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escadronsmort
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Informations sur les activités des escadrons de la mort actifs en Pays Basque de 1975 à 1987.
Catégorie :
Blog Politique
Date de création :
06.11.2012
Dernière mise à jour :
08.11.2012
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Derniers commentaires RechercheAux origines du GAL
Deux journalistes enquêtent depuis un an sur le Groupe antiterroriste de libération. Payés par l'Espagne, ses mercenaires éliminaient des membres d'ETA, supposés ou réels
Derrière le trinquet Saint-André, dans le Petit Bayonne, des visages stylisés, ceux de Popo, Lasa et Zabala, rappellent que les Etarras furent aussi victimes de terrorisme. Un terrorisme d'État qui reste dans les annales du Pays basque avec les noms de « guerre sale » et de « GAL » pour Groupe antiterroriste de libération.
Bruno Fay et Xavier Muntz, qui enquêtent depuis plus d'un an sur le GAL dans le cadre d'un documentaire pour l'émission de Canal + « Spécial investigation », ont mis à nu les rouages qui ont conduit les gouvernements français et Espagnol à collaborer pour créer le GAL, lui donnant les moyens de sa funeste entreprise : 27 tués dont 9 qui n'avaient rien à voir avec ETA.
Repères
Le GALa frappé en France à partir de 1983 sur le modèle des organisations qui avaient mené la guerre sale entre 1978 et 1981 en Espagne et en France. En Espagne, on emploie couramment le pluriel « Los GAL » ce qui sous-entend une multiplicité de groupes.
Jose Antonio Lasa Arostegi et Jose ignacio Zabala Artanoont été enlevés en 1983 rue des Tonneliers, à Bayonne. Torturés par la Guardia Civil, leurs corps ont été retrouvés deux ans plus tard, à Alicante et leur identification a pris dix ans. Un général et un colonel de la Guardia Civil et le gouverneur civil de Guipuzcoa seront condamnés, en avril 2000.
Jon Anzaa été retrouvé à la morgue de l'hôpital Purpan à Toulouse en mars 2010, où il a séjourné près de dix mois. Cet ex-Etarra, atteint d'une grave maladie, avait quitté la gare de Bayonne, le 18 avril 2009, pour remettre une importante somme d'argent à un contact à Toulouse ainsi que l'a fait savoir ETA dans un communiqué, quelques jours après l'annonce de sa mystérieuse disparition.
Spectre du coup d'Etat
Bruno Fay rappelle que le GAL a signé la plus grosse vague d'attentats en France depuis la guerre d'Algérie. « Le gouvernement espagnol est passé de la tolérance des groupuscules comme le Triple A ou le Bataillon basque espagnol à l'organisation et au financement d'un groupe piloté par le gouvernement lui-même. Il s'agissait de montrer que les socialistes au pouvoir étaient capables de répondre à ETA. Comme il n'y a jamais eu de purge post-franquiste, la haute administration faisait pression sur les dirigeants nouvellement arrivés au pouvoir. Qui avaient aussi derrière eux le spectre de la tentative de coup d'état commis deux ans plus tôt. La création du GAL fut un moyen de donner des gages à ces gens-là ». Les deux documentaristes ont réuni des documents montrant que la France ne voulait pas condamner les GAL. « En France, on était empêtré dans l'affaire du Rainbow warrior. Les Britanniques venaient de tuer un militant de L'IRA à Gibraltar… Dans ces conditions, il était difficile de faire la leçon à l'Espagne. En France, on estimait au sommet de l'État que la jeune démocratie espagnole serait affaiblie si son rôle dans le GAL était montré du doigt. »
Un seul Français inquiété
D'où l'omerta qui a perduré. Dans leur investigation très poussée, Bruno Fay et Xavier Muntz ont réuni des preuves de complicités individuelles. « On sait que des policiers de la PAF, des RG et de la police nationale ont été rémunérés sur des fonds secrets du gouvernement espagnol. » Un seul policier de la PAF a été a poursuivi en France. Mis en examen à la fin des années 90, il a bénéficié d'un non-lieu en 2006. Il a reconnu avoir fourni à l'Espagne 400 noms de « cibles », des adresses, des photos. Quant aux preuves de collaborations d'État à État, elles sont inexistantes.
Côté français, il y a eu peu d'exploration des responsabilités individuelles. « L'Espagne a fait ce travail, pas la France. Pourtant, ce sont les juges d'instruction français, Ribeyrolle et Seys, qui ont lancé le dossier et déclenché le mandat d'arrêt contre Jose Amedo Fouce, le policier de Bilbao qui a permis de remonter jusqu'aux responsables madrilènes. Le juge Garzon a repris le dossier derrière et il est allé au fond. »
Les deux journalistes français ont interviewé Rafael Vera, le directeur de la sécurité du ministère de l'Intérieur, condamné dans l'affaire des GAL, qui leur a détaillé comment les fonds secrets du gouvernement espagnol ont servi à recruter des mercenaires en France.
Bruno Fay explique que le gouvernement Gonzalez ne voulait plus envoyer de policiers espagnols commettre des attentats en France. « Quatre d'entre eux avaient été interpellés à Hendaye par des policiers français alors qu'ils tentaient d'enlever José Maria Larretxea, un leader d'ETA réfugié en France. Cela s'est produit au lendemain de l'enlèvement de Lasa et Zabala par des militaires de la Guardia Civil à Bayonne. »
Pressions de la Justice
« La justice espagnole est passée. Notre documentaire amène des éléments qui montrent les pressions du ministère de la Justice française pour ne pas trop se pencher sur l'implication française. Le GAL n'a jamais été envisagé comme un problème politique. Tout le traitement judiciaire est resté en France sur du droit commun : associations de malfaiteurs. À la même époque, les attentats d'Action directe étaient qualifiés de terroristes et ce malgré un nombre de victimes moins important. »
Pour les militants indépendantistes, la fin du GAL n'a pas tourné la page de la « guerre sale ». Des séquestrations, menaces, actes de violences ont été recensés ces dernières années en Espagne mais aussi en France où l'affaire Jon Anza, est présentée comme le dernier crime d'État envers un Etarra. C'est, en tout cas, la thèse défendue par deux militants de Batasuna, Joseba Zinkunegi et Juan José Petrikorena, dans un livre paru aux éditions « Txalaparta » et intitulé, en espagnol, « Jon Anza, el ultimo crimen de estado ? ».
« Je les ai vus achever un type »
Jean-Noël Etcheverry et un ami ont arrêté deux tueurs du GAL. Récit….
C'était le 25 septembre 1985, le GAL (Groupe antiterroriste de libération) avait déjà fait des victimes à Bayonne. Aux premières heures de la nuit, Jean-Noël Etcheverry, dit Txetx, partage un moment avec quelques amis, à l'Alex bar, un estaminet de la rue Pannecau aujourd'hui fermé. « J'ai entendu comme des pétards, mais, vu le contexte de l'époque, je suis sorti. Je les ai vu en train d'achever un type, sur le trottoir. » Une exécution à bout portant, devant le Monbar, autre troquet de la rue Pannecau, un peu en amont de celle-ci.
Les deux mercenaires du GAL se nomment Lucien Mattei et Pierre Frugoli. Deux malfrats forgés dans le milieu marseillais. Ils viennent de tuer quatre réfugiés basques. « On sait aujourd'hui qu'ils étaient payés environ 50 000 francs pour un blessé et 200 000 pour un mort. Alors ils s'assuraient que les victimes étaient bien mortes. » Le GAL signe, ce soir-là, sa plus meurtrière besogne. Celle-ci accomplie, les deux tueurs prennent la fuite par la rue Pontrique, au cœur du Petit Bayonne. Les tueurs visaient la gare, quartier Saint-Esprit. « On apprendra plus tard qu'ils avaient des billets pour Irun. Ils espéraient aller embarquer comme si de rien n'était. »
Mais Txetx et quelques copains les prennent en filature. « On n'a pas pu voir s'ils avaient emprunté la rue Bourgneuf ou Marengo pour se diriger vers la Nive », se souvient celui qui n'avait alors qu'une vingtaine d'années. Il s'est séparé de ses camarades : chacun une rue. « Il se trouve que c'est moi qui les ai retrouvés, un peu plus loin, en bord de Nive. »
Orteil cassé
Ce n'est pas une course-poursuite au sens strict, « on marchait ». Mais les deux fuyards savent qu'un homme est à leurs trousses, à quelques mètres. Ils se retournent, le braquent. « Là, un copain réfugié passe en voiture. Il allait se garer mais je suis monté dans sa voiture. On a pris le sens interdit rue Bourg neuf, et on a foncé sur eux. » La voiture pile devant les hommes du GAL, à l'entrée du pont Saint-Esprit. « On leur est tombé dessus. D'un coup de pied, bien placé mon pote a séché l'un des deux. D'ailleurs, il a eu un orteil cassé, tellement il y est allé fort. Mois, j'ai été moins efficace avec le mien. Je savais qu'il avait une arme, je me suis dit qu'il allait la sortir, je me suis dit : ''T'es mort''. Mais mon pote m'a aidé à le neutraliser. »
Une patrouille de police arrive alors depuis Saint-Esprit, qui surprend la scène. « Ils ont pu embarquer les mecs du GAL qu'on venait d'arrêter. » Txetx, lui, file vers le Monbar. « Je connaissais les familles des quatre types qu'ils venaient d'assassiner. Je n'avais qu'une idée, c'était d'aller les voir. » La presse était déjà là, une partie du quartier aussi. La police pas encore. L'arrestation des deux hommes allait conduire aux commanditaires espagnols, dans les semaines qui suivirent.
Pierre Penin
Des attentats du GAL à l’affaire Jon Anza :
la théorie du conflit appliqué
à l’analyse des discours
sur la violence d’État
au Pays Basque
LUDIVINE THOUVEREZ
Unité de recherche Langues, Littératures
et Civilisations des Pays de Langues Européennes,
Université de Franche-Comté /
Facultat de Mitjans, Comunicació i Cultura,
Universitat Autònoma de Barcelona.
Introduction
Les médias ont une responsabilité dans la représentation des conflits. Leur manière de décrire les événements et les acteurs en lutte conditionne la perception de la réalité des citoyens et peut les inciter – ou non – à l’action. En favorisant le dialogue entre les adversaires ou en exacerbant leurs différends, leurs discours permettent également d’influer sur le déroulement des guerres. Le rôle des médias dans le génocide rwandais l’illustre bien. En 1994, les radios appartenant à l’ethnie dominante des hutuappelèrent au massacre de la minorité tutsiet les médias occidentaux se désintéressèrent du problème jusqu’à l’arrivée des ONG dans ce pays. Entre-temps, huit cent mille personnes avaient trouvé la mort.1En Irlande du Nord, au contraire, l’attitude des médias protestants et catholiques a fortement contribué à apaiser les tensions en encourageant la trêve de l’IRA en 1994, puis la signature des accords de Vendredi Saint qui mettaient fin, en 1998, à vingt-cinq ans de luttes fratricides.
1A. THOMPSON, The Media and the Rwanda Genocide, Ottawa, Pluto Press/Fountain Publishers, 2007.
C’est sur la base de cette réflexion que nous envisageons l’étude de la couverture informative de la violence d’État au Pays basque à travers quatre journaux espagnols (El País, ABC, Diario 16, El Mundo) et quatre journaux français (Monde, Le Figaro, Libération, ainsi que la revue hebdomadaire Le Nouvel Observateur). Même si, depuis plus de cinquante ans, la violence de l’organisation séparatiste ETA a monopolisé les discours de la classe politique et des médias sur la querelle basque, il n’en reste pas moins qu’un phénomène inverse existe. La violence d’État s’est ainsi manifestée sous différentes formes : répression militaire et politique des indépendantistes sous le franquisme, assassinats et enlèvements de nationalistes basques par les services secrets ou par des groupes paramilitaires au cours de la Transition et de la démocratie, mauvais traitements infligés à certains membres de l’ETA dans les commissariats ou interdiction des partis politiques et des associations abertzales(« patriotes ») depuis 2003. Si la pression armée de l’ETA explique, en partie, ces pratiques (selon la logique du vieil adage de « la fin justifie les moyens »), il s’avère intéressant d’observer comment les quotidiens de référence réagissent face à ces phénomènes particuliers de violence.
L’objectif de la présente communication est d’analyser les discours émis lors de trois opérations du groupe paramilitaire GAL et de la disparition, en avril 2009, d’un membre de l’ETA à Toulouse. Contrairement à d’autres études qui abordent les discours de presse à travers la théorie de la manipulation, nous envisageons la couverture des événements en fonction de la perspective du conflit. Cette approche a pour but de déterminer dans quelle mesure les quotidiens de référence ont condamné - ou justifié - la pratique du « contre-terrorisme » et contribué à réduire - ou aggraver - les tensions au Pays basque.
Mise en perspective des événements
L’histoire du nationalisme basque a fait l’objet d’une production littéraire et scientifique abondante à laquelle il nous est impossible de nous référer dans cet article. De manière très succincte, nous rappellerons que le conflit basque est de nature politique et identitaire, et qu’il possède une composante armée. Il puise ses origines dans le bouleversement des structures de la société traditionnelle basque à la fin du XIXesiècle, lequel provoqua l’essor d’un nationalisme séparatiste réclamant la création d’une entité politique (État ou région autonome intégrée au sein de l’État espagnol, selon les différents secteurs du nationalisme) pour la communauté culturelle identifiée comme la « nation ». C’est à dire pour le peuple vivant au Nord et au Sud des Pyrénées et parlant la langue basque (l’euskera).
Durant le premier tiers du XXesiècle, le nationalisme basque se développe et obtient une représentation politique au parlement espagnol. Le 1eroctobre 1936, en pleine guerre civile, un statut d’autonomie est ainsi accordé aux provinces de Biscaye, du Guipúzcoa et d’Álava pour leur soutien à la cause républicaine. Mais la victoire du camp franquiste ne permet pas la consolidation des institutions autonomes. Sous la dictature (1939-1975), le mouvement identitaire est brutalement réprimé. Les membres du gouvernement autonome et les militants du Parti Nationaliste Basque (depuis le début du siècle, le PNB arrive en tête des élections dans la région) sont contraints de s’exiler. Quant à ceux restés au Pays basque, ils se divisent progressivement en deux camps : ceux restant fidèles au gouvernement autonome en exil et ceux prônant la violence armée pour renverser le régime militaire de Franco et déclarer l’indépendance de la région. C’est ce secteur dissident du PNB qui crée l’ETA en 1959.
Le retour de la démocratie et l’obtention d’un nouveau statut d’autonomie, en 1979, ne mettent pas fin à la violence. Au contraire, c’est à partir de cette époque que l’ETA intensifie son action pour forcer les différents gouvernements qui se succèdent à Madrid à inscrire le droit à l’autodétermination des différentes nations périphériques de l’Espagne dans la Constitution.
Suite à une alliance entre la gauche et la droite « constitutionalistes » (ou « espagnolistes »), le Pays basque espagnol est administré, depuis mai 2009, par le Parti Socialiste d’Euskadi. Le PNB, de tendance socio-démocrate, s’est donc vu ravir le pouvoir après trente ans d’hégémonie dans la région. La gauche nationaliste basque, pour sa part, est divisée en plusieurs tendances. Le parti Batasuna, proche de l’ETA, a été interdit en 2003. Ses militants continuent toutefois de revendiquer un processus de négociation qui impliquerait, pour obtenir la paix, de rétablir une égalité des chances entre les différentes forces politiques, la signature d’accords reconnaissant le caractère « national » du Pays basque et la création d’une entité autonome au Sud des Pyrénées. Cette entité serait composée des provinces de Biscaye, du Guipúzcoa, d’Álava etde la communauté forale de Navarre et serait dotée d’une constitution qui permettrait d’organiser un référendum sur l’autodétermination (proposition d’Anaitasuna). Quant aux provinces basques du Nord (Labourd, Soule et Basse-Navarre), elles seraient régies par un statut d’autonomie au sein de l’État français (proposition d’Ustaritz).
En marge de ce conflit politique dont l’enjeu est la souveraineté du peuple basque, un conflit armé de basse intensité oppose l’ETA à l’État espagnol. Depuis la fin des années 1960, la violence a fait un millier de morts. Elle est exercée par l’ETA (responsable de l’assassinat de 857 personnes en date du 4 juin 2010)2, par les forces de l’ordre (à l’origine de la mort de 250 personnes) et par différents groupes paramilitaires opérant sous couvert de l’État espagnol. Le Bataillon Basque Espagnol, la Triple A, l’Antiterrorisme ETA ou le Groupe Antiterroriste de Libération (GAL) ont ainsi commis, depuis 1975, plusieurs dizaines d’attentats contre des membres de l’ETA réfugiés sur le sol français. Entre les mois d’octobre 1983 et de juillet 1987, le GAL fut concrètement responsable de l’assassinat de 26 personnes au Pays basque français et d’un député d’Herri Batasunaau Pays basque espagnol. Un tiers des victimes, pourtant, n’avait aucun lien avec l’indépendantisme.
2Source : ministère de l’Intérieur espagnol. 04.06.2010.
Le phénomène de la violence d’État ou de la « sale guerre » (comme le nommèrent certains médias) a souvent été associé à une dérive de l’appareil policier espagnol à un moment où les pratiques démocratiques n’étaient pas encore pleinement instituées. S’il est vrai que le non renouvellement des officiers ayant servi sous le franquisme, lors de la Transition et de l’avènement du gouvernement socialiste de Felipe González en 1982, favorisa la persistance de méthodes issues de la dictature, il convient de préciser que les crimes du GAL furent longuement réfléchis et calibrés.
L’instruction judiciaire sur les enlèvements de Segundo Marey, Joxi Lasa et Joxean Zabala (voir plus loin) a ainsi démontré que ces opérations avaient été ordonnées et financées par le ministère de l’Intérieur espagnol et par des responsables de la lutte antiterroriste. La même enquête indique que, entre 1982 et 1992, vingt milliards de pesetas furent répartis entre la direction de la Garde Civile, le département de la Sécurité de l’État et le ministère de l’Intérieur pour lutter contre le terrorisme et qu’une partie de ces fonds servit à financer le GAL, voire à enrichir certains fonctionnaires chargés de recruter des mercenaires. Dans un compte-rendu d’une réunion des services secrets inclus comme pièce à conviction dans le dossier judiciaire, le CESID (Centro Superior de Información para la Defensa) considère, d’ailleurs, que les opérations de « déstabilisation » de l’arrière-garde de l’ETA sont « utiles et nécessaires » et qu’il convient de faire disparaître ses militants par le biais d’enlèvements :
« Ces actions ne devront jamais être conçues comme des réactions viscérales survenant à des moments précis, mais comme le fruit d’une sérieuse analyse qui nous amène à la conclusion qu’elles sont nécessaires et utiles […]. L’idéal serait de combiner des actions physiques et d’obtenir la disqualification politique de l’ETA pour attaquer, à la base, le soutien populaire dont bénéficie la lutte armée. Si le problème que nous allons créer consiste à ce que l’ETA remplace un leader par un autre, cela n’en finira jamais. La “disparition par enlèvement” est, dans tous les cas, la forme d’action la plus recommandée. »3
3L. THOUVEREZ, Analyse critique du discours sur le GAL dans la presse française et espagnole (1983-1986), Thèse de doctorat réalisée sous la codirection de Gérard Brey et de Xavier Giró, Universitat Autònoma de Barcelona/Université de Franche-Comté, 2009, annexe 2 : Nota del CESID (06.07.1983). Toutes les traductions sont personnelles.
Pour éviter que l’implication des forces de l’ordre espagnoles ne soit trop manifeste, le CESID propose de faire exécuter les militants de l’ETA par des mercenaires et de confondre l’opinion publique par différents moyens :
« Il est fondamental que nos actions apparaissent comme des règlements de compte ou comme des actes de représailles internes [à l’ETA] afin que le traitement informatif laisse toujours planer le doute quant à la responsabilité réelle des attentats. Une intoxication informative intelligente, faisant état de querelles internes et de ressentiments, permettra d’atteindre cet objectif. »
On comprend, dès lors, l’intérêt d’une analyse de la représentation médiatique de la « sale guerre » : les médias sont-ils tombés dans le piège de « l’intoxication intelligente » ou fait preuve d’esprit critique face aux explications du ministère de l’Intérieur ? Ont-ils légitimé ou condamné ces pratiques ? La disparition de Jon Anza est susceptible d’être une autre manifestation de « sale guerre ». Membre de l’ETA résidant en France depuis le début des années 2000, Jon Anza prit le train en gare de Bayonne le 18 avril 2009 pour se rendre à Toulouse, où il devait remettre de l’argent à la direction de l’ETA. L’homme, pourtant, ne se présenta jamais au rendez-vous et disparut sans laisser de trace. Onze mois plus tard, sa famille apprit qu’il était décédé et qu’il se trouvait, depuis le 10 mai 2009, à la morgue de l’hôpital Purpan de Toulouse. À l’issue d’une enquête ordonnée par le parquet de Bayonne, les autorités françaises parvinrent aux conclusions suivantes : le militant serait arrivé dans la Ville Rose et aurait erré dans ses rues pendant onze jours avant d’être conduit à l’hôpital Purpan pour un malaise cardiaque sur la voie publique. Il y serait mort et aurait été entreposé à la morgue pendant plusieurs mois, sans que personne ne s’en inquiète.
Cette version des autorités est contestée par la famille et par certains employés de la morgue qui affirment avoir averti la Police à trois reprises de la présence encombrante d’un corps. Une enquête du quotidien El Mundorévèle, pour sa part, que des policiers espagnols auraient été présents à Toulouse lors des faits et qu’ils auraient quitté précipitamment leur chambre d’hôtel en oubliant derrière eux des armes cachées sous leur matelas !4
4A. RUBIO, « Guardias civiles olvidaron sus armas en Toulouse a los siete días de morir Anza », El Mundo, 15.03.2010.
Comme nous l’avons dit plus haut, l’objectif de cette communication n’est pas de préjuger les versions de chacun mais d’étudier le traitement informatif des opérations du GAL et de cette affaire dans les journaux. Nous nous contenterons donc de dire qu’il est possible que Jon Anza soit mort de manière naturelle, mais qu’il est également possible, vu les antécédents de « sale guerre » et les explications contradictoires des autorités politiques françaises et espagnoles, qu’il ait été victime d’un interrogatoire qui aurait mal tourné.
Méthodologie
Notre corpus est composé de cinquante textes journalistiques parus dans la presse de centre-gauche (Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, El País, Diario 16) et de droite (El Mundo, ABC, Le Figaro)de France et d’Espagne. Ces textes, d’opinion et d’information, furent publiés entre les mois d’avril 2009 et juin 2010 pour l’affaire Jon Anza et d’octobre 1983 et de novembre 1984 dans le cadre du GAL. Dans la mesure où le GAL fut à l’origine d’une trentaine d’opérations criminelles, nous nous concentrerons sur le traitement informatif de trois actions : les enlèvements des membres présumés de l’ETA Joxi Lasa et Joxean Zabala, à Bayonne, le 16 octobre 1983 ; l’attentat contre le chef présumé de l’ETA Mikel
Goikoetxea, à Hendaye, le 30 décembre 1983 ; et l’assassinat du député indépendantiste Santiago Brouard, à Bilbao, le 20 novembre 1984.
Précisons que, sur les trois affaires, seuls les enlèvements de Lasa et de Zabala furent éclaircis par la Justice espagnole. En 2000, une instruction judiciaire menée par le tribunal de l’Audiencia Nacionaldétermina que les deux hommes avaient été séquestrés, interrogés, torturés et assassinés par des membres de la Garde Civile et qu’ils avaient ensuite enterrés dans un bois de la province d’Alicante. Le gouverneur socialiste du Guipúzcoa, Julen Elgorriaga, et le général Galindo furent d’ailleurs condamnés à une peine de soixante-dix ans d’emprisonnement pour avoir ordonné l’opération.
Notre méthodologie, appliquée par les membres de l’Observatoire de la Couverture des Conflits (OCC) de la faculté de Sciences de l’Information de l’Université Autonome de Barcelone, s’inspire des travaux de Teun Van Dijk et de Ruth Wodak5, en linguistique, et de de John Paul Lederach et de Johann Galtung, en sociologie.6La théorie du conflit appliquée aux discours de presse tente de déterminer comment les médias influencent le déroulement des conflits (armés, sociaux, culturels, etc.) et facilitent – ou non – leur résolution. Dans ses essais sur le journalisme de la paix, Joahnn Galtung, politologue norvégien fondateur de l’irénologie (science de la paix), distingue deux attitudes des médias face à une querelle. Nous les résumons dans le tableau suivant.
5R. WODAK et M. MEYER, Métodos de análisis crítico del discurso, Barcelone, Gedisa, 2003. T. A. VAN DIJK, La noticia como discurso, Barcelone, Paidós, 1990, et Racismo y análisis crítico de los medios, Barcelone, Paidós, 1997.
6J. GALTUNG, Paz por medios pacíficos, Paz y conflicto, desarrollo y civilización, Bilbao, Bakeaz, 2003.J. P. LEDERACH, Construyendo la paz,Bilbao, Bakeaz, 1998. Voir également E. VINYAMATA, Conflictología, Barcelone, Ariel, 2005. Attitude orientée vers la confrontation | Attitude orientée vers la paix | ||
Acteurs | Met l’accent sur les points de discorde entre acteurs. Distingue un seul objectif : gagner la guerre. Construit un discours binaire où un « nous » collectif s’oppose à « eux », les autres. Estime que le problème vient de « eux », les autres. N’humanise pas les autres. | Donne la parole à chaque acteur du conflit Voit la paix comme une victoire collective Provoque l’empathie et la compréhension Souligne les points positifs du conflit (solidarités entre certains acteurs, créativité) Humanise chaque acteur | |
Conflit | Est réactive à la violence, ne traite pas des aspects sous-jacents des conflits. Insiste seulement sur les effets visibles de la violence (morts, blessés, dégâts matériels). Dénonce les mensonges de « eux », occulte ceux de « nous ». | Informe de la cristallisation de la violence. Montre les effets invisibles de la violence (traumatisme, etc.). Dénonce les mensonges de chaque camp. Met l’accent sur la souffrance de to | |
Met l’accent sur la souffrance de « nous ». | ||
Résolution du conflit | Envisage la paix comme une victoire sur les autres. Occulte les initiatives de paix tant que la victoire est lointaine. Se réfère systématiquement au cadre légal en vigueur (Constitution, institutions, traités, etc.) S’intéresse au conflit seulement quand la violence éclate. | Voit la paix comme victoire collective. Insiste sur les initiatives de paix. Met l’accent les initiatives de la société civile et sur la culture de la paix. S’intéresse à la négociation, reconstruction, réconciliation. |
Manquent quelques paragraphes…
Résultats de notre analyse
Le conflit
L’étude comparative de la couverture des attentats du GAL et de la disparition de Jon Anza met en évidence une évolution dans la façon de décrire la violence d’État. Si, dans les années 1980, les journaux français et espagnols reconnaissent l’existence d’un phénomène de « sale guerre » au Pays basque qui s’exprime sous forme d’enlèvements, d’assassinats et de mauvais traitements à l’égard des militants de l’ETA, rares sont ceux qui osent remettre en cause les méthodes de la Police et de la Garde Civile espagnoles en 2009-2010.
Alors qu’en 1983, les journaux mettent en garde contre la tentation d’appliquer la loi du Talion dans la lutte antiterroriste, aucun d’entre eux ne se prononce, dans leurs éditoriaux, sur l’affaire Jon Anza. La disparition du militant passe donc relativement inaperçue dans la presse des deux pays, ce qui contribue à la limiter au domaine des faits divers. Il existe donc, pour reprendre les termes de D. Bigo, une « dissimulation » de la nature politique de l’événement.8Aucun quotidien, d’ailleurs, ne remet cette disparition en perspective ni n’évoque la possibilité qu’Anza ait été enlevé par les forces de l’ordre ou par des hommes de main du gouvernement espagnol (hormis Libérationet El Mundo, et Le Mondeune fois que le corps a été retrouvé).
8D. BIGO et D. HERMANT, « Simulation et dissimulation. Les politiques de lutte contre le terrorisme en France », Sociologie du Travail, n°28, Paris, 1986, pp. 506-526.
9P. IDOIAGA et T. RAMÍREZ DE LA PISCINA, Al filo de la (in)comunicación…, Madrid, Fundamentos, 2002. Document reproduit en annexes.
10Le 11 mars 2004, l’organisation Al Qaida engendra la mort de 191 personnes dans une série d’attentats multiples à Madrid. Le gouvernement de droite du Parti Populaire, qui avait décidé de soutenir les USA et le Royaume-Uni dans leur guerre contre l’Irak, tenta d’attribuer la responsabilité des attentats à l’ETA pour ne pas perdre les élections du 14 mars. L. THOUVEREZ, « Manipulations informatives et révolte SMS du 11 au 14 mars 2004 en Espagne », dans Médias et pouvoirs en Europe et en Amérique du XIXesiècle à nos jours, revue Amnis, n°4, Brest, Université de Haute-Bretagne, 2004, pp. 197-214.
11Le 12 juin 2010, l’Audiencia Nacionaldétermina, au terme d’un procès d’une durée de sept ans, qu’aucun élément n’avait permis d’accréditer la thèse (policière) que le quotidien était le porte-parole de l’ETA. Les cinq dirigeants de l’entreprise furent également innocentés de toute collaboration avec l’ETA. Si l’interdiction d’Egunkariafut dénoncée par certains médias espagnols, d’autres n’hésitèrent pas à appliquer le principe de « présomption de culpabilité » à ses dirigeants jusqu’à l’issue du procès, en 2010.
La couverture de la disparition d’Anza suit les règles de comportement informatif observées par les chercheurs en Communication Antoni Batista et Petxo Idoyaga depuis l’assassinat, en 1997, du conseiller municipal Miguel Ángel Blanco par l’ETA. Désormais, un consensus total existe contre l’organisation armée et, dans une moindre mesure, contre le nationalisme basque démocratique. Cette situation a conduit les journalistes des chaînes publiques de radio et de télévision RTVE à adopter, en mai 2002, un règlement intérieur dans lequel ils s’engagent à lutter contre le terrorisme, conjointement aux institutions.9Le même principe guide les médias privés. Or le « réflexe de solidarité démocratique » entre en contradiction évidente avec la soi-disant indépendance de la presse. Le traitement informatif des attentats du 11 mars 2003 à Madrid10ou de l’interdiction du quotidien basque Egunkariapour sa collaboration supposée avec l’ETA, en février 200311, en atteste.
Il n’en demeure pas moins que, dans les années 1980, certains journaux n’hésitent pas, déjà, à banaliser ou à justifier les attentats du GAL sous prétexte qu’ils peuvent affaiblir l’ETA. « Tous les moyens sont bons en finir avec l’ETA » affirme le directeur de Diario 16, Pedro J. Ramírez, suite aux enlèvements de Lasa et Zabala. De manière plus subtile, ABCremarque qu’il n’existe pas d’autre « sale guerre » que celle de l’ETA et que le GAL était une « réponse infâme » à une forme de violence « infâme ». Par ce raisonnement, le quotidien de droite reporte la responsabilité des crimes d’État sur l’ETA. Les tribunes publiées dans les pages de ce journal ou de Diario 16abondent en ce sens et réclament le droit des démocraties à « se défendre » contre le terrorisme. Seul El País, Le Mondeet Libérationrestent fidèles à l’idée qu’un État de droit ne peut utiliser des méthodes dignes d’une organisation criminelle pour lutter contre un ennemi intérieur.
Les acteurs
Les acteurs présents dans les nouvelles correspondent généralement à l’ETA et aux autorités espagnoles. En revanche, la société civile est ignorée. Lors d’assassinat ou de disparition de membres de l’ETA, les journalistes concentrent généralement leur attention sur les victimes, et non sur les agresseurs. Hormis dans Libération, les victimes sont régulièrement disqualifiées, déshumanisées et diabolisées. Celles suspectées d’appartenir à l’ETA ne bénéficient pas de la présomption d’innocence, et cela, même si elles n’ont pas été jugées en Espagne. Tandis que Lasa et Zabala sont présentés comme de prétendus « etarras», Mikel Angel Goikoetxea est décrit comme « un criminel de plus au sein des nombreux criminels qui pullulent en France » (déclaration du chef de la Sécurité de l’État espagnol reprise dans tous les médias) et comme l’assassin de vingt-sept personnes dont une inspectrice de police - ce qui renforce, si besoin est, sa condition de criminel infâme. Dans ses mémoires, le général de la Garde Civile Enrique Galindo déclara, pourtant, en 2008, que Goikoetxea n’était pas l’auteur de ce crime.12
12E. GALINDO, Mi vida contra ETA, Madrid, Planeta, 2008.
Le député Santiago Brouard, pour sa part, est tantôt décrit comme un « négociateur » (il avait servi de médiateur entre l’ETA et les gouvernements français et espagnol en 1984), tantôt comme un « radical ». ABCn’hésite pas à affirmer que son meurtre serait le fruit d’un règlement de comptes perpétré par un secteur intransigeant de l’ETA, voire… du KGB :
« La rumeur voulant que Brouard ait connu le même sort que Pertur se propage au sein même de la gauche abertzale: on l’aurait éliminé parce qu’il pouvait jouer un rôle de médiateur et conduire à l’arrêt des activités terroristes. Ceux qui défendent la négociation sont éliminés par ceux qui contrôlent les etarraset les batasunos. » (ABC, 29.11.85)
Le même type de discours est tenu à propos de Lasa et Zabala :
« Des sources policières espagnoles d’une crédibilité absolue ont indiqué à ABCque la disparition des deux réfugiés basques membres de l’ETA-militaire n’avait rien à voir avec [la Police espagnole]. “Cela a tout l’air d’un montage visant à aviver les tensions et à justifier les desseins criminels de l’ETA. Il peut aussi s’agir d’un règlement de comptes”. » (ABC, 22.10.1983)
Alors que la plupart des journaux se contentent de reproduire les communiqués du ministère de l’Intérieur sans les remettre en cause, ABCles amplifie, quitte à perdre toute crédibilité envers son public. Cette attitude rejoint celle dénoncée par la sociologue américaine Judith Butler dans le traitement informatif de la guerre d’Irak : grâce à l’information filtrée aux
médias, les ministères de l’Intérieur et de la Défense déterminent le champ de référence du « nous » collectif et de l’autre, des pertes humaines qu’il convient de pleurer et de celles qui ne méritent aucune compassion.13Or l’on comprend que, dans le cas du conflit basque, une nouvelle définition du « nous collectif » et de l’autre permettrait certainement de débloquer la situation. Pour cela, il conviendrait de condamner les crimes et les excès de l’un et de l’autre et d’humaniser non seulement les victimes de l’ETA mais aussi celles de l’État espagnol.
1313J. BUTLER, Frames of War: When is Life Grievable?, New-York, Verso – New Left Books, 2009.
La description de Jon Anza reproduit toutefois les mêmes stratégies d’exclusion et de discrimination observées lors des attentats du GAL. Les différents scandales qui ont éclaboussé la classe politique espagnole (qu’il s’agisse de l’implication des socialistes dans les crimes du GAL ou des mensonges de la droite lors des attentats d’Al Qaida en 2004) n’ont donc pas modifié l’approche des journalistes en matière de terrorisme et de « sale guerre ». La disqualification, la spéculation gratuite et le manque d’éthique restent constants :
« En mourant de la sorte, Jon Anza a rendu un dernier service à la cause de l’ETA. Basque âgé de 47 ans, Anza passa 20 ans de sa vie en prison où il s’illustra comme un détenu des plus conflictuels. Étranger aux changements survenus au Pays basque durant deux décennies, à peine s’est-il rendu compte [à sa sortie de prison] que ni la Garde Civile, ni la Police espagnole, ne patrouillait plus dans les rues. » (El País, 14.3.2010)
Ce comportement ne s’applique plus seulement à la presse espagnole. Le suivi de l’affaire Anza par Le Monde, Le Figaroet Le Nouvel Observateurfait apparaître une évolution lexicale évidente dans la description des membres de l’ETA, tout comme des prises de position qui n’existaient pas en 1983-1984. L’article « L’énigme Jon Anza » de Serge Raffy, par exemple, contient de nombreux jugements de valeur et informations infondées :
« Jon, belle gueule à la George Clooney apprend qu’il est atteint d’un cancer du cerveau en 2008. Boulimie, irritabilité, pertes de mémoire... Il passe son temps à manger et dormir. Il se traîne dans l'appartement. Toulouse sera sa dernière mission. [Une fois là bas] il a divagué, perdu son sac de voyage, dormi n'importe où, au gré de ses errances. En quelques jours, il s'est clochardisé. Et puis les policiers municipaux l’ont ramassé, affalé sur une jardinière de fleurs du restaurant Hippopotamus. “Quand il a débarqué” à Toulouse, c'était un mort-vivant. Les toubibs des urgences l'ont pris pour un clochard” résume un policier de la PJ. » (Le Nouvel Observateur,8.4.2010)
La disqualification est d’autant plus aisée que l’ETA avait reconnu qu’Anza faisait partie de ses effectifs et que le mort n’a aucun droit de réponse.
Comme au temps du GAL, les interprétations les plus fantaisistes sont également nombreuses. Certains journalistes se faisant l’écho du ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, n’hésitent pas affirmer qu’Anza aurait pu disparaître volontairement pour s’emparer de l’argent qu’il devait remettre à l’ETA. D’autres prétendent, à l’instar d’ABC, que le militant, atteint d’un cancer, serait mort dans la clandestinité pour permettre à l’ETA d’incriminer les services secrets et de relancer sa machine de propagande guerrière en se créant un « martyr ». La mort du membre de l’ETA aurait donc été instrumentalisée pour justifier la poursuite de la violence. Or l’on s’aperçoit que ce type d’argument (« Caso Anza: once meses de instrumentalización etarra » titre ABCle 12.3.2010) est exactement le même que lors de l’assassinat du député Brouard (« A qui profite le crime ? » s’interrogeait le même journal en 1984).
Conclusions
L’attitude des journaux dans la couverture du conflit est non seulement partisane mais belliqueuse. D’une manière générale, les grands quotidiens nationaux suivent la ligne idéologique des autorités politiques et policières, lesquelles sont parfaitement conscientes que la guerre se gagne militairement mais aussi, et surtout, idéologiquement.
Les médias sont au cœur de cette bataille idéologique. Même si rien ne les oblige à prendre partie pour l’un ou pour l’autre camp, les relations d’interdépendance qu’ils entretiennent avec les pouvoirs les poussent à s’aligner sur le discours des élites politiques et à adopter un rôle de tiers dans le conflit basque. Mais, au final, la somme de tous leurs discours ne fait que retarder, voire empêcher le retour de la paix. Une sortie de conflit impliquerait, pourtant, de rétablir des voies de dialogue et de compréhension entre les différents protagonistes de la querelle et de modifier les cadres de pensée imposés aux citoyens.
La théorie du conflit tente d’offrir une alternative aux modèles de représentation des médias dominants. Mais cette démarche ne saurait être complète (si elle ne veut pas être confondue avec le travail des journalistes des médias dits « alternatifs ») sans une réflexion profonde sur les conditions de production et d’élaboration du discours, de même que sur les relations de domination qui se reflètent et se reproduisent à travers le langage. La théorie du conflit est applicable, en ce sens, à tout type de discours sur les groupes de population susceptibles d’être en situation de discrimination : jeunes, immigrés, sans papiers, femmes ou, encore, classes sociales défavorisées.
10 GALeux libres pour la Noël après 105 jours de prison
Enbata n° 1558 de décembre 1998
Ils avaient été condamnés à une dizaine d’années de prison chacun pour l’enlèvement de Segundo Marey. L’État espagnol a mis en œuvre tout un arsenal juridique pour les libérer le 24 puis définitivement le 29 décembre, après 3 mois et demi de prison. Cette décision est perçue en Pays Basque comme une véritable provocation alors que la totalité de la direction d’HB est incarcérée depuis un an.
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OUS les Espagnols sont égaux devant la loi mais certains sont plus égaux que d’autres. Madrid, mettant en œuvre un arsenal de procédures avec une célérité inusitée, a fait sortir de prison le 24 décembre durant quatre jours l’ex-ministre socialiste de l’Intérieur José Barrionuevo, l’ex-secrétaire d’Etat à la sécurité Rafael Vera, tous deux condamnés à 10 ans de prison le 29 juillet 1998, ainsi que Julian Sancristobal, directeur de la Sécurité de l’Etat, Francisco Alvarez, chef de la lutte antiterroriste (MULC), Miguel Planchuelo, préfet de police à Bilbo et le secrétaire général des socialistes biscayens, Ricardo Garcia Damborenea. Leur incarcération avait eu lieu en grande pompe le 10 septembre et c’est le 29 décembre qu’ils ont tous été définitivementlibérés par le tribunal constitutionnel. Voici le détail de cette procédure parfaitement planifiée et légale car bien entendu, l’État espagnol se pique d’un juridisme irréprochable.
Le conseil des ministres a tout d’abord suivi à la lettre la proposition de la cour suprême du 18 décembre (1) accordant une grâce partielle (peine réduite à un tiers). L’administration pénitentiaire, trois heures après la décision de l’exécutif, —bien peu de temps pour prendre connaissance des 3.500 pages du dossier…— a fait bénéficier les accusés d’un régime de liberté conditionnelle: ils passeront tous les week-end à la maison et à brève échéance, devront se rendre en prison seulement pour y dormir, dans la mesure où ils fournissent un contrat de travail.
Voici quelle est à ce moment-là la situation pénale exacte de douze GALeux, tous condamnés pour l’enlèvement de Segundo Marey à Hendaye le 4 décembre 1983 qui a été le premier attentat revendiqué par le GAL. José Barrionuevo, Rafael Vera et Julian Sancristobal, condamnés à 10 ans de prison pour séquestration et détournement de fonds publics: 105 jours plus tard, leur peine est officiellement réduite à trois ans et quatre mois de prison.
Francisco Alvarez et Miguel Planchuelo, condamnés à 9 ans et 6 mois de prison pour séquestration et détournements de fonds publics: leur peine est réduite à trois ans et deux mois. Ricardo Garcia Damborenea qui avait écopé de 7 ans de prison pour enlèvement, n’a plus à purger aujourd’hui que deux ans et quatre mois fermes. Les inspecteurs de police Julio Hierro, Francisco Saiz, José Ramon Corujo et Luis Hens avaient été condamnés à cinq ans et six mois de prison chacun pour détention illégale, ayant assuré la garde de Segundo Marey dans une maison abandonnée. Leur peine est officiellement ramenée à un an et six mois de prison; ils ont tous les quatre été déjà libérés le 26 novembre, sur décision du tribunal constitutionnel.
Enfin le commissaire de police José Amedo condamné à 9 ans et 6 mois de prison pour enlèvement et détournement de fonds publics, et l’inspecteur Michel Dominguez condamné à deux ans et quatre mois de prison pour détention illégale, ont tous deux quitté leur cellule le 29 octobre, après un mois et cinq jours de prison, un record à inscrire au Guiness dans la catégorie «réduction de peine». Pour faire bonne mesure, est annoncée la libération prochaine d’un des derniers gardes civils, Felipe Bayo, accusé avec Enrique Dorado d’avoir enlevé, torturé et assassiné les deux réfugiés Joxi Lasa et Josean Zabala en 1983 à Bayonne, sous les ordres du général Galindo.
Les deux ex-membres du gouvernement socialiste Barrionuevo et Vera ainsi que le PSOE saluent le 26 décembre «la générosité et le courage civique» des magistrats de la cour suprême. Cependant ils sont mécontents. En effet, ils n’ont pas obtenu une grâce complète mais seulement partielle et «notre innocence n’est toujours pas reconnue», indique Barrionuevo dans un communiqué. Pour le leader socialiste Josep Borrel, la société espagnole ne comprend pas que le gouvernement n’accorde pas une grâce totale à «ceux qui ont joué un rôle si important dans la lutte antiterroriste» pendant qu’une négociation est en cours en Pays Basque.
Tous les policiers —Hierro, Saiz, Corujo, Henz, etc— soutenus par leurs syndicats s’indignent également: il leur est interdit de réintégrer leurs corps de police respectifs, alors qu’ils n’ont fait qu’obéir aux ordres de leurs supérieurs hiérarchiques dans l’enlèvement de Segundo Marey. Finalement, point d’orgue de ce marathon juridique, le 29 décembre le tribunal constitutionnel libère tous les GALeux en suspendant l’exécution de leur peine au nom de «l’intérêt général».
L’administration pénitentiaire a justifié sa décision de grâce par le fait qu’«une très longue période s’est écoulée depuis l’époque des faits» en 1983. Quant au porte-parole du gouvernement Josep Piqué, il se retranche derrière le secret qui entoure les décisions du conseil des ministres, tout en précisant que ce dernier s’est efforcé de traiter les questions avec une «grande hauteur de vue» et dans le «respect de l’Etat de droit et du pouvoir judiciaire». Comme dirait Chirac: «Ne rions pas».
La décision de grâce éminemment politique, voire théocratique —puisque c’est son origine— et donc fondamentalement arbitraire, a suscité un tollé en Pays Basque. Tout d’abord parce que Barrionuevo et Vera ont d’autres dossiers judiciaires en cours. Le premier est impliqué dans la falsification des preuves entourant le meurtre de Lutxi Urigoitia par la garde civile le 22 juillet 1987, ainsi que dans une autre affaire de détournement de fonds publics. Le second est mis en examen dans cinq dossiers sur les onze actuellement ouverts sur le GAL. Ensuite, parce que chacun sait que depuis un an, tous les membres de la direction du parti politique Herri Batasuna, ont été condamnés à sept ans de prison pour la
diffusion d’une vidéo présentant l’Alternative démocratique d’ETA. Pour eux, pas de mesure de grâce, ni totale ni partielle, pas de réduction de peine ni de liberté conditionnelle, ni même de sortie de Noël. Le plus ancien prisonnier politique basque Mitxel Sarasketa a été libéré pour raisons médicales, le 21 décembre après plus de 20 ans de prison et le juge Garzón exige le versement de 300 millions de pesetas de caution (1 milliard deux cents millions de centimes) pour la levée d’écrou de cinq administrateurs de sociétés éditrices du quotidien Egin et de sa radio, fermés le 15 juillet dernier. Les mystères de l’Etat de droit espagnol en Pays Basque sont insondables.
HB qui ne se fait plus d’illusions sur l’équité espagnole qualifie la libération des dix GALeux de «honteuse et inacceptable». Pour Elkarri, dans ce pays la loi «fonctionne à deux vitesses, en fonction du type de délit mais aussi en fonction de l’auteur du délit». Le leader d’IU Julio Anguita a rappelé que pour obtenir une mesure de grâce, il convient au préalable de demander pardon, ce qui n’est le cas ni de Vera ni de Barrionuevo. EA s’insurge également contre la décision madrilène et l’archevêque d’Iruñea Fernando Sebastián «ne comprend pas comment tout cela est compatible avec l’égalité de tous devant la loi». Sur le registre de l’humour noir, le porte-parole PNV au parlement Iñaki Anasagasti déclare: «Il ne reste plus au gouvernement qu’à indiquer le jour où seront décorés Barrionuevo et Vera. (…) Le sentiment d’impuissance et d’injustice que ressentent les nationalistes basques nourrit chaque jour un peu plus notre séparatisme».
(1) Dans ses attendus, la cour suprême a justifié sa décision en disant: «A la différence des auteurs habituels d’actes délictuels, [ceux qui ont enlevé Segundo Marey] n’ont pas agi à des fins personnelles ou dans un intérêt égoïste»
GAL
Les aveux
détaillés
des policiers Amedo
et Dominguez
Document diffusé par Euskal Batasuna
14 rue des Cordeliers 64100 Baiona
Tél : 59.59.82.52. Fax : 59.59.74.67
Traduit du quotidien El Mundo
Hebdomadaire Enbata n° 1360 du 19 janvier 1995
G |
AL : 26 morts en Pays Basque Nord dont 8 de citoyenneté française, de 1983 à 1987, dans une guerre sale qui commence en avril 1975 avec ses barbouzes et ses polices parallèles recrutées et financées par le pouvoir espagnol : Guerrilleros del Christo Rey, Alianza Apostolica Anticomunista (AAA), Batallon Vasco Espagnol (BVE). Le tout dans le silence assourdissant des notables locaux qui renvoient «des règlements de compte entre bandes armées». Avec les «escadrons de la mort» envoyés par Felipe Gonzalez, un chapitre dramatique et très vite oublié de l’histoire politique de ce pays s’est pourtant écrit, d’Hendaye à Mauléon, celui d’un terrorisme d’Etat dans l’Europe des démocraties. Aujourd’hui, le GAL revient sur le devant de la scène et déclenche une tempête politique qui fait trembler le Premier ministre socialiste espagnol… et sa peseta. Hier, nous avons diffusé les aveux des commissaires-adjoints Amedo et Dominguez —instigateurs du GAL et condamnés à 108 ans de prison en septembre 1991— extraits du dossier d’instruction et publiés par le quotidien Egin. Suite à ces déclarations, quatre de leurs supérieurs hiérarchiques, tous hauts fonctionnaires, ont été récemment incarcérés. Aujourd’hui, voici traduits l’essentiel des interviews que les deux policiers ont accordées au quotidien El Mundo. Ils persistent et signent leurs accusations qui impliquent dans le GAL policiers et militaires français. Les loups se mangent entre eux. Nous ne sommes qu’au début d’une affaire d’Etat d’une ampleur exceptionnelle.
Euskal Batasuna,
Le 16 janvier 1995
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OSE Amedo : « Je me suis tu jusqu’à présent parce que dans cette affaire, l’Etat était en cause et je pensais que si je parlais, cela pouvait nuire au pays. Lorsque le GAL survint et que je me vis impliqué dans cette affaire, il n’y avait aucun autre scandale politique. Durant les années où nous étions en prison, les procès pour corruption ont surgi, des scandales très graves se sont succédé. Tout cela nous fit réfléchir (1). Après mûre réflexion, je pris la décision de collaborer avec la justice dans l’intention, en quelque sorte, d’aérer le pays. En prison, nous suivions tout par la presse, la radio, les débats. Lorsque nous avons été incarcérés, tout ce qui s’est passé par la suite était inimaginable. En outre, d’une certaine façon, j’étais moi-même convaincu que vous ignoriez tous les stratagèmes —et que vous les ignorez toujours— toutes les questions, les rumeurs qu’il y avait derrière tout cela. On s’est rendu compte par la suite de beaucoup de choses.
Je pensais au début que si tout cela éclatait au grand jour, ETA pouvait en tirer profit. Je pensais qu’ETA pouvait ainsi justifier son action. I était question de négociations avec ETA, qu’ETA allait disparaître et je croyais que mes déclarations pouvaient être nuisibles. Je pensais alors que la position convenable était de de se taire, de ne pas chercher à se défendre, un point c’est tout. Il est possible que ce fut une erreur…».
Michel Dominguez l’interrompt : «Non, je te le dis, bon… si à la fin, je sors acquitté ou avec une peine qui prend en compte le temps que j’ai passé en prison et quatre bêtises en plus… et si ça tourne mal, je serai gracié immédiatement. En outre, comme nous étions déjà mouillés… on nous disait en plus que cela ne nous servirait à rien de salir la réputation de quelqu’un, si nous-mêmes nous ne nous en sortions pas. Bon, alors on va en baver avec cette histoire… Jusqu’au jour où on s’est aperçu que tout cela a été une farce, qu’ils nous ont attrapés et qu’ils nous ont sacrifiés, toute honte bue».
Amedo reprend son monologue : «Nous avons agi en toute bonne foi, mais des éléments nouveaux sont survenus. Par exemple, l’affaire Roldan, qui aurait pu l’imaginer? Une affaire comme celle-là concerne tout un chacun, et pour moi, c’est une histoire de canailles. En apprenant la nouvelle, je me suis demandé comment ce type pouvait se rendre aux funérailles des gardes civils? Que pensait-il? Ressentait-il quelque chose ou était-il en train de se demander la façon dont il allait bien pouvoir continuer à se remplir les poches?
Ensuite, de nouvelles questions ont surgi, nous avons fini par sortir de prison avec la semi-liberté et nous avons vu le tableau car, c’est évident, la conscience n’est plus la même après six ans de prison. Je me suis rendu compte que notre pays était corrompu et je me suis dit : je couvre une partie de la corruption et je ne veux pas figurer dans l’histoire pour ça.
Tout cela, pour moi… je le vois dans la rue, aux gens, aux ouvriers, aux chauffeurs de taxi, tout le monde est révolté par ces individus. Nous-mêmes nous le remarquons. Je suis sensible à tout cela et je me dis : je peux continuer à dénouer cette histoire et à aérer le pays.
Je me souviens du jour où j’ai entendu à la radio les déclarations que fit Roldan au quotidien El Mundo à qui il assura que lui, on n’allait pas le tromper comme à moi. J’ai dit à Michel : regarde ce salopard ! J’étais furieux, je pensais que derrière tout cela, il devait y avoir Julian Sancristobal.
«Le GAL, une machination du gouvernement»
Je l’ai dit dès le début. Roldan était en permanence avec Julian. Ils se parlaient toujours, ils étaient très amis. J’ai pensé que Julian devait être dessous. Il y a peu de temps, cette année, j’ai rencontré Julian qui m’a expliqué comment on l’accusait d’avoir monté tout cela. Et Julian m’a dit : un jour, Roldan apparaîtra et fera un esclandre… Maintenant… Julian est très malin et tordu. Et quand éclata cette affaire, il dit : ils ne me tromperont pas comme Amedo. Et il le dit parce qu’ils me trompaient en permanence.
Quand je découvris dans quelle situation ils m’avaient mis, je réalisai que le GAL était une machination du gouvernement. Ce fut le Gouvernement qui organisa le GAL. Je ne dirai pas que la PSOE en tant que tel était aussi derrière cette affaire, mais je me rends compte qu’il y avait beaucoup de gens du PSOE qui étaient au courant. Cela est certain évidemment. Je pense que beaucoup de gens étaient au courant de tout cela. Ce qui est évident pour Michel et moi, c’est que tout ce que nous avons fait en rapport avec le GAL, quelle que fut notre activité dans cette affaire, ce fut en suivant les instructions de nos supérieurs. Nous n’avons pas fait un pas sans que ce soit un ordre. Cela tout le monde le sait, parce que dans la police, on ne peut pas agir sans obéir aux ordres.
Nous sommes des repentis, nous nous repentons de ce que nous avons fait, bien que nous ne sous sentions pas responsables de toutes les choses dont nous avons été accusés. La preuve de notre repentir, c’est que nous nous mettons à le a disposition de la justice pour que le vérité éclate. Si c’est trop tard ou pas… nous avons déjà expliqué pourquoi nous nous sommes tus pendant tout ce temps . Maintenant, le moment est venu que l’on sache toute la vérité.
Je me suis trouvé impliqué dans l’affaire du GAL sans m’en rendre compte. J’étais en poste à Bilbao depuis longtemps et déjà depuis 1975 je suivais le dossier ETA. J’avais l’habitude d’aller souvent en France, en particulier les week-ends. Je me souviens que vers 1980, je fis la connaissance d’une femme qui vivait là-bas depuis quelque temps et qui était au courant des déplacements des membres de l’organisation terroriste ETA. Elle s’est proposée de collaborer en vue de m’informer des mouvements qu’elle remarquait. J’en ai informé Miguel Planchuelo qui, à cette époque, était chef de la brigade d’information et il me répondait que cela lui paraissait correct ».
La seconde démarche importante que fit José Amedo dans son travail de recherche d’indicateurs dans l’entourage d’ETA en France, fut de se lier avec un ancien membre d e l’organisation : «Il avait un local dans la rue Pannecau à Bayonne. C’était le frère d’un dirigeant historique d e l’organisation».
«J’ai réussi à me faire passer pour un industriel basque à qui on avait réclamé l’impôt révolutionnaire. J’ai eu des entrevues avec eux plusieurs fois. Je me souviens que quelques contacts eurent lieu au bar restaurant Le Madrid de Saint-Jean-de-Luz. A nouveau, j’ai pris quelques risques. En réalité, on essayait de collecter des informations sur le fonctionnement de l’organisation, là-bas. A moi, cela me servait d’un point de vue professionnel, parce qu’il n’y avait aucun autre policier qui ait le courage d’aller là-bas et de faire cela ».
Le 16 juin 1982, se produisit quelque chose qui, avec le recul, devint d’une importance capitale dans l’affaire du GAL. Pepe Amedo se rappelle : »Le championnat du monde de foot-ball avait lieu en Esapagne. Ce jour-là à San Mames, se jouait France-Angleterre. Le matin, vinrent à Bilbao plusieurs policiers français, cinq ou six, je crois. Ils se présentèrent à la Direction supérieure de police à Bilbao et nous demandèrent de leur accorder des billets d’entrée. Ils venaient sans billets d’entrée et la Direction de la police leur en donna.
Après le match, nous sommes allés prendre un verre et je me suis lié d’amitié avec l’un des policiers français, son nom est primordial dans toute cette histoire : il s’appelait Guy Metge. Je lui expliquai que j’allais souvent en France… Lui, il travaillait comme commissaire à la Police de l’Air et des frontières (PAF), il se déplaçait entre Hendaye et saint-Jean-de-Luz. Il dépendait de Joël Cathala qui maintenant est sur le point d’être révoqué. Il me dit de na pas hésiter à lui rendre visite lorsque j’irai en France».
Le commissaire Guy Metge et José Amedo entrèrent ainsi en relation. «Je pensais que cela me servirait lorsqu’i y aurait des arrestations de l’autre côté, pour qu’il me transmette les déclarations de membres de l’ETA qui étaient arrêtés, car il était très difficile de les obtenir, il n’y avait pas de collaboration entre la France et l’Espagne à cette époque. Si je réussissais à avoir un contact, j’aurais accès clandestinement à cette information, ce qui était très important.
J’en informais Planchuelo mon supérieur hiérarchique
En même temps qu’il améliorait ses relations avec le commissaire Metge, un autre ami l’avait présenté à un industriel «très connu de l’autre côté en Pays Basque français. C’était un homme qui possédait beaucoup d’argent et qui, sans être favorable à ETA, était un sympathisant basque, il employait des membres d’ETA. C’était un ami de Txomin et de Mugika Arregi».
Le policier, très soucieux de collecter des renseignements, pensa que son collègue Metge serait peut-être intéressé par une rencontre avec cet industriel : «Je les ai présentés tous deux lors d’un repas et nous avons commencé à entretenir de nombreuses relations. Nous nous réunissions fréquemment. Et bien sûr, chaque fois, j’en informais mon supérieur hiérarchique Miguel Planchuelo, chef de la brigade d’information. Et lui me disait qu’il n’y avait aucun autre fonctionnaire qui avait l’audace d’agir ainsi et que cela était très important. Il est vrai que je faisais tout cela très facilement».
Le récit d’Amedo arrive à l’année 1983. «Les socialistes sont maintenant au pouvoir. Je faisais tout ce travail d’information de manière professionnelle, sans penser à autre chose. Alors un jour, Planchuelo me dit : écoute, pourquoi ne fais-tu pas connaître ces gens-là ? Je le présente dons à cet industriel lors d’un diner. Il avait beaucoup d’argent et une collection de voitures. L’une était ancienne et immatriculée en France et il nous pria de faire le nécessaire pour l’immatriculer en Espagne. Il nous fit cadeau de quelques boîtes de foie gras».
Planchuelo avait fait un premier pas en avant. Le suivant fut franchi par Francisco Alvarez, chef supérieur de la police de Bilbao depuis le 29 décembre 1982.
Des billets dans des enveloppes
«Ensuite, Planchuelo me dit qu’il organiserait une réunion à Bilbao avec mon collègue Guy Metge. Je l’invitai donc à déjeuner. Paco Alvarez allait aussi être présent. Metge ne fit aucune objection. Alvarez et Planchuelo l’accueillirent. Après manger, nous montâmes au bureau de Panchuelo à la Direction supérieure de la police. Une fois là-bas, je pris congé et les attendis au bar d’en face. Au bout d’une heure, Metge revint très content, il me proposa de continuer à aller le voir en France».
Les choses avaient changé. Après l’entrevue Alvarez/Planchuelo/Metge, Amedo commence à recevoir de nouvelles instructions qui le surprennent. Avant certains de ses voyages en France pour voir son collègue, Alvarez ou Planchuelo, ou bien les deux ensemble, lui donnent de l’argent qu’il doit remettre à Guy Matge. Il propose que son ami demande de l’argent en échange de sa collaboration ; avec l’appui des principaux responsables policiers de Bilbao et avec de l’argent, Matge va collaborer avec plus d’enthousiasme.
La remise des sommes se fait avec des billets dans des enveloppes qu’il reçoit fermées. Par la suite, Metge introduisit un nouveau système de paiement. Il dit à Amedo que pour éviter les déplacements, il serait plus pratique qu’on lui fasse des virements bancaires. Il lui communiqué alors le nom d’une banque et le numéro de compte correspondant. «Je lui faisais les versements dans un bureau d’Irun. Je me souviens d’un détail. Metge était passionné de Football et il était supporter et membre de la real Sociedad. Il me confia qu’une fois, il s’était déplacé jusqu’au Portugal pour voir un match de la Real, je ne me souviens plus si c’était à Lisbonne ou à Porto».
Metge fait un jour une nouvelle proposition à Amedo : «Il m’invita à une fête. J’interrogeais Alvarez et Planchuelo pour savoir si je devais y aller. Ils me répondirent que oui. J’allais donc à Bayonne et au milieu de l’après-midi ; l m’emmena au château de la Légion étrangère. On y célébrait la fête annuelle et il y avait une foule de gens. Metge s’y trouvait en compagnie d’un grand nombre de policiers. Il me présenta à beaucoup de gens, entre autres à Gérard Manzanal. (NDLR : Gérard Manzanal Pan était le chef de recrutement de la Légion étrangère. Né dans la localité de Garbajosa de Alba, proche de Salamanque, in entra dans la Légion française la 6 août 1967. Sa carrière professionnelle est brillante et il a été décoré, entre autres, de la médaille d’Outre-Mer et de la Défense nationale de l’Arméefrançaise. Le 1er mars 1987, il fut arrêté et interrogé par la Police judiciaire de Bayonne en relation avec une affaire du GAL. Manzanal déclara qu’Amedo était venu le voir pour lui demander des adresses de membres d’ETA, en échange de beaucoup d’argent. Il dit textuellement qu’Amedo «lui avait dit qu’il était du GAL et lui fit un petit discours pour le convaincre». Après un séjour en prison, il fut remis en liberté(.
Enorme fête de la Légion étrangère
La fête de la Légion étrangère, selon Amedo, fut énorme. «Tous buvaient comme des trous. Ils picolaient énormément. Je ne me souviens pas s’il y avait des canapés, je crois que oui. Mais tous… glug-glug-glug, ils picolaient. Certains étaient en uniforme. Vers 11 heures du soir, Metge me dit que nous devions foutre le camp pour aller prendre un verre ailleurs».
Amedo monta dans une voiture avec Metge et d’autres policiers. Le véhicule s’arrêta devant l’entrée du commissariat de Bayonne et «un des Français appela de vive voix un certain Jacques. Jacques! Jacques! Jacques se pencha à la fenêtre, répondit à l’appel et descendit. Il monta dand la voiture et nous nous rendîmes dans un bar de leurs amis, au Petit-Bayonne, prés de la rue Pannecau. Il y avait des légionnaires, beaucoup de gens, tous bourrés. Ils discutaient beaucoup. Les uns étaient gaullistes, les autres pas. Qu’est-ce qu’ils se disputaient ! L’un d’entre eux ôta son pantalon et ils voulaient le jeter à l’eau. Dans tout ce bazar, je poursuivais mon but en récoltant des renseignements».
Si l’on en croit le récit d’Amedo, la nuit fut mouvementée. Ils allaient de bar en bar. Au cours d’un de ces arrêts, Amedo put échanger quelques phrases avec le policier Jacques. Il lui demanda son nom : «Castets, Jacques Castets». (NDLR : Castets était un inspecteur de police français, ami de Gérard Manzanal, sonemploi lui permettait de connaître en détail les domiciles des membres d’ETA et des réfugiés en Pays Basque, leurs mouvements et leurs liens au sein d’une colonie dont la spécificité, avec la clandestinité rendait complexes les relations entre ses membres. Son nom apparaît dans plusieurs instructions judicaires, mais la justice française ne parvint jamais à l’interroger).
La valise contenant un million de francs
Castets disparut dans la foule près une conversation intéressante. Metge et ses hommes conduisirent Amedo dans un autre local. Le rythme semblait être frénétique. Les évènements se déroulèrent de façon satisfaisante pour Amedo qui élargissait ses contacts. «De temps en temps, j’appelais Palnchuelo et le mettais au courant de tout. Il manifestait un grand intérêt pour mon travail réalisé cette nuit-là et me dit de continuer le temps nécessaire. A la fin, ils m’emmenèrent dans un bar sur une route. Nous avons pris plusieurs verres et un de leur amis est arrivé, ils me le présentèrent. Il s’appelait Pedro Sanchez».
(NDLR: Pedro Sanchez, un homme-clef dans l’affaire du GAL. Ex-légionnaire, originaire de Santander, naturalisé français, résidant à Biarritz, extrémiste de droite convaincu, comme son ami Manzanal, ex-membre du SAC. Il fut arrêté le 4 décembre 1984 au cour de l’enlèvement de Segundo Marey par un commando du GAL. La police fit ne perquisition à son domicile, 29 rue de Mazagran à Biarritz et saisit 43 photos de membres d’ETA provenant de dossiers policiers. En outre, il portait sur lui le numéro de téléphone direct du bureau d’Amedo à la Direction supérieure de la police de Bilbao. Il alla en prison. Après une brève période de liberté conditionnelle, il fut réincarcéré jusqu’en 1986. Le 27 août de cette même année, les juges français lui accordèrent de nouveau la liberté, cette fois à cause de son état de santé extrêmement précaire. Le 7 octobre, il mourut à Bordeaux. Avec lui disparaissait une des personnes-clef dans le réseau initiale du GAL, en particulier en ce qui concerne le recrutement des mercenaires pour la formation des commandos).
Entre deux vers, Amedo téléphona de nouveau à Planchuelo depuis le bar de la route. Il décrivit au chef le profil de ses indicateurs. Planchuelo chargea son subordonné d’organiser un rendez-vous à Bibao avec eux. Comme il s’agissait d’une rencontre entre plusieurs personnes, Amedo choisit la prudence et, au lieu de le faire cette nuit-là, il resta avec Metge quelques jours de plus et ils organisèrent alors la rencontre avec leurs chefs à Bilbao.
Avant ce nouveau rendez-vous avec Metge, Amedo fit une réunion très importante. «Planchuelo me convoqua à une réunion en compagnie de Sancristobal et Alvarez. Sancristobal arriva avec une mallette qui contenant un million de francs. Il l’avait porté de Madrid. Un million de francs ! Environ 20 millions de pesetas. C’est la première fois que je voyais tant de blé, en billets de 500. La mallette, ils se la passaient de l’un à l’autre. Il semblait qu’ils prenaient plaisir à la prendre dans leurs mains. Ils me donnèrent 500.000 francs en billets pour que je les porte à Metge. Je me rappelle que je suis allé chez lui avec l’argent dans la mallette et quand je suis arrivé, il était en train de donner le biberon à un de ses enfants nouveau-né. Je lui remis l’argent et lui dis que nous en reparlerions».
Nous sommes maintenant le mercredi 21 septembre 1983. José Amedo a une entrevue avec le commissaire Guy Metge au bar Le Royalty de Biarritz. Ils fixent une réunion à Bilbao pour le lundi 25, à laquelle devaient assister, d’une part, Guy Metge et Pedro Sanchez, et d’autre part, Amedo et Miguel Planchuelo.
Rendez-vous à l’hôtel de Londres
«Je revenais à Bilbao. Julian Sancristobal, Paco Alvarez et Miguel Planchuelo m’attendaient ensemble pour dîner. J’allais dans une Ford Escort de couleur blanche, je crois. Au beau milieu de l’autoroute, j’ai crevé et j’ai percuté les rails de sécurité. Lorsque le voiture a dérapé, je me suis évanoui».
C’est le fameux accident d’Amedo. La Erzaintza intervint. On sait qu’elle fit un constat sur lequel il était indiqué qu’Amedo était accompagné d’un ami, J. C. Ce qui n’est mentionné nulle part, c’est que la police autonome basque garda quelques documents que transportait Amedo. «On a dit que je transportais une mallette remplis de documents relatifs au GAL. Non, ce n’est pas vrai. Je transportais une mallette avec une série de photos que j’avis montrées à Metge et à ses collaborateurs. Il est faux que je transportais un organigramme. Je ne connaissais pas alors le problème. L’affaire Gal était en train de se monter, mais l’en ignorais les tenants et les aboutissants ».
Du lieu de l’accident, à proximité d’Eibar, José Amedo fut transporté à l’hôpital de Basurto à Bilbao. Sancristobal, Alvarez et Panchuelo ne comprenaient pas le retard. «Depuis l’ambulance, le collègue qui l’accompagnait dans ce voyage, communiqua par radio ce qui s’était passé. Alors, tous trois arrivèrent à Basurto. J’étais complètement groggy. Je pouvais à peine parler, j’étais sous perfusion et eux, Sancristobal Alvarez et Planchuelo le demandaient où et quand avaient lieu le rendez-vous avec ces gens. Je leur dis que c’était le lundi 25, que viendrait seulement Pedro Sanchez et que, finalement, ce serait dans un hôtel de Saint Sébastien, l’Hôtel de Londres. Alors que j’étais là-bas complètement KO, ils me dirent que comme ils ne connaissaient pas Pedro Sanchez, je n’avais pas le choix, je devais être aussi eu rendez-vous le 25. Merde alors! Ils me dirent que s’il le fallait, ils me transporteraient en ambulance. En ambulance au rendez-vous! C’était au petit jour, je ne pouvais bouger, presque paralysé —on a dû m’opérer en prison des cervicales— et eux me parlaient de rendez-vous! Le jour suivant, je demandais quand on me laisserait partir, ils me répondirent que j’en avais pour un moment. Les trapèzes me faisaient mal, j’avais la tête remplie de morceaux de verre, des blessures dans le dos. Je leur dis à l’hôpital que je devais partir le jour suivant, samedi, et ils me dirent d’accord, à condition que j’en assume l’entière responsabilité».
Et il partit. Avec une minerve au cou. «Je devais prendre cinq antalgiques pour pouvoir tenir, car j’avais mal au cou. Je vais me doucher à la maison et me repose le samedi et le dimanche. Lundi, Planchuelo arrive et je lui dis que je ne peux pas sortir de chez moi. Ils durent me doucher car je ne pouvais plus bouger. Planchuelo n’était pas d’accord, il me dit qu’il allait me porter couché dans la voiture. Ainsi fut fait. Il me coucha, je continuai à prendre des antalgiques, les trapèzes me faisaient horriblement mal. Nous sommes allés jusqu’à l’Hôtel de Londres. Là-bas, se trouvait Pedro Sanchez avec deux autres types. Nous sommes allés dans un bistrot sur le Mont Igueldo».
Une mallette pleine de photos de gens d’ETA
Amedo décrit un endroit qui correspond au bar El Pinar à Igueldo. «Un lieu qui a de bonnes tables en bois. Il n’y avait personne. Ils se sont assis et l’un d’eux sortit une mallette pleine de photos de gens d’ETA. On y reconnaissait Txomin, Txikierdi, ils étaient tous là. Je pensais que c’étaient des policiers, ils avaient un tas de photos de couillons. Ils me laissèrent couché dans la voiture. Quand ils eurent terminé, Planchuelo et moi sommes retournés à Bilbao».
Amedo mit plusieurs jours avant de pouvoir reprendre du service. Toujours un peu affaibli, il recommença son travail d’information, «mais je suis resté encore longtemps avec la minerve au cou».
Le mois d’octobre 1983 était déjà entamé. Trente et un jours pendant lesquels se produisirent beaucoup de choses. Le 5, l’organisation ETA politico-militaire VIIIe assemblée, enleva à Bilbao le capitaine Alberto Martin Barrios, action qui sera la dernière pour cette branche d’ETA, avant d’abandonner les armes et d’accepter la réinsertion offerte par le gouvernement. Le jour suivant, les auteurs du rapt firent un communiqué dans lequel, en échange de la vie de la personne enlevée, ils exigeaient la libération de membres d’ETA emprisonnés, suite à l’assaut de la caserne de Berga en 1980. Le 7 octobre, la condition pour libérer Martin Barrios était la lecture à la télévision espagnole d’un long communiqué sur le jugement de ces membres d’ETA. Le texte devait être lu intégralement au journal télévisé de la mi-journée et du sir, le samedi 8. Le gouvernement refusa. On vécut des journées de tension politique énorme. Trois jours plus tard, la même exigence et le même refus se répétèrent. Le jeudi 13, ETA lança un ultimatum, si dans un délai de 36 heures, le communiqué n’est pas lu à la télévision, Martin Barrios sera exécuté. La contre-proposition fut d’accepter de lire le communiqué, une fois le séquestré libéré.
Metge indique où habite Mugika Arregi
A la même époque, Francisco Alvarez et iguel Planchuelo demandèrent un service à Amedo. Ce dernier devait s’adresser à Guy Metge pour qu’il lui indique la maison du membre d’ETA José Antonio Mugika Arregi. « C’est ce je fis alors que je portais toujours ma minerve au cou. Je rencontrais Matge et il m’indiqua la maison. C’était un pavillon. Nous nous trouvions sur le versant d’une colline. D’une certaine hauteur, i=on apercevait le chalet. Il y avait des chiens à l’entrée. Je pris note de tout et en informai Alvarez et Planchuelo, lesquels montrèrent un intérêt démesuré pour l’affaire. Quelques jours plus tard, je devais me rendre de nouveau au même endroit pour le montrer à un autre collègue, toujours suivant les ordres de Alvarez et Planchuelo».
Le samedi 16 octobre, les jeunes José Lasa et Iñaki Zabala, membres présumés d’ETA, furent enlevés et aujourd’hui, on est sans nouvelle d’eux. Des mercenaires du GAL affirmèrent qu’ils les avaient séquestrés, interrogés et assassinés. Ils attribuèrent même la paternité de l’opération à un commando dirigé par Pedro Sanchez. Cependant, jamais le GAL ne revendiqua officiellement cette opération. Lasa et Zabala furent les premiers «disparus» de la, démocratie espagnole. Viendra ensuite El nani.
«Avec l’information sur la maison de Mugika Arregi que je communiquai à Alvarez et Planchuelo, fut organisé l’enlèvement d’un membre d’ETA qui s’appelait José Maria Larretxea».
L’enlèvement de Larretxea
En effet, le mardi 18 octobre, Martin Barrios était encore séquestré et en vie. Alvarez organisa un commando constitué de quatre personnes : l’inspecteur Gutierrez Argüelles, le capitaine des GEO (NDLR : l’équivalent français du GIGN), Francisco Javier Lopez et les sergents appartenant aussi aux GEO, Sebastian Soto et José Maria Rubio. Larretxea avait déjeuné chez Mugika Arregi. Après manger, il sortit du chalet, mit un casque intégral de couleur rouge sur la tête et enfourcha une moto prêtée par Mugika pour se rendre à un rendez-vous au café Le Victor Hugo de Bayonne.
Larretxea ne s’aperçut pas que deux voitures le suivaient. Soudain, la voiture qui circulait devant, fonça vers la moto. Larretxea tomba et fut blessé. Au moment même où deux des occupants de la voiture descendaient afin de kidnapper le membre d’ETA —leur intention étant de l’échanger ensuite avec le capitaine Barrios— des gendarmes qui étaient témoins des faits arrêtèrent les quatre policiers espagnols et les mirent en prison.
Cette affaire déclencha un conflit politique important. Le ministre de l’Intérieur José Barrionuevo se contenta de déclarer: «Il s’agissait simplement d’une opération humanitaire destinée à sauver la vie de Martin Barrios. Ils voulaient parler avec Larretxea, mais un accident imprévu s’est produit ».
La responsabilité de l’opération fut assumée publiquement par Francisco Alvarez, pendant que Rafael del Rio, lors directeur général de la police, se rendit à Paris pour tenter d’apaiser le plus possible l’indignation des autorités françaises.
Cette même nuit du 18, la direction d’ETA politico-militaire transmit des ordres à son commando. Le mercredi matin à 8 heures, le cadavre de Martin Barrios fut découvert dans une montagne proche de Galdakao, les mains attachées, une balle dans la nuque.
Ricardo Garcia Damborrenea, alors secrétaire général des socialistes biscayens, fit des déclarations très dures à la presse : «La police espagnole devrait avoir le droit de patrouiller en France, avec armes et bagages».
Amedo se souvient de ce qui se passait à l’époque de façon précise : «Tout le monde se souvient de la détention de ces quatre policiers, mais presque personne ne sait que déjà, quelques jours plus tôt, ils avaient été détenus en France. Sancristobal avait réussi à les libérer sans faire de vagues. Ceci demeura secret. Quand Sancristobal fut informé que quatre policiers étaient détenus en France, il appela Barrionuevo et à eux deux, ils ont réussi, en discutant avec Paris, que l’affaire ne presse une dimension énorme. On les avait chopés avant le début d’une opération et les négociations au plus haut niveau évitèrent que cela se sache. Ils m’envoyèrent à la frontière attendre que les quatre policiers reviennent. Ensuite, ils montèrent l’opération de Larretxea et là, ils ne purent éviter le scandale. Ceci, alors que la première fois, ils avaient été attrapés avec des pistolets et plein de choses.
50.000 F donnés par Sancristobal à Pedro Sanchez
A cette époque, il se peut même que ce soit en novembre, un jour, Planchuelo m’appela dans son bureau. Il était avec Alvarez, ils me dirent que Pedro Sanchez leur avait téléphoné et pour éviter qu’il y ait des soupçons, carl’appel devait passer par le standard, ils lui avaient donné le numéro direct de mon bureau, je crois que c’était le 4.31.00.01. Sanchez, à son tour, avait laissé un téléphone de contact en France. Mes deux chefs m’ont demandé d’organiser un rendez-vous à Bilbao avec Sanchez. C’est ce que j’ai fait. Il vint au bureau de Planchuelo et il resta avec les deux. Je me suis absenté. Lorsqu’ils eurent terminé, ils m’ont dit de l’emmener dîner et de le distraire».
A partir de ce moment, Amedo se confie davantage à Sanchez. « Il commença à me raconter sa vie, qu’il avait été dans la Légion étrangère, plein d’histoires, beaucoup de bêtises. Peu après, Planchuelo organisa un autre rendez-vous, avec Sanchez, cette fois dans un Restop de l’autoroute Bilbao-Behobia, près d’Irun. Ils parlèrent tous les deux dans la voiture, tandis que l’attendais dehors. Il faisait très froid et je me souviens avoir rencontré pendant que j’attendais, un ami journaliste de Bilbao qui se rendait en France.
Deux jours plus tard, ils donnèrent l’ordre à Sanchez de se rendre à Bilbao. Je devais organiser un repas dans une salle privée de l’hôtel Ercilla. Je suis resté un moment au début et ensuite, je suis parti, ils parlaient de faire des choses en France. L’entrevoyais des trucs bizarres, sans avoir une idée précise sur le sujet. Au cours de ce voyage, Sanchez resta dormir chez moi.
Bon, un type qui travaille avec nous, c’est d’accord. Le lendemain, on les voit tous les deux, une nouvelle fois. Alvarez et Planchuelo et, devant moi, ils lui remettent 50.000 francs français en billets de 500 francs. Ce qui représentait au moins un million de pesetas. Cet argent, c’est Sancritobal qui l’avait amené de Madrid, c’était une partie de la mallette d’un million de francs. Cela semblait un acompte pour quelque chose qui allait se faire».
Amedo prenait conscience que quelque chose d’important se tramait. «Je commençais à y voir plus clair dans cette affaire. Les faits se succédaient. Tout cela est la preuve de la toute puissance de ces gens, juste après l’arrivée des socialistes au pouvoir, quand on pense que dans cette affaire, ils agissaient avec l’immense pouvoir de tris paires de couilles… parce qu’emmener Pedro Sanchez da leurs bureaux officiels, allons donc… ».
Sanchez veut 20 millions
Les évènements se précipitèrent rapidement. «A cette période, se produisit des faits qui me firent prendre conscience qu’il se préparait quelque chose de grave. Planchuelo, Alvarez et Julian Sancristobal aussi m’appelèrent et me dirent qu’il fallait enlever en France ce Mikel Lujua Gorostiola. Je crois qu’à cette époque, il était chargé des finances [de ETA]. C’est alors que j’ai commencé à comprendre tout le processus. Mais tout ce que je faisais, les contacts, ceci, cela… là je n’en sais rien. Eux mettaient au oint tous mes contacts en fonction de projets qu’ils avaient déjà probablement organisés.
Et nous arrivons au dimanche 4 septembre. Au milieu de la matinée, Alvarez et Planchuelo m’appellent et m’envoient à Irun. Ils me disent d’aller là-bas pour voir Pedro Sanchez. Je ne me souviens pas du lieu de rendez-vous. J’y vais et je le rencontre. Il me dit qu’ils vont tout faire et moi, je ne comprenais pas de quoi il voulait parler. Mais il ajoute que sur les dix millions convenus… non, il lui en faut vingt. Je lui dis que je ne savais pas de quelle sornette il me parlait. Nous nous rendons dans une cabine téléphonique et je lui dis d’appeler Planchuelo. Il me répond que je le fasse moi-même. Je compose le numéro et je parle à Palnchuelo. Il était dans son bureau en réunion avec Sancristobal et Alvarez. Tous ensembles. Je dis à Miguel : ce type me dit qu’au lieu de dix millions, il en veut vingt. Que non, que oui, que non… Je raccroche et recommence. J’ai fait facilement dix appels. Que oui pour dix, que oui à vingt. Finalement, Planchuelo me dit d’accord pour dix-sept et de lui dire : en avant. Pedro Sanchez accepte et me dit de l’attendre entre 17 et 19 heures àla frontière du Pont Saint-Jacques [poste-frontière d’Hendaye] et s’il ne vient pas, entre 19 et 22 heures à la frontière de Biriatou. Il m’annonce qu’il viendra en voiture».
Faciliter le passage de la frontière
Pedro Sanchez disparaît et Amedo téléphone de nouveau à la Direction supérieure de la police de Bilbao, au bureau de Planchuelo Là-bas, étaient en réunion permanente les trois principaux responsables policiers de Biscaye. «Je leur racontai ce que m’avait dit Sanchez et Planchuelo me demanda de suivre les instructions de Sanchez. Que Sanchez apparaitrait dans son véhicule avec le membre d’ETA Mikel Lujua Gorostiola. Je leur expliquais qu’il m’avait prévenu que je devais faciliter le passage de la voiture à la frontière et ils me dirent d’en parler d’abord à la garde civile pour qu’il n’y ait pas de problèmes et s’il y avait du nouveau, de les appeler.
A 17 heures de ce dimanche de décembre, Amedo se trouvait donc à l’endroit convenu, au poste-frontière du pont Saint-Jacques. «Il faisait un froid terrible. Je me dirigeais vers un garde civil, je lui dis qui j’étais et l’informai qu’allait arriver une voiture de telle marque, je crois que c’était une Peugeot verte, et qu’on devait la laisser passer lorsque j’aurai vu le visage du chauffeur».
Garde civil, caporal, sergent, lieutenant, gouverneur
Amedo se mit dans une situation embrouillée. Il est bien connu que la relation entre la garde civile et les policiers est compliquée. Il existe entre les différents services de police des jalousies inévitables. Le garde civil qui écoutait Amedo ne se sentait pas investi de l’autorité suffisante pour prendre une décision concernant la demande du policieret, en plus, il pensait que les choses pouvaientne pas être aussi claires que celles décrites par Amedo.
« Le garde civil me dit qu’il ne pouvait agir comme cela. Bien entendu, en disant cela, le garde civil pensait : «Putain, ils font de la contrebande ou quoi?» Et il me dit : «Je ne peux rien faire, je dois avertir le caporal ». Et le caporal avertit le sergent ? Et le sergent informe le lieutenant. J’appelle alors Bilbao, j’informe de ce qui se passe et le gouverneur civil Julian Sancristobal se met au téléphone et me dit : ‘Ecoute Pepe, dis-leur aux gardes civils qu’ils appellent le gouverneur, ou qu’ils m’appellent’. Je le dis au lieutenant et un moment après, il revient et me dit de ne pas m’inquiéter, qu’il n’y a aucun problème».
Mais si, il y avait un problème. 19 heures sonnèrent et personne n’était apparu. Amedo, selon ce qui avait été convenu, se dirigea vers la frontière de Biriatou. « Il faisait un froid de canard. Je tremblais de froid. Ils étaient informés de ma présence. Un lieutenant de la police nationale me dit : viens par ici, nous avons un petit bouillon délicieux, très chaud. Je vérifiai que de là, à travers la fenêtre , je voyais la frontière. J’ai pris de ce petit bouillon et ça me fit du bien. A 22 heures, je sors, rien, il n’y avait personne. Peu après, un garde civil me prévient qu’il y a un appel du chef supérieur de la police de Bilbao. Je prends le téléphone et lui dis qu’ici, il n’y a personne. Il me dit que je dois me rendre immédiatement à Dancharinea, au col de Dancharinea, à la frontière. Je devais prendre quelqu’un, mais il ne me dit pas qui. Quand j’arrive au commissariat, du poste-frontière espagnol sort un policier qui me demande si je suis Amedo. Je lui dis que oui et il me dit : ‘Là-bas, il y a un type et on m’a dit de Bilbao que tu dois l’emmener’. Un homme de grande taille apparaît, de type marocain. Pedro Sanchez avait été bouclé par la police française. Le type me demande : ‘Tu es Miguel ?’ C’était évident qu’il attendait Planchuelo. Je lui dis que non, que j’étais Pepe. Il répond : ‘Allons-y !’ Nous avons pris ma voitureet avons emprunté un chemin dans la montagne, pendant quelques kilomètres. Il me fait stopper et revenir sur mes pas car il s’est trompé. Nous prenons un autre chemin et en arrivant en haut,je trouve un homme gros,, vêtu d’un tee-shirt à manches courtes, et ça, bien qu’il fasse un froid de loup. A ses côtés, se tenait un petit vieux, avec un pyjama rayé, mort de froid.
Mais celui-là, qui est-ce ?
Je en veux pas précipiter les évènements, mais moi, en voyant le vieux, je me dis : Merde ! Il était clair qu’il fallait le renvoyer de l’autre côté, ils s’étaient trompés. Ce n’était pas la personne que l’on cherchait. Et dire qu’ensuite Sancristobal, Alvarez et Planchueloaffirmeraient que Ricardo Garcia Damborrenea avait dit qu’il fallait l’exploiter politiquement, cet évènement ! C’était de la folie… mais continuons dans l’ordre ».
Amedo assure qu’il ne savait pas qui étaient ces trois personnes. Il mit du temps à se rendre compte que, celui qui était de type marocain, «c’était Mohand Talbi, un des mercenaires du GAL. Et le gros type, celui du tee-shirt à manches courtes, Raymond Echalier, un autre mercenaire. Je les vois là, avec un troisième homme, et je me suis souvenu que Sancristobal, Alvarez et Planchuelo m’avaient dit qu’ils enlevaient le membre d’ETA Mikel Lujua Gorostiola. Mais moi, je vois là un vieux et je leur dis : ‘Mais celui-là, qui est-ce?’ et le Marocain Talbi me répond : Segundo Marey Samper».
Avec Mohand Talbi et Echalier
Ce jour-là ne s’effacera jamais de la mémoire de José Amedo. Il resta ahuri. Il était avec Talbi et Echalier. A propos de ce dernier, Amedo insiste, incrédule : « Il était comme un gorille, un gros bonhomme. Moi, avec les dents qui claquaient de froid et ce type en tee-shirt et avec les pantalons mouillés. Je crois me souvenir que le vieux était en pyjama, un pyjama rayé. Et je dis : ‘Putain, qu’est-ce qu’il doit avoir froid ce type-là !’ Il ne disait rien. Je dis bon, je prends la voiture, je démarre, je mets le chauffage parce que je grelottais, j’explique à Talbi que ce type-là, on doit l’emmener de l’autre côté. Fous le camp de l’autre côté ! Je pensais que celui-là n’était pas celui dont parlaient Alvarez, Sancristobal et Planchuelo, le fameux Mikel Lujua Gorostiola.
A tous ceux-ci, le vieux disait : ‘Non, moi je n’ai rien fait !’ Et je lui dis : ‘Putain, il faut foutre le camp avec lui de l’autre côté, et à toute blinde !’ Résultat, je descends de la voiture pour le renvoyer de l’autre côté. Arrive alors le policier du poste-frontière qui me dit : ‘Ecoute, Amedo, va au poste car le gouverneur t’appelle de Bilbao’. Ils étaient tous réunis à la direction supérieure de la police, au bureau d’Alvarez : étaient là Ricardo Garcia Damborenea, Julian Sancristobal, Paco Alvarez et Miguel Planchuelo, et en même temps, ils étaient en liaison avec le ministre de l’Intérieur José Barrionuevo».
Amedo se souvient du dialogue qu’il eut avec le gouverneur.
«Julian Sancristobal: Ecoute, Pepe, comment s’appelle ce type?
José Amedo: Lequel? Ici, il y a deux types qui demandent après un certain Miguel et un vieux qui me dit s’appeler Segundo Marey Samper.
J.S. : Est-ce qu’il a une quelconque cicatrice sur la figure ?
J. A. : Ecoute, moi je ne lui ai vu aucune cicatrice sur la figure, mais je vais le renvoyer de l’autre côté.
J. S. : Attends, attends un peu. (Il s’écoule quelques secondes pendant lesquelles il s’entretient avec d’autres personnes). Amène-le ici, car deux fonctionnaires t’attendent à la sortie du tunnel de Basauri. Ils t’attendent là dans une voiture et toi, amène-les ici. Le premier tunnel qu’il y a en allant de Bilbao à Saint-Sébastien.
Je me dis : putain ! bon, eh bien, je crois qu’il était déjà aux environs de 4 heures du matin ou 5 heures. Et voici qu’en sortant du tunnel, une voiture attendait, de laquelle descendent des collègues, deux fonctionnaires de la police. C’était Julio Hierro et Paco Saiz Ocesa. Je leur dis : voilà les trois et ensuite, s’il faut en lâcher un, eh bien, il n’y aura qu’à le lâcher.
Pourquoi avez-vous pris ce type ?
En somme, tout avait été organisé et je ne savais rien. L’un des deux, je ne me souviens plus si c’était Hierro ou Saiz Ocesa, dit : ‘Bon, on va interroger le vieux ici-même’. Une fois terminé, il me dit de les suivre. Je les suis… par l’autoroute vers Santander ? Nous passons Laredo, Colindres et nous continuons la route vers Santander. Je connais bien le secteur et aujourd’hui, je pourrais me souvenir plus ou moins des lieux. Il y a un endroit où se trouve une route qui va à gauche, juste à côté d’une caserne de la garde civile. Je les suis jusqu’à une montagne loin de là. Je les laisse là-bas, je fiche le camp et me dis :’Maintenant, je dois rentrer à Bilbao’. Il devait être déjà six ou sept heures du matin et nous étions en hiver. En somme, je prends donc la voiture et j’essaye de retrouver ma route une nouvelle fois. Parce que c’était un chemin qui montait vers une montagne totalement perdue. Je les laisse là-bas et je fous le camp tout seul ».
Julio Hierro et Francisco Saiz Ocesa (que l’on appelle toujours Paco) restèrent dans la montagne avec Segundo Marey Samper, ainsi que les mercenaires Talbi et Echalier, en attendant que le jour se lève pour descendre vers une maison où il était prévu de loger le kidnappé et dans laquelle Amedo affirma n’avoir jamais mis les pieds à aucun moment.
«Il devait être 8 ou 9 heures du matin et je n’avais pas dormi de toute la nuit. J’arrive à la direction supérieure de la police et là-bas, se trouvaient le gouverneur Sancristobal, Alvarez et Planchuelo. Ils me demandent où se trouve le type ? Et je leur réponds que je l’ai remis à Julio Hierro et Paco Saiz Ocesa et qu’ils sont restés là-bas dans la montagne. Ils me disent: bon, bon, très bien. Je leur demande : pourquoi diable avez-vous pris ce type-là ? En plus de tout ceci, Argüelles et les autres étaient détenus en France».
Amedo interrompt ici son récit pour rappeler une rencontre toute récente avec son supérieur Alvarez. « Il y a quelques jours, j’ai rencontré Paco Alvarez à Madrid. Il a fait comme si on se rencontrait par hasard et on est allé à un Vips. Il me demande comment ça va, nous parlons. Francisco Alvarez: ‘Ecoute, Pepe, tu ne vas pas chanter, n’est-ce pas, parce qu’ils vont nous avoir’. José Amedo: ’Paco, ils m’ont déjà eu. Je sais que l’affaire Marey n’est pas claire. Et Ricardo Garcia Damborenea est chié, hein… Ricardo va mal’. Francisco Alvarez: ’Putain, pepe,nous sommes seulement trois à le savoir’. José Amedo: ‘Non Paco, beaucoup de gens vont le savoir’.
Nom de code : inspecteur-chef
Après cette parenthèse, Amedo revient à son explication à la direction supérieure de la police à Bilbao. Ce 5 décembre 1983, il est 9 heures du matin et il fait toujours aussi froid. «Ricardo Garcia Damborenea rentrait et sortait. Après une de ses sorties, Sancristobal, Alvarez et Planchuelo me disent que Ricardo avait dit que l’enlèvement devait être exploitépolitiquement. Je suis d’accord, mais je me tiendrai totalement à l’écart de tout cela».
José Amedo sortit du bureau et durant deux jours, ne voulut rien savoir de l’affaire Marey, à l’exception de ce qu’en disait la presse. Le 7, Miguel Planchuelo l’appelle et l’invite à se présenter dans son bureau rapidement. Il obéit et, en arrivant là-bas, il trouve l’inévitable paire Planchuelo et Alvarez. Planchuelo lui explique qu’ils ont emmené «l’inspecteur-chef» à l’endroit où Marey demeurait emprisonné, afin d’avoir une entrevue avec Talbi. «L’inspecteur-chef» était le nom de code qu’utilisaient fréquemment Alvarez, Planchuelo et Amdedo pour parler de Julian Sancristobal. Il lui demanda de se présenter au siège du gouvernement civil, au bureau de Sancristobal. Mais la conversation fut interrompue car Sancritobal Lui-même se présenta à l’improviste dans le bureau de Planchuelo.
«Sancristobal apparut un papier à la main. Il me dit que j’allais devoir l’emporter. Tout de suite. ‘Tu vas prendre ceci…‘ Je n’avais pas la moindre idée de ce qui se passait ! Tu vas envoyer ceci et le remettre au Marocain. Le Marocain ou le Parachutiste, je ne me souviens plus du nom qu’ils donnaient à Talbi. Tu le lui donnes et tu lui dis d’appeler d’une cabine, n’est-ce pas, de le traduire en français, d’appeler en France à une radio ainsi sure le journal Sud-Ouest, je crois. Mais je ne me souviens pas laquelle. Tu les donnes au Marocain qu’il appelle, qu’il le traduise et qu’il appelle. Ensuite, tu les conduis tous les deux à Bilbao, tu les mets dans une chambre de l’hôtel Ercilla, rentrez par le garage pour ne pas être vus et montez-les dans la chambre. Il y avait déjà quelque chose d’écrit sur la =e papier qu’apportait Julian Sancristobal et devant moi, lui-même ajouta quelques lignes supplémentaires. Il les écrivit sur le bureau de Planchuelo. C’était un communiqué».
Sancristobal et le communiqué du GAL
Sancristobal remit donc un feuillet à Amedo. Sancristobal ne pensait sûrement pas sur onze ans plus tard, ce papier rédigé de sa propre main, allait être remis à un magistrat de l’Audiencianacional par le même José Amedo. S’il avait imaginé cette hypothèse, il n’aurait pas agi ainsi. Le texte était écrit en mettant le palier à l’horizontale. Amedo présente une photocopie. L’original est aujourd’hui en possession du juge Baltasar Garzon. Il est en bon état, très peu abîmé, légèrement entaché d’encresur les plis, mais on peut le lire sas aucune difficulté. Il dit textuellement : «Ecoutez, je vous parle de l’enlèvement de Segundo Marey (cette phrase est ensuite répétée et barrée). Nous avons trouvé chez lui du plastic, des pistolets et (cette phrase incomplète, est barrée), il a été enlevé en raison de ses relations avec ETA militaire, pour avoir caché des terroristes et pour sa participation dans la collecte de l’impôt révolutionnaire. Comme lui, tous ceux qui sont impliqués dans ces affaires disparaîtront. REPETER et CLIC».
Amedo certifie que Sancristobal rédigea devant lui une partie du texte et dit avoir la certitude que, du moins pour les mots «ceux qui sont impliqués », c’est bien l’ex-numéro deux du ministère de l’Intérieur qui les écrivit. En ce qui concerne le reste du communiqué, durant la confrontation devant Baltasar Garzon, Amedo déclara au second : « Soit tu l’as écrit toi-même, soit c’est Ricardo qui l’a écrit», c’est-à-dire Garcia Damborenea, secrétaire général du PSOE en Biscaye.
(1) NDLR : on apprendra plus tard qu’en réalité, ce fut l’arrêt du versement de la pension mensuelle de ??? pesetas par le gouvernement espagnol sur un compte en Suisse au nom de José Amedo en échange de son silence, qui le décida à parler. Voir l’article ???, Enbata n° ??? du ???
Aux origines du GAL
Deux journalistes enquêtent depuis un an sur le Groupe antiterroriste de libération. Payés par l'Espagne, ses mercenaires éliminaient des membres d'ETA, supposés ou réels
Derrière le trinquet Saint-André, dans le Petit Bayonne, des visages stylisés, ceux de Popo, Lasa et Zabala, rappellent que les Etarras furent aussi victimes de terrorisme. Un terrorisme d'État qui reste dans les annales du Pays basque avec les noms de « guerre sale » et de « GAL » pour Groupe antiterroriste de libération.
Bruno Fay et Xavier Muntz, qui enquêtent depuis plus d'un an sur le GAL dans le cadre d'un documentaire pour l'émission de Canal + « Spécial investigation », ont mis à nu les rouages qui ont conduit les gouvernements français et Espagnol à collaborer pour créer le GAL, lui donnant les moyens de sa funeste entreprise : 27 tués dont 9 qui n'avaient rien à voir avec
ETA. Repères
Le GALa frappé en France à partir de 1983 sur le modèle des organisations qui avaient mené la guerre sale entre 1978 et 1981 en Espagne et en France.
En Espagne, on emploie couramment le pluriel « Los GAL » ce qui sous-entend une multiplicité de groupes.
Jose Antonio Lasa Arostegi et Jose ignacio Zabala Artanoont été enlevés en 1983 rue des Tonneliers, à Bayonne. Torturés par la Guardia Civil, leurs corps ont été retrouvés deux ans plus tard, à Alicante et leur identification a pris dix ans. Un général et un colonel de la Guardia Civil et le gouverneur civil de Guipuzcoa seront condamnés, en avril 2000.
Jon Anzaa été retrouvé à la morgue de l'hôpital Purpan à Toulouse en mars 2010, où il a séjourné près de dix mois. Cet ex-Etarra, atteint d'une grave maladie, avait quitté la gare de Bayonne, le 18 avril 2009, pour remettre une importante somme d'argent à un contact à Toulouse ainsi que l'a fait savoir ETA dans un communiqué, quelques jours après l'annonce de sa mystérieuse disparition.
Spectre du coup d'Etat
Bruno Fay rappelle que le GAL a signé la plus grosse vague d'attentats en France depuis la guerre d'Algérie. « Le gouvernement espagnol est passé de la tolérance des groupuscules comme le Triple A ou le Bataillon basque espagnol à l'organisation et au financement d'un groupe piloté par le gouvernement lui-même. Il s'agissait de montrer que les socialistes au pouvoir étaient capables de répondre à ETA. Comme il n'y a jamais eu de purge post-franquiste, la haute administration faisait pression sur les dirigeants nouvellement arrivés au pouvoir. Qui avaient aussi derrière eux le spectre de la tentative de coup d'état commis deux ans plus tôt. La création du GAL fut un moyen de donner des gages à ces gens-là ». Les deux documentaristes ont réuni des documents montrant que la France ne voulait pas condamner les GAL. « En France, on était empêtré dans l'affaire du Rainbow warrior. Les Britanniques venaient de tuer un militant de L'IRA à Gibraltar… Dans ces conditions, il était difficile de faire la leçon à l'Espagne. En France, on estimait au sommet de l'État que la jeune démocratie espagnole serait affaiblie si son rôle dans le GAL était montré du doigt. »
Un seul Français inquiété
D'où l'omerta qui a perduré. Dans leur investigation très poussée, Bruno Fay et Xavier Muntz ont réuni des preuves de complicités individuelles. « On sait que des policiers de la PAF, des RG et de la police nationale ont été rémunérés sur des fonds secrets du gouvernement espagnol. » Un seul policier de la PAF a été a poursuivi en France. Mis en examen à la fin des années 90, il a bénéficié d'un non-lieu en 2006. Il a reconnu avoir fourni à l'Espagne 400 noms de « cibles », des adresses, des photos. Quant aux preuves de collaborations d'État à État, elles sont inexistantes.
Côté français, il y a eu peu d'exploration des responsabilités individuelles. « L'Espagne a fait ce travail, pas la France. Pourtant, ce sont les juges d'instruction français, Ribeyrolle et Seys, qui ont lancé le dossier et déclenché le mandat d'arrêt contre Jose Amedo Fouce, le policier de Bilbao qui a permis de remonter jusqu'aux responsables madrilènes. Le juge Garzon a repris le dossier derrière et il est allé au fond. »
Les deux journalistes français ont interviewé Rafael Vera, le directeur de la sécurité du ministère de l'Intérieur, condamné dans l'affaire des GAL, qui leur a détaillé comment les fonds secrets du gouvernement espagnol ont servi à recruter des mercenaires en France.
Bruno Fay explique que le gouvernement Gonzalez ne voulait plus envoyer de policiers espagnols commettre des attentats en France. « Quatre d'entre eux avaient été interpellés à Hendaye par des policiers français alors qu'ils tentaient d'enlever José Maria Larretxea, un leader d'ETA réfugié en France. Cela s'est produit au lendemain de l'enlèvement de Lasa et Zabala par des militaires de la Guardia Civil à Bayonne. »
Pressions de la Justice
« La justice espagnole est passée. Notre documentaire amène des éléments qui montrent les pressions du ministère de la Justice française pour ne pas trop se pencher sur l'implication française. Le GAL n'a jamais été envisagé comme un problème politique. Tout le traitement judiciaire est resté en France sur du droit commun : associations de malfaiteurs. À la même époque, les attentats d'Action directe étaient qualifiés de terroristes et ce malgré un nombre de victimes moins important. »
Pour les militants indépendantistes, la fin du GAL n'a pas tourné la page de la « guerre sale ». Des séquestrations, menaces, actes de violences ont été recensés ces dernières années en Espagne mais aussi en France où l'affaire Jon Anza, est présentée comme le dernier crime d'État envers un Etarra. C'est, en tout cas, la thèse défendue par deux militants de Batasuna, Joseba Zinkunegi et Juan José Petrikorena, dans un livre paru aux éditions « Txalaparta » et intitulé, en espagnol, « Jon Anza, el ultimo crimen de estado ? ».
« Je les ai vus achever un type »
Jean-Noël Etcheverry et un ami ont arrêté deux tueurs du GAL. Récit….
C'était le 25 septembre 1985, le GAL (Groupe antiterroriste de libération) avait déjà fait des victimes à Bayonne. Aux premières heures de la nuit, Jean-Noël Etcheverry, dit Txetx, partage un moment avec quelques amis, à l'Alex bar, un estaminet de la rue Pannecau aujourd'hui fermé. « J'ai entendu comme des pétards, mais, vu le contexte de l'époque, je suis sorti. Je les ai vu en train d'achever un type, sur le trottoir. » Une exécution à bout portant, devant le Monbar, autre troquet de la rue Pannecau, un peu en amont de celle-ci.
Les deux mercenaires du GAL se nomment Lucien Mattei et Pierre Frugoli. Deux malfrats forgés dans le milieu marseillais. Ils viennent de tuer quatre réfugiés basques. « On sait aujourd'hui qu'ils étaient payés environ 50 000 francs pour un blessé et 200 000 pour un mort. Alors ils s'assuraient que les victimes étaient bien mortes. » Le GAL signe, ce soir-là, sa plus meurtrière besogne. Celle-ci accomplie, les deux tueurs prennent la fuite par la rue Pontrique, au cœur du Petit Bayonne. Les tueurs visaient la gare, quartier Saint-Esprit. « On apprendra plus tard qu'ils avaient des billets pour Irun. Ils espéraient aller embarquer comme si de rien n'était. »
Mais Txetx et quelques copains les prennent en filature. « On n'a pas pu voir s'ils avaient emprunté la rue Bourgneuf ou Marengo pour se diriger vers la Nive », se souvient celui qui n'avait alors qu'une vingtaine d'années. Il s'est séparé de ses camarades : chacun une rue. « Il se trouve que c'est moi qui les ai retrouvés, un peu plus loin, en bord de Nive. »
Orteil cassé
Ce n'est pas une course-poursuite au sens strict,«on marchait». Mais les deux fuyards savent qu'un homme est à leurs trousses, à quelques mètres. Ils se retournent, le braquent. «Là, un copain réfugié passe en voiture. Il allait se garer mais je suis monté dans sa voiture. On a pris le sens interdit rue Bourgneuf, et on a foncé sur eux». La voiture pile devant les hommes du GAL, à l'entrée du pont Saint-Esprit. « On leur est tombé dessus. D'un coup de pied, bien placé mon pote a séché l'un des deux. D'ailleurs, il a eu un orteil cassé, tellement il y est allé fort. Mois, j'ai été moins efficace avec le mien. Je savais qu'il avait une arme, je me suis dit qu'il allait la sortir, je me suis dit : ''T'es mort''. Mais mon pote m'a aidé à le neutraliser»
Une patrouille de police arrive alors depuis Saint-Esprit, qui surprend la scène. « Ils ont pu embarquer les mecs du GAL qu'on venait d'arrêter. » Txetx, lui, file vers le Monbar. «Je connaissais les familles des quatre types qu'ils venaient d'assassiner. Je n'avais qu'une idée, c'était d'aller les voir». La presse était déjà là, une partie du quartier aussi. La police pas encore. L'arrestation des deux hommes allait conduire aux commanditaires espagnols, dans les semaines qui suivirent.
Pierre Penin
Meurtre de Robert Caplanne :
Ismaël Miquel condamné pour appartenance à la «bande armée» du GAL
Enbata n°1581 de 1999
L |
’AUDIENCIA nacional a condamné le 28 mai Ismaël Miquel Gutierrez à 45 ans et huit mois de prison pour avoir participé à l’assassinat de Robert Caplanne le 24 décembre 1985 à Biarritz. Il devra verser 12 millions de pesetas à ses héritiers. Le tribunal conforte dans ses attendus la thèse selon laquelle Ismaël Miquel —trafiquant de drogue, indic de la police et barbouze— était bien en relation avec des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur espagnol avec qui il échangeait des informations: le commissaire de police Francisco Alvarez, déjà condamné pour l’enlèvement de Segundo Marey, et l’inspecteur Jorge de Haro. Nouveauté dans le jugement du 28 mai, le tribunal a qualifié le GAL de «bande armée», ce qui n’avait jamais été le cas à ce jour, sauf dans un jugement de 1987 contre Daniel Fernandez Aceña «El francés» et Moraleda Muñoz, condamnés à 29 ans de prison pour le meurtre de Jean-Pierre Leiba le 1er mars 1984 à Hendaye.
Ce chef d’inculpation d’appartenance à bande armée auquel avaient échappé Barrionuevo, Vera, Sancristobal, etc. le 13 août 1998 pour l’enlèvement de Segundo Marey, devrait avoir des conséquences dans les suites de l’affaire Lasa-Zabala où le général Galindo et le gouverneur du Gipuzkoa Elgorriaga seront bientôt jugés.
. Meurtre de Mikel Goikoetxea Txapela: L'Audencia nacional a demandé le 9 mai au juge Baltasar Garzón la réouverture du dossier du meurtre de Mikel Goikoetxea le 28 décembre 1983 à St Jean de Luz. Garzón a lancé quelques jours plus tard une commission rogatoire internationale auprès des autorités françaises pour déterminer le rôle joué par Mohand Talbi dans ce meurtre. Ce dernier est impliqué dans l'assassinat du député Santi Brouard, en cours d'instruction à Bilbo. En outre, Garzón mène son enquête autour du GALeux Alphonse Mendaille, condamné par la cour d'assises spéciale de Pau le 29 janvier 1997. Le fusil à lunette utilisé par le commando de barbouzes qu'il dirigeait, aurait servi à abattre Mikel Goikoetxea, selon l'expertise balistique.
. Affaire Zabalza: un ancien journaliste de Diario 16, José Macca a fait fin mai un certain nombre de révélations sur le meurtre de Mikel Zabalza, torturé à mort le 26 novembre 1985 à la caserne de la guardia civil d'Intxaurrondo et dont la mort avait été camouflé en noyade dans la Bidassoa. José Macca avait à l'époque recueilli sur bande magnétique les déclarations d'un garde civil, Vicente Soria, qui avait aperçu le corps de Zabalza dans l'ascenseur de la caserne. La dépouille du jeune Basque était restée noyée plus de 20 jours dans la baignoire où il avait été supplicié. Du coup, le juge d'instruction en poste à Donostia, Augusto Maeso, a réouvert le dossier et va auditionner début juin commissaires, médecins, gardes civils, journaliste et colonels impliqués dans cette affaire.
. Assassinat du député HB Santi Brouard. L’instruction de ce dossier réouvert il y a quelques mois se poursuit alors que l’ex-secrétaire à la sécurité de l’Etat Julian Sancristobal, le commissaire Amedo et le colonel de la guardia civil Masa sont toujours en prison pour cette affaire. Un ex-agent du CESID (services secrets espagnols) est venu faire une déclaration le 7 mai dans le cabinet du juge d’instruction Gonzalez Armengol. Pour ce témoin dont l’identité demeure secrète, le meurtre de Brouard a été planifié au siège du ministère de l’Intérieur espagnol.
. Attentat au Mon Bar: le juge d’instruction Pedro Rubira a décidé de ne pas réouvrir le dossier faute d’éléments suffisants à partir des déclarations de Luis Morcillo Pinillo dans l’affaire Brouard. L’attentat au Mon Bar, rue Pannecau à Bayonne le 25 septembre 1985, avait coûté la vie à quatre personnes. Deux barbouzes du GAL, Mattei et Frugoli, avaient été condamnés peu après en tant qu’auteurs matériels des meurtres mais avaient refusé de révéler quoi que ce soit sur leurs donneurs d’ordres.
. Miguel Brescia condamné. Surnommé le «camionneur du GAL», l’audiencia nacional l’a condamné le 4 mai à 68 ans de prison et 30 millions de pesetas de dommages et intérêts à verser aux familles des victimes: il s’agit de Catherine Brion et Christophe Machicotte tués par le GAL le 17 février 1986. Le tribunal a considéré que Miguel Brescia était un collaborateur du GAL mais non l’auteur du crime. Les attendus du jugement réservent une surprise puisqu’ils évoquent explicitement «la collaboration du ministère de l’Intérieur espagnol et du ministère de l’Intérieur français» qui disposaient «d’informations sur les personnes en cause qu’à un moment donné ils parvinrent à neutraliser», c’est-à-dire sur les réfugiés basques. L’audiencia nacional en a la conviction à partir des déclarations de deux témoins à ce procès: Saenz de Santamaria, ex-directeur général de la guardia civil, ainsi que l’ex-délégué du gouvernement en Pays Basque. Pour le procureur Javier Balaguer, les véritables instigateurs de ce double meurtre demeurent donc toujours impunis et seraient très proches des deux témoins. C’est ce qui explique que Javier Balaguer ait demandé la poursuite de l’enquête.
GAL : Pierre, policier français, vendait à la police espagnole des informations sur les réfugiés basques en Iparralde
Enbata n°1618 de mars 2000
Le policier Rafael Barranco vient de faire le 29 février à l'Audiencia nacional, ces révélations au procès fleuve sur l'enlèvement à Bayonne des réfugiés politiques Lasa et Zabala. Une centaine de témoins à charge et à décharge, ont défilé à la barre depuis plus d'un mois dans un des dossiers les plus lourds du GAL. Hauts fonctionnaires et policiers dont le général de la guardia civil Rodriguez Galindo sont inculpés pour enlèvement, séquestration, tortures et assassinat des deux jeunes Basques, en octobre 1983 rue Pontrique à Bayonne
V |
IENDRA, viendra pas... Enfin le policier Rafael Barranco s’est présenté en tant que témoin à l’Audiencia nacional le 29 février. Devant les juges, il a indiqué comment en 1983, à la demande expresse de sa hiérarchie —le grand patron de la police en Gipuzkoa, Paulino Garcia— il a noué des liens amicaux avec des policiers français qui lui ont fourni un certain nombre de renseignements sur les réfugiés basques en Iparralde. En particulier des numéros d’immatriculation de véhicules.
2.000 à 4.000 francs -Selon le policier Rafael Barranco, ces informations étaient transmises au gouvernement civil du Gipuzkoa (préfecture) où le policier Angel Lopez Carrillo les tapait à la machine en trois exemplaires: l’un destiné à la police, l’autre au patron de la guardia civil à la caserne d’Intxaurrondo, Enrique Rodriguez Galindo, et le troisième entre les mains du gouverneur civil Julian Elgorriaga. Ces informations avaient une contrepartie financière. Rafael Barranco raconte à la barre comment, un jour, il remit au gouverneur civil du Gipuzkoa un agenda téléphonique fourni par ses collègues français. Il en fut félicité par ses supérieurs car il contenait des éléments, à leurs yeux, de la plus haute importance: «Elgorriaga me donna une enveloppe avec 2.000 ou 4.000 francs pour Pierre», qui n’est autre que le policier français lui ayant remis la précieuse trouvaille.
Une gerbe pour Guy Metge - Rafael Barranco affirme que Galindo lui donna tous les mois une enveloppe avec une somme importante pour rémunérer la collaboration française. Le général Galindo a aussitôt nié ces accusations devant le tribunal.
Dans le dossier, figurent des documents fournis par le policier Rafael Barranco et qui confirment ces relations: un reçu pour l’achat de la gerbe de fleurs payée par le gouverneur Elgorriaga lors de l’enterrement de Guy Metge, un commissaire de la PAF d’Hendaye décédé dans un très étrange accident de la circulation et qui figurait parmi les collaborateurs réguliers de la police espagnole. Ou encore, le télégramme de remerciement envoyé par le commissaire Joël Cathala.
Rafael Barranco précise que son rôle se poursuivit lorsque Elgorriaga fut nommé délégué du gouvernement espagnol dans la Communauté autonome basque. Jusqu’en 1987, il se rendait à Gasteiz pour transmettre les informations, puis le gouverneur civil lui demanda de travailler directement avec le général Galindo, ensuite il fut muté hors du Pays Basque.
Pressions et menaces - Rafael Barranco est revenu sur d’autres déclarations qu’il avait faites durant l’instruction. Il fait l’objet de nombreuses pressions et menaces. Sa venue le 29 février à l’Audiencia nacional n’a pas été chose simple. Annoncée deux fois, sa comparution a été reportée en raison, officiellement, d’un pincement lombaire puis d’un état dépressif. Le tribunal a dû utiliser les grands moyens —une menace d’incarcération— pour finalement décider ce policier à venir depuis les Baléares où il se trouve en poste. Rafael Barranco s’était vu confier à l’époque cette mission auprès des policiers français en raison de sa bonne connaissance de la langue française.
Le 24 janvier, le policier Angel Lopez Carrillo a confirmé devant l’Audiencia nacional que, à la demande du commissaire Paulino Garcia, il était chargé de rencontrer des policiers français. Des réunions eurent lieu avec deux d’entre eux, il leur demanda des informations sur les réfugiés basques en Iparralde. Le projet d’enlèvement de trois militants basques connus —Txomin Iturbe, Eugenio Etxebeste et Juan Lorenzo Lasa Michelena— fut clairement envisagé. Des projets qui étaient dans l’air du temps à l’époque, comme le confirme à la barre le 1er mars, Francisco Alvarez. Ce directeur du MULC (Direction de la lutte anti-terroriste) avoue que son supérieur hiérarchique, Julian Sancristobal (directeur de la sécurité au ministère de l’Intérieur), lui donna l’ordre en 1983 de préparer l’enlèvement du réfugié Larretxea Goñi à Hendaye, puis de Segundo Marey. Ce qu’il fit avec les brillants résultats que l’on sait, puisque trois membres des GEO (le GIGN espagnol) furent arrêtés par les policiers français et libérés dans des circonstances particulièrement troubles sur le plan judiciaire.
Autre grand moment dans ce procès fleuve, la comparution le 16 février de Juan Alberto Perote, chef du service Action des missions spéciales du CESID (services secrets) de 1983 à 1991. Perote a remis aux magistrats les documents originaux des archives du CESID qui montrent l’implication de Galindo et de ses hommes dans l’enlèvement de Lasa et Zabala ainsi que dans d’autres affaires du GAL.
La «taupe» du CESID - Une «taupe» du CESID —le sergent Pedro Gomez Nieto— était infiltré dans la caserne d’Intxaurrondo. Perote présente la retranscription d’un enregistrement de conversations entre Galindo et Gomez Nieto, le fameux document fondateur du GAL réalisé par les services du CESID (traduction intégrale dans Enbata n°1392) ou encore différentes notes top secret annonçant la mise en route imminente des actions du GAL en Pays Basque Nord. Bien entendu, Alberto Perote avait, pendant et après qu’il se soit «mis à table», reçu de la part du général Galindo, de l’avocat Argote, du secrétaire d’Etat à la sécurité Rafael Vera et du gouverneur Elgorriaga de très nombreuses incitations à «la prudence». Accompagnées de promesses de fortes compensations économiques en espèces sonnantes et trébuchantes.
Soudaines amnésies - Tout au long de ce défilé de témoins, rétractations et aveux, menaces, reniements, coups de fil anonymes et tentatives de cambriolage, pressions physiques et morales, amnésies ou soudaines remémorations, sont revenus quotidiennement. Un contexte, une ambiance très particulières qui en disent long sur les mœurs de tout ce beau monde: ministres, secrétaire d’Etat, hauts fonctionnaires, avocats, militaires, policiers de tous grades, barbouzes, trafiquants..., un panier aux crabes sans précédent. Chacun défend sa peau, implique ou protège le voisin, policiers et fonctionnaires de différents services essayant de préserver au mieux leurs intérêts en fonction des stratégies ou des alliances du moment. Beaucoup se réfugient derrière la dénégation pure et simple. En règle générale, ceux qui ont déjà été condamnés sont les plus bavards sur cette page particulièrement sombre des relations entre le Pays Basque et l’Espagne.
Ces semaines de procès se sont déroulées en présence, discrètement dans la salle, du général Andrés Cassinello, ex-chef de l’état-major espagnol qui fit ses classes dans les meilleures écoles nord-américaines de contre-terrorisme. La presse a remarqué ses démarches de soutien auprès de nombreux témoins et accusés. Inspirateur du plan ZEN, le général Cassinello demeure célèbre pour avoir déclaré qu’il préférait la guerre à l’indépendance du Pays Basque.
Un GALeux de la guardia civil prend du galon
Le lieutenant colonel de la guardia civil Felix Hernando vient d’être nommé à la tête d’un service d’élite et très convoité: l’Unité centrale opérationnelle de la guardia civil. Or, Felix Hernando est impliqué dans l’affaire de fonds secrets du gouvernement —non encore jugée— où il est accusé d’avoir participé, avec deux autres hauts fonctionnaires, au versement de 200 millions de pesetas à Amedo et Dominguez condamnés pour leur participation au GAL. Récemment, le ministre de l’Intérieur Mayor Oreja avait in extremis —du fait de cette implication— suspendu la décision d’accorder la «Cruz del Merito» à Felix Hernando.
Les «répercussions positives» du GAL
«Docteur No», Emilio Alonso Manglano, directeur général des services secrets du CESID de 1981 à 1996, fait semblant d’ignorer beaucoup de choses sur le GAL et nie les autres pour des raisons «éthiques» mais aussi «politiques»... Toutefois, son appréhension de la guerre sale en Pays Basque Nord en a surpris plus d’un le 11 février quand il a déclaré à l’Audiencia nacional que le GAL «avait eu certes des effets négatifs, mais il y a eu aussi des répercussions positives».
Des policiers français touchaient des pots-de-vin
Le policier espagnol Rafael Barranco a déclaré le 29 février aux juges de l'Audiencia nacional qu'il obtenait contre d'importantes sommes d'argent versées à des policiers français, des informations sur les réfugiés politiques basques vivant en Pays Basque Nord au début des années 80. (...)
Ce n'est pas la première fois qu'un policier espagnol fait état de telles pratiques devant les tribunaux. Deux victimes du GAL ont demandé auprès du tribunal de Bayonne l'ouverture d'enquêtes judiciaires sur des faits similaires. Un magistrat en poste hier à Bayonne a fait, il y a deux ans, des déclarations à la presse sur les liens de policiers français avec le GAL.
Oroit eta sala qui défend les droits des victimes du GAL, demande que toute la lumière soit faite sur ces affaires. La raison d'État toute puissante ne doit pas écraser l'exigence de justice et de démocratie en Pays Basque.
Oroit eta sala