations de l’Union des militaires démocrates, cf. Le Monde du 28 décembre 1976), relance l’idée du complot. Il a pour objet de réprimer violemment toute manifestation ou grève éventuelle «d’appuyer, de renforcer ou de remplacer les forces de l’ordre dans leurs missions… »
Les différents escadrons de la mort et les auxiliaires civils des services spéciaux doivent y jouer un rôle essentiel. Le 15 décembre, un référendum populaire abolit le parlement franquiste. La tension est à son comble.

 

Février : plasticage de la voiture d’Angel Iturbe Abasolo, membre présumé de l’ETA à Hendaye. Attentat revendiqué par le BVE.

Incendies et plasticages de plusieurs voitures de réfugiés dans la région de Saint-Jean-de-Luz, Biarritz, Hendaye et Bayonne.

Mars : un commando ouvre le feu en pleine rue à Saint-Jean-de-Luz, , blessant le dirigeant de l’ETAm Tomas Perez Revilla, son épouse Feli Ziluaga et leur enfant. Attentat revendiqué par l’ATE (Groupe antiterroriste espagnol).

Avril : troisième attentat contre Txomin Iturbe Abasolo dans la région de Bayonne.

Mai : règlement de compte sanglant (deux morts) à Montejurra, entre fascistes et carlistes venus célébrer un anniversaire monarchiste. La presse publie des photos où l’on identifie les néo-fascistes italiens Delle Chiaie, Mario Ricci, Augusto Cauchi, Giuseppe Calzona et l’ex-OAS Jean-Pierre Cherid.

Juillet : assassinat de Badiola à Sare.

Enlèvement en Apys Basque français du dirigeant de l’ETApm Eduardo Moreno Bergarretxe, «Pertur». L’enlèvement puis la mort de ce dirigeant seront revendiqués plus tard par l’AAA (Alliance apostolique anticommuniste), l’ATE et le BVE (Bataillon basque espagnol).

Septembre : plasticage de la librairie Zabal à Bayonne. Attentat non revendiqué.

Octobre : arrestation à Hendaye d’un certain Salvador Lloret. La police saisit dans sa voiture immatriculée à Saint-Sébastien, des armes, des munitions et divers documents concernant les réfugiés. Il est libéré sur intervention du consul d’Espagne à Bayonne.

Plasticage de l’entreprise Elkar à Bayonne.

 

Au Pays Basque français, les commandos par-policiers ciblent davantage leurs objectifs (huit plasticages nombreux blessés, un enlèvement) et le BVE revendique ses premiers attentats ; les autres sigles apparaissent de plus en pus comme des pseudonymes du BVE (ATE, AAA).

Arrestation à Hendaye d’un certain Salvador Lloret, propriétaire d’une voiture immatriculée à Saint-Sébastien. La police française découvre dans son véhicule des armes, des munitions et divers documents concernant des réfugiés. Le consul d’Espagne à Bayonne le fait libérer sur le champ.

En Espagne, un événement spectaculaire fait émerger de l’ombre un certain nombre d’activistes de la trame italienne.

Le 9 mai, à Montejurra, haut lieu du mouvement carliste, un règlement de comptes oppose la faction fascisant du prétendant monarchiste Sixto de Bourbon à celle de son frère, Carlos Hugo, qui s’est prononcé pour «un socialisme fédéraliste, pluraliste et autogestionnaire».  Sur son initiative, la commémoration de la victoire des carlistes sur les libéraux s’est transformée en rassemblement de l ‘opposition au franquisme. Quelques centaines de nervis d’extrême droite ouvrent le feu sur les manifestants et font deux morts et de nombreux blessés. Sur les photos que publie la presse, on identifie aisément Delle Chiaie, Calzona, Cauchi, Ricci et… Jean-Pierre Cherid. La guardia civil, passive, laisse fuir les provocateurs. Toutes les poursuites sont suspendues. La vielle de l’incident, le gouverneur civil de Pampelune avait organisé un banquet en l’honneur de la bande fasciste.

 

Conclusions

La police française persévère dans l’escamotage des preuves qui relieraient les crimes du BVE et autres ATE, AAA, aux services de la police espagnole. L’intervention du consul espagnol indique que la volonté de couvrir les opérations illicites émane des hautes sphères de l’Etat : la raison d’Etat dicte aux autorités françaises et espagnoles des conduites illégales. Dans l’affaire Montejurra, la police espagnole et la justice manquent ouvertement aux plus élémentaires obligations légales (enquête et sanctions pénales contre les auteurs de crimes de sang). L’apparition publique d’activistes recherchés dans leurs pays d’origine et condamnés pour de graves délits (attentats terroristes des années 70, meurtre du juge Occorsio, etc.) ne semble pas mobiliser l’attention des autorités espagnoles. La justice italienne mettra plus d’un an à lancer des mandats d’arrêt contre eux.

 

1977 : l’armée contre les élections libres,

le pacte de la Moncloa

 

Le 23 janvier 1977, les Guerrilleros du Christ roi tirent sur une manifestation de gauche en faveur de l’amnistie et tuent deux étudiants.

Le 24, avec une surprenante aisance, en plein Madrid quadrillé par les forces de l’ordre, le général Villescusa, président du Conseil suprême de la justice militaire, est enlevé par le GRAPO (Groupes révolutionnaires antifascistes du 1er octobre). La gauche soupçonne cette organisation d’être infiltrée par les ultras. Coïncidence fortuite, celui qui libèrera Villescusa, et que le ministre de l’Intérieur nommera plus tard à la tête  du commissariat général de l’information, n’est autre que Roberto Conesa, le coordinateur des trames de 1973-74 dont le nom sera associé à la gestation du GAL.

Le même jour à Madrid, la police, secondée par des « incontrôlés », charge une manifestation d’étudiants qui protestent contre les assassinats de la veille et laisse sur le pavé un mort et de nombreux blessés.

Le soir, deux hommes font irruption dans un cabinet d’avocats spécialisés dans la défense des syndicalistes des Commissions ouvrières et se livrent à un massacre : quatre avocats communistes tués, cinq blessés. Quelques minutes avant, une commission des CCOO venait de quitter l’étude. Le carnage de la rue Atocha est une provocation préméditée. Comme celle du mitraillage, quelques heures plus tard, des locaux (heureusement vides) des avocats de l’UGT (syndicat socialiste). Les attentats sont revendiqués par différents groupes dont la sinistre AAA (Alliance Apostolique Anticommuniste). La gauche, massivement unie, fait échouer la provocation.

Le 26 janvier, une impressionnante manifestation silencieuse traverse madrid. Ni la police ni l’armée n’osent intervenir. Alarmé ou simplement intimidé par cette démonstration populaire, le gouvernement se décide à intervenir. La police arrête le leader des Guerrilleros du Christ roi, Sanchez Covisa, des militants de l’extrême droite espagnole, une quinzaine de Sud-américains et une dizaine d’Italiens. Ils sont relâchés au bout de 24 heures de garde à vue.

Le 22 février, la police découvre une fabrique d’armes clandestine n plein centre de la capitale. L’appartement est loué par Covisa pour le compte d’activistes italiens. Parmi les armes sophistiquées de l’arsenal, des mitraillettes «Inghram» du type qui a servi à la boucherie de la rue Atocha. Ce type d’armes, fabriqué par l’armée américaine, est strictement réservé aux Services secrets spéciaux. Pour certains magistrats, la filière Etat-Services secrets-Groupes de l’internationale noire, est de plus en plus transparente. D’autant que l’arrestation de Concutelli à Rome en février 1977, dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de 1976 du juge Occorcio (magistrat italien chargé de plusieurs enquêtes du la «piste noire» et les attentats néo-fascistes en Italie), prouve qu’il a été tué par la même arme.

La police espagnole arrête le cerveau de l’armurerie madrilène, l’ingé »nieur atomiste Eliodo Pomar et une dizaine d’activistes italiens, Massagrande, Covisa, Francia, Campo, Pozzan, etc., tous recherchés par la justice transalpine pour l’attentat contre Occorcio. Ils seront libérés fin mai, sauf Pozzan qui sera extradé vers l’Italie, après avoir fait d’importantes déclarations sur les agissements de la trame italienne.

En février 1977, sous la pression populaire, s’amorce le processus de légalisation des partis politiques. En avril, le PCE, pièce indispensable sur l’échiquier électoral, négocie et obtient sa légalisation en échange de la reconnaissance de la monarchie. Le 15 juin, Adolfo Suarez remporte les élections. Une amnistie générale confond en une même mesure de clémence les activistes  d’extrême droite et les militants basques. En septembre, le retour d’exil de la Généralité catalane semble redonner espoir aux partisans de l’indépendantisme basque. Enfin, en octobre, la signature des Accords de la Moncloa (palais présidentiel) entre patronat, syndicats et gouvernement, scelle officiellement un compromis dont sont exclus, en apparence, les militaires. En fait, ces accords sont la résultante de concessions officieuses à l’armée et aux noyaux durs de l’appareil d’Etat. Certaines clauses secrètes expliqueraient les compromissions de la transition démocratique.

Cette période fr consensus problématique où des forces politiques s’affrontent presaque à visage découvert, dasn une certaine légalité constitutionnelle, coïncide avec un net ralentissement des opérations de l’ETA et des réseaux para-étatiques qui le combattent. En cette années 1977, où Adolfo Suarez remporte le 15 juin les premières élections législatives libres depuis 1936, les tentatives de réforme et les promesses électorales (notamment en matière d’autonomie des régions) obligent à une certaine expectative. Mais la routine des attentats « secondaires » au Pays Basque contre des établissements publics et privés (usines, stations touristiques, biens appartenant aux réfugiés) prouve que les Services et leur main d’œuvre n’acceptent qu’un demi-sommeil. Ils en sortent spectaculairement le 7 octobre en assassinant froidement à Hernani un chauffeur de taxi, David Salvador Jonio, paisible citoyen, sans aucun lien avec l’ETA militaire. Dans l’ombre, l’armée « putschiste » et les ultras n’ont pas renoncer à refaire main basse sur l’Espagne.

Les années 1977-78, années d’espérances et de promesses non tenues, sont un tournant dans l’histoire de l’Etat de droit espagnol. La préparation du référendum sur la nouvelle Constitution prévue pour la fin d e l’année, se déroule dans un contexte de conflits permanents.

 

Janvier : mitraillage d’un cabinet d’avocats, rue Atocha à Madrid. Bilan : cinq morts (quatre avocats communistes, un syndicaliste communiste) et cinq blessés. Attentat revendiqué par l’AAA.

Un commando des Guerrilleros du Christ roi ouvre le feu sur une manifestation à Madrid en faveur de l’amnistie. Deux étudiants dont tués, plusieurs blessés.

De janvier à octobre : série d’attentats contre des établissements publics industriels.

Attentat contre la station «jésuite» radio Loyola à Hernani (Espagne). Attentat revendiqué par l’AAA et le BVE.

Octobre : l’AAA revendique l’un des rares crimes de sang commis par des groupes parallèles. L’assassinat du chauffeur de taxi, David Salvador Jonio, n’a aucune signification politique. Plus tard, l’attentat sera également revendiqué par le BVE.

 

L’année 1977 se caractérise par un net ralentissement des activités des commandos para-policiers en France et une recrudescence des attentats meurtriers en Espagne. Sans doute faut-il interpréter cette accalmie par deux séries de circonstances concomittantes.

Au niveau de l’enquête policière et judiciaire, plusieurs évènements permettent de situer les responsabilités et les auteurs de crimes. En janvier, l’arrestation de Sanchez Covisa, chef des Guerrilleros du Christ roi, d’une quinzaine d’activistes sud-américains, d’une dizaines de néo-fascistes italiens, après l’attentat conte la cabinet d’avocats de la rue Atocha (22-24 janvier) se solde par une libération sans poursuites. La découverte d’une armurerie clandestine (appartement loué par Covisa et l’arrestation d’Elio Pomar et des néo-fascistes de son entourage, démontre que les mitraillettes Inghram que l’on y découvre sont des armes de provenance américaine et que leur vente par l’armée US est strictement réservée aux Services spéciaux, en l’occurrence en Espagne au SECED. C’est ce type de mitraillette qui a servi pour l’attentat de la rue Atocha. Dans le quotidien italien Corriere della Sera, le ministre de l’Intérieur espagnol Martin Villa, confirme que l’arme du meurtre de Occorsio a bien été perfectionnée dans l’armurerie clandestine.

L’arrestation en Italie de Concutelli prouve que l’assassinat du juge Occorsio (juillet 1976) a été commis avec une mitraillette Inghram et que c’est la même arme dont on s’est servi pour la tentative d’assassinat du dirigeant de l’ETA Tomas Perez Revilla, le 21 mars1976, à Saint-Jean-de-Luz.

Tous les activistes italiens impliqués dasn la fabrication d’armes sont libérés en mai, un mois avant la signification des mandats d’arrêt italiens lancés contre eux. Seul Pozzan sera extradé, après avoir fait des révélations sur la collaboration de ses compatriotes avec les services espagnols.

 

Conclusions

La collusion entre Services secrets et néo-fascistes italiens après l’abolition officielle du régime franquiste (référendum sur la suppression des Cortes) est de plus en plus évidente.

La police et la justice espagnoles enrayent le processus d’élucidation des responsabilités et s’abstiennent de toute sanction.

La justice espagnole ne tient aucun compte de cinq mandats d’arrêt lancés par le parquet de Florence contre Clemente Graziani, Salvatore Francia, Elio Massagrande, Eliodoro Pomar, Gaetano Orlando. Certains d’entre eux seront arrêtés et libérés quelques années plus tard.

 

 

1978: les coulisses secrètes de l’Etat

 

Dès janvier 1978, l’ETAm entreprend une offensive de grande envergure. L’extrême droite et les durs de l’armée prônent ouvertement une répression exemplaire. Certains officiers comme le futur putchiste de 1981, le lieutenant-colonel de la guardia civil Antonio Tejero, fustigent sans ambages le gouvernement et son projet de Constitution. Dans la police et la guardia civil le mécontentement attisé par la rogne des militaires est dramatique. Au Pays Basque, des commissariats et des casernes sont au bord de la mutinerie. Le gouvernement Suarez diffère son timide projet de démocratisation des forces de l’ordre (unification et démilitarisation de la police).

On procède à un remaniement des services de sécurité des ministères de l’Intérieur et de la Défense. L’ancien SECED (Service central de documentation) est rebaptisé CESID (Service supérieur d’information et de défense). Les militaires ont gagné la partie.

Le colonel Cassinello, un officier de la Guardia civil, spécialiste de la « guerre psychologique », formé à Fort-Bragg aux USA, prend la direction des services d’information de la Guardia civil, la cellule centrale de la lutte clandestine contre les indépendantistes de l’ETA. Roberto Conesa, ancien chef de la Brigade politico-sociale, monte en grade à la tête du Commissariat général d’information. Dans leur sillage, on retrouve Martinez Torres, Gonzalez, Pacheco, Ballesteros, etc. Les services de la « guerre sale » changent de nom, les hommes restent les mêmes. On verra plusieurs d’entre eux occuper des fonctions dans le régime socialiste de Felipe Gonzalez et dans la laborieuse instruction du procès contre le GAL.

Le 15 décembre 1978, la nouvelle Constitution est adoptée. Le Pays Basque boycotte massivement le référendum. Le BVE se déchaîne. Il signe une quarantaine d’attentats qui feront onze morts dans le sud de la France entre 1978 et 1980.

 

Mars : plusieurs attentats, sans victime, sont revendiqués par le BVE en Gipuzkoa et en Biscaye.

Avril: attentat à Alger contre Antonio Cubillo, dirigeant du MPAIAC (Mouvement indépendantiste des Canaries), Cubillo est grièvement blessé.

Mai: deux jours après un meeting fasciste de Blas Pinar, un deuxième chauffeur de taxi, Martin Merkelantz est abattu à Irun (Gipuzkoa), revendiqué par le BVE.

Mitraillage et incendie de la boulangerie Kale-Txiki à Andoain (Gipuzkoa).

Plasticage de la librairie Txaranbel à Saint Jean de Luz (Labourd).

Juillet : un commando blesse grièvement Juan José Etxabe, membre d’ETAm et tue son épouse, Agurtzane Arregi, devant leur restaurant à Saint Jean de Luz. Attentat revendiqué par l’AAA.

Août : les passagers d’une voiture ouvrent le feu à la mitraillette sur des réfugiés de Biarritz qui s’en sortent miraculeusement indemnes.

Décembre : José Migel Benaran Ordenana, Argala, l’un des principaux dirigeants d’ETAm, chef du commando qui a fait sauter la voiture de l’amiral Carrero Blanco, meurt dans sa voiture piégée par un engin télécommandé à Anglet.

 

La recrudescence des activités militaires d’ETA en Espagne accentue la mobilisation des forces de sécurité. Simultanément, au pays Basque français, le BVZ signe une douzaine d’attentats dont la plupart ne ciblent pas des personnes précises. En revanche, trois opérations minutieusement préparées visent à l’élimination physique de militants indépendantistes de premier plan :

Le 5 avril à Alger, deux mercenaires, Alfonso Gonzalez et Cortes Rodriguez, blessent grièvement Antonio Cubillo, leader du mouvement indépendantiste des Canaries (MPAIAC). L’opération est organisée par José Luis Espinosa Pardo que l’enquête logera comme agent spécial aux ordres de Conesa. Les trois hommes seront arrêtés en Algérie d’où Espinosa Pardo réussira à s’enfuir. Il sera arrêté à nouveau en 1988 en Espagne.

Le 2 juillet, un attentat revendiqué par AAA et BVE blesse grièvement Juan José Etxabe, membre connu d’ETA et tue son épouse Agurtzane Arregi à Saint-Jean-de-Luz.

Le 21 décembre, l’un des plus importants dirigeants d’ETAm, José Miguel Benaran Ordenana, Argala, meurt dans sa voiture piégée à Anglet. C’est l’issue d’une longue traque des services secrets qui avaient juré de venger la mort de Carrero Blanco en exécutant tous les membres du commando España, dont Argala était le chef. La justice française lance un mandat d’arrêt contre Carlos Gaston.

 

Conclusion

Aucune enquête n’a tenté d’identifier les membres des commandos ATA et BVE, responsables de ces crimes. A l’époque, un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur espagnol déclare que différentes réunions entre policiers français et espagnols, ont eu lieu au plus haut niveau et que deux de ces réunions étaient secrètes. Il ajoute que les responsables des ministères de l’Intérieur concernés ont été tenus à l’écart et que « les politiciens ne doivent pas savoir ces choses parce qu’ils sont indiscrets… qu’il y a des problèmes d’Etat qui doivent rester dans le secret… que dans la police, il doit y avoir des hommes capables d’entamer une négociation et d’autres qui peuvent faire le coup de feu ». Ce même fonctionnaire jugera d’ailleurs inopportune la mort d’Argala qui aurait pu être, selon lui un négociateur efficace, vu son éducation et sa position. Ni la police, ni la justice n’ont tenté d’en savoir plus long sur ces «réunions secrètes».

Le juge italien Vitaliano Calabria qui mène l’une des enquêtes sur le terrorisme néo-fasciste en Italie, déclare posséder des preuves et des révélations qui indiquent :

- que l’assassinat d’Argala a été organisé par les services secrets espagnols avec la participation d’activistes italiens.

- que ces activistes ont collaboré avec d’autres activistes français et espagnols dans bon nombre d’opérations anti-basques.

- Qu’à cette époque, les responsables de services mentionnés sont Roberto Conesa, chef de la brigade d’information de la police, Andrés Casinello, chef des Services d’information de la Guardia civil et José maria Bourdon, directeur du CESID (Centre supérieur d’information de la défense). Aucun d’entre eux n’a été officiellement interpellé.

 

 

1979 : les escadrons de la mort

 

En 1979, la «camarilla» des militaires s’impose dans l’organisation du ministère de l’Intérieur. L’une des concessions décisives du gouvernement Suarez est de nommer à sa tête le lieutenant-général de la Guardia civil, Ibanez Freire. Celui-ci s’empresse de nommer ses hommes —de vieux routiers de la répression— aux postes-clés des services conçus pour la lutte anti-terroriste. La démocratisation de la police est définitivement rangée dans les tiroirs de la Présidence. Tous les projets de syndicalisation policière se heurtent à une fin de non-recevoir. Profitant de l’effervescence pré-électorale, les militaires ont fait pression pour quadriller les sphères du pouvoir.

En mars, l’UCD (Union du centre démocratique), le parti de Suarez, remporte les élections législatives. Manuel Ballesteros remplace Conesa (mis à la retraite) à la tête du Commissariat général d’information, cheville ouvrière entre le pouvoir central de la «guerre sale».

En France, un communiqué du ministère des Affaires étrangères annonce le 30 janvier «la suppression du statut de réfugié pour les ressortissants espagnols». Les interdictions de séjour et les assignations à résidence se multiplient. Des réfugiés politiques basques sont remis directement à la police espagnole par le gouvernement Giscard. Certains seront torturés sauvagement. Le Canard Enchaîné titre : «La France livre». En Espagne et en France, les partis et la presse —timidement— et surtout les associations humanitaires protestent contre ces violations flagrantes des lois internes et internationales.

Au Pays Basque espagnol, la Guardia civil se charge de la répression massive (nombreuse victimes dans les manifestations de soutien, assassinats de deux membres de Herri Batasuna, formation politique proche d’ETA), laissant au BVE et à ses filiales le soin de traquer les militants présumés d’ETA en France.

Après l’assassinat du réfugié Periko Elizaran à Biarritz en septembre, bien que l’attentat soit revendiqué par l’ANE (Action nationale espagnole), la police oriente l’enquête vers le milieu. On arrête quatre truands (Ruiz, Berger, Szonek et Obadia). L’arme du crime est identifiée comme appartenant à l’armée espagnole. Szonek et Obadia, militants sionistes, auraient travaillé, entre autres, avec le Mossad. La justice française lance de mandats d’arrêt contre Khiar, Talbi, et les frères Perret, soupçonnés de plusieurs attentats antérieurs. Certains policiers lucides commencent à remonter une filière où reviennent les noms de Pedro Sanchez, étrangement libéré après l’affaire Segundo Marey quelques années plus tard) et <Jean-Pierre Chérid.

En Espagne comme en France, les murs et la presse clandestine désignenet les coupables : les services très spéciaux d’Adolfo Suarez.

Le 26 octobre, entre en vigueur le statut d’autonomie dit de Gernika, qui écarte la Navarre du reste d’Euskadi-sud. ETA et une grande partie de l’opinion rejettent ce marché de dupes qui refuse les revendications indépendantistes (gouvernement autonome, fin de l’occupation



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